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Nucléaire iranien : Quand Téhéran fait monter les enchères

Abir Taleb avec agences, Mardi, 23 février 2021

L’Iran et l’AIEA ont annoncé cette semaine avoir trouvé un compromis pour maintenir une surveillance des activités nucléaires malgré les limites imposées par Téhéran. Cette dernière table sur un retour des négociations avec Washington.

Nucléaire iranien : Quand Téhéran fait monter les enchères
L’accord entre Téhéran et l’AIEA prévoit le maintien du nombre d’inspecteurs sur place ainsi que la possibilité de contrôles inopinés, mais est susceptible d’être suspendu à tout moment. (Photo : AP)

Une rencontre et un accord in extremis. Le directeur général de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), Rafael Grossi, s’est rendu, samedi 20 février, à Téhéran, à la veille de la date limite fixée par Téhéran pour la levée des sanctions américaines et pour les inspections des agents de l’AIEA. Le pire a été évité. Alors que le parlement iranien avait fixé l’échéance le 21 février pour restreindre certaines inspections de l’AIEA sur des installations non nucléaires, y compris des sites militaires suspects, si les Etats-Unis ne levaient pas leurs sanctions imposées par la précédente administration de Donald Trump en 2018, une « solution temporaire » a été trouvée. Le chef de l’AIEA a annoncé, dimanche 21 février au soir, à son retour de Téhéran, avoir trouvé avec l’Iran une « solution temporaire » de trois mois pour maintenir une surveillance « satisfaisante » des sites nucléaires. Toutefois, la loi iranienne qui prévoit de limiter certaines inspections, y compris sur des sites militaires suspects, si les sanctions américaines ne sont pas levées, « existe et va être appliquée », a regretté le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, à son retour à Vienne après des « consultations intenses » à Téhéran. « L’accès sera réduit, ne nous voilons pas la face, mais nous serons en mesure de maintenir le degré nécessaire de surveillance et de vérification », a-t-il assuré. « Cela sauve la situation dans l’immédiat ». Selon les termes de cet « accord bilatéral technique » d’une durée de trois mois, mais susceptible d’être suspendu à tout moment, le nombre d’inspecteurs sur place reste ainsi inchangé et des contrôles inopinés resteront possibles. « Bien sûr, pour parvenir à une situation stable, il faudra une négociation politique, et ce n’est pas de mon ressort », a ajouté Rafael Grossi.

De son côté, l’Iran a évoqué des discussions « fructueuses », alors que le directeur de l’AIEA a rencontré le président de l’Organisation Iranienne de l’Energie Atomique (OIEA), Ali Akbar Salehi, et le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif. Rafael Grossi pourra « s’acquitter de son obligation de montrer que le programme nucléaire iranien reste pacifique », a promis le chef de la diplomatie iranienne dans une déclaration à Press TV, la chaîne en anglais de la télévision d’Etat. Selon le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, « les inspections seront réduites d’environ 20 à 30 % après la mise en oeuvre de la loi ». « Cela ne signifie certainement pas un retrait de l’accord » de 2015. En revanche, l’Iran ne fournira pas les « enregistrements relatifs aux activités et équipements » de plusieurs sites, comme prévu par la loi votée par le parlement en décembre, a précisé l’OIEA dans un communiqué, faisant apparemment référence aux données des caméras de surveillance. « Si les sanctions sont complètement levées d’ici trois mois, ces informations seront communiquées à l’AIEA, sinon, elles seront supprimées à jamais ».

Pressions

L’Iran poursuit donc son chantage et fait monter les enchères. Le ministre des Affaires étrangères l’a réitéré : « Les stocks d’uranium enrichi vont augmenter » également, en attendant que l’autre camp respecte ses obligations. « Une fois que tout le monde aura fait sa part et rempli ses obligations, alors il y aura (une reprise) des discussions », a-t-il ajouté. Téhéran « annulera immédiatement » ses mesures de rétorsion si les Etats-Unis « lèvent sans condition toutes les sanctions imposées et rétablies par Trump », a-t-il également tweeté. Quant au porte-parole du gouvernement iranien, Ali Rabii, il a affirmé que la dernière initiative de Téhéran sur le nucléaire ne l’empêcherait pas de répondre à toute démonstration de bonne volonté de Washington, tout en exprimant son optimisme concernant le processus diplomatique en cours.

Une véritable guerre des nerfs. Si la machine diplomatique s’est remise en marche, c’est plutôt vers un bras de fer diplomatique que l’on se dirige. Côté américain, l’objectif est certes de réintégrer l’accord de 2015 sur le nucléaire. Vendredi 19 février, le président américain, Joe Biden, a appelé les puissances européennes à travailler de concert avec les Etats-Unis pour répondre aux « activités déstabilisatrices » de l’Iran, un jour après s’être engagé à reprendre les pourparlers sur son programme nucléaire. A la conférence de Munich sur la sécurité, Joe Biden a déclaré que les Etats-Unis travailleraient en étroite coopération avec leurs alliés pour traiter avec l’Iran une approche contrastant avec celle unilatérale et agressive de son prédécesseur Donald Trump. « La menace de prolifération nucléaire requiert encore une diplomatie prudente et de la coopération entre nous », a déclaré M. Biden à ses alliés européens, également parties de l’accord sur le nucléaire iranien. « C’est pour cela que nous avons déclaré être prêts à reprendre les négociations du groupe 5+1 sur le programme nucléaire iranien », a-t-il ajouté, en référence aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’Onu plus l’Allemagne.

Pour le moment donc, les deux pays se renvoient la balle, chacun réclamant de l’autre de faire le premier pas. Dans ce contexte, le rôle des Européens s’avère crucial. L’Union Européenne (UE) travaille ainsi à l’organisation d’une réunion informelle sur l’Iran avec toutes les parties prenantes à l’accord de Vienne de 2015 et les Etats-Unis, qui ont déjà fait part de leur intention d’y participer, a déclaré un haut responsable de l’UE, vendredi 19 février. Mais jusqu’à présent, aucune invitation n’a encore été envoyée et aucune date n’a encore été fixée.

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