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En Turquie, les ambitions sans limites de l’AKP

Maha Al-Cherbini avec agences, Lundi, 17 août 2015

C’est le 23 août que sera confirmée l’option d’élections législatives anticipées en Turquie, après l’échec des tentatives de former un gouvernement de coalition. Des élections où l’AKP vise la majorité absolue.

En Turquie, les ambitions sans limites de l’AKP
Malgré les sourires, M. Davutoglu et le chef du CHP n'ont pas réussi à former un gouvernement de coalition. (Photo: AP)

Depuis le 7 juin, la Turquie d’Erdogan vit ses jours les plus difficiles. D’abord en raison d’une grave crise politique : le pays n’a pas de gouvernement depuis plus de 70 jours, de quoi entraîner des législatives anticipées en novembre. Un scrutin anticipé voulu par le président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui aspirait à passer aux urnes une fois de plus dans l’espoir de retrouver la majorité absolue qu’il a perdue le 7 juin, plutôt que de former un gouvernement, où il n’est plus l’unique maître du jeu. Cette semaine, le rêve d’Erdogan a commencé à se concrétiser après que le premier ministre, Ahmad Davutoglu, eut affirmé son échec à former un gouvernement de coalition. « Nous n’avons pas réussi à assurer une base propice pour la formation d’un gouvernement. Des élections sont aujourd’hui fort probables. C’est la seule option », a reconnu M. Davutoglu, suite à son entretien décisif avec Kemal Kliçdaroglu, chef de la principale force d’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), seule formation qui n’avait pas fermé la porte à une alliance avec le Parti de la justice et du développement (AKP). Les Kurdes du parti démocratique des peuples (HDP) et les nationalistes du parti de l’Action nationaliste (MHP) ont, eux, refusé toute alliance avec l’AKP.

En effet, après un mois de négociations serrées, aucun gouvernement de coalition n’a émergé, le CHP exigeant que l’AKP renonce complètement à toute paix avec les kurdes et qu’Erdogan renonce à jouer tout rôle politique. Des conditions rejetées par l’AKP, car elles opposent une fin de non–recevoir aux plans de présidentialisation du régime souhaités par le président.

Erdogan pour une nouvelle Constitution
Selon les experts, l’ombre d’Erdogan plane sur l’impasse politique actuelle. Déjà, ce dernier aiguisait d’impatience pour faire échouer tous les efforts visant à former un cabinet. Preuve de cette impatience : Erdogan n’a pas pu attendre l’expiration du délai prévu pour la formation du gouvernement le 23 août et a poussé son premier ministre à déclarer son échec une semaine avant l’expiration du délai. Qui plus est, Erdogan a répété cette semaine avec insistance son désir de voter une nouvelle Constitution pour étendre les pouvoirs du chef de l’Etat. « Que vous soyez d’accord ou non, le régime turc a changé. Et maintenant il faut donner un cadre légal à la fonction de chef de l’Etat », a-t-il affirmé, alors que son premier ministre a réaffirmé que les élections anticipées profiteront à l’AKP. Il semble que Davutoglu garde un oeil sur les récents sondages qui affirment que 55 % du peuple préfèrent le retour aux urnes plutôt qu’une coalition fragile, de quoi jouer en faveur de l’AKP, donné favori des derniers sondages.

Jusque-là, on peut dire qu’Erdogan a gagné son pari : il a laissé le pays plus de deux mois sans gouvernement pour prouver au peuple l’impuissance et l’incohérence de l’opposition, ressuscitant dans les mémoires les souvenirs des gouvernements de coalition fragiles et impuissants qui ont gouverné pendant les années 1990.

Mais l’opposition n’est pas dupe. Rejetant la manoeuvre d’un président avide de pouvoir, le chef du CHP, M. Kiliçdaroglu, a critiqué l’AKP, qui, selon lui, n’a montré aucun intérêt pour un gouvernement fort susceptible de durer quatre ans. « La Turquie a manqué une occasion historique. L’AKP n’a offert sur la table des négociations qu’un gouvernement d’élection qui mène le pays vers le prochain scrutin », a-t-il déploré, insistant sur le fait que de nouvelles élections « ne constituent pas la seule option, car si Davutoglu a échoué sa tâche, il a fallu que le président confie la formation du gouvernement à un autre chef de parti ».

Bon gré mal gré, le président turc devra patienter jusqu’au 23 août pour dissoudre le parlement et appeler le peuple aux urnes. D’ici novembre, un gouvernement provisoire devrait être formé de tous les partis, incluant même le HDP, bête noire du Sultan. Dans ce contexte politique incertain, la livre turque a chuté de 2 % face au dollar américain.

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