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Mohamadou Labarang : Sans unité, on ne peut rien bâtir

May Atta , Vendredi, 31 mai 2024

Pour S.E. M. Mohamadou Labarang, ambassadeur du Cameroun au Caire, une Afrique unie est une Afrique forte. Le continent doit, selon lui, prendre en main son destin, relever le défi démographique et valoriser son potentiel humain.

S.E. M. Mohamadou Labarang
(Photo : Ahmed Agamy)

La Journée de l’Afrique est une occasion importante de célébrer les progrès de notre continent et de réfléchir aux défis que nous devons relever ensemble. Je saisis cette occasion pour m’exprimer un peu sur l’Afrique. Avant cela, je voudrais vous parler de mon pays, le Cameroun, qui est considéré comme un condensé de l’Afrique. C’est un pays qui possède tout ce que l’Afrique a à offrir, de sa population à son contexte naturel. L’histoire du Cameroun reflète un peu l’histoire de l’Afrique, mais surtout le Cameroun représente un symbole d’unité et ce que l’Afrique recherche c’est l’unité. Vous savez que sans unité, nous ne pouvons rien construire. Dans quelques jours, nous célébrerons le 60e anniversaire de la création de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), devenue l’Union Africaine (UA). Nous voulons saisir cette occasion pour d’abord nous rappeler les défis que l’Afrique a traversés et surmontés. Ensuite, à partir de là, voir quelles sont les perspectives pour l’avenir. Vous vous souvenez qu’à l’époque des années 1960, les défis de l’Afrique étaient d’achever la décolonisation, d’éradiquer l’apartheid en Afrique du Sud et de travailler à l’unité de nos pays qui avaient été divisés suite à la colonisation. Les pères fondateurs de l’OUA se sont réunis à Addis-Abeba en 1963 et ont décidé de créer cette organisation. Son objectif est de nous rappeler que nous avons un destin commun et que nous devons travailler collectivement pour relever les défis. Après avoir lutté pour l’indépendance, il est maintenant temps de canaliser nos énergies pour le développement de nos pays.

Evaluer notre parcours : Succès et échecs

Les nouveaux défis résident avant tout dans notre capacité à prendre en main notre destin. La coopération et l’aide étaient nécessaires à un moment donné, mais il est désormais primordial pour les Africains de devenir les maîtres de leur destin. Nous devons analyser nos réussites et nos échecs, les améliorer et décider du futur que nous voulons pour nos peuples. Nous devons adopter les nouvelles technologies et les opportunités de notre époque. Nous devons relever le défi démographique, valoriser le potentiel humain africain et résoudre les problèmes environnementaux. L’unification politique de l’Afrique doit s’appuyer sur la création d’un marché commun, permettant à nos pays de choisir et de promouvoir les produits qui servent nos intérêts. Au lieu de subir les choix des anciens colonisateurs, nous devons déterminer notre production, ses destinations et ses bénéficiaires. La création d’un marché regroupant plus d’un milliard et 300 millions d’habitants offre une perspective d’une économie africaine endogène. Certes, cela ne sera pas facile, mais je crois en la capacité de l’Afrique à effectuer une transformation qualitative. Il est important de reconnaître que nous vivons dans un monde globalisé aux limites apparentes. Pour y faire face, il est essentiel de compter d’abord sur nos propres forces et d’établir des partenariats mutuellement bénéfiques avec les autres peuples du monde, tout en préservant nos intérêts.

Briser les chaînes de la dépendance

L’OUA a été créée dans le but de réaliser l’unité politique et l’harmonisation entre les 54 pays africains. Dans une certaine mesure, cet objectif a été atteint, mais les énormes potentiels de l’Afrique restent inexploités par les Africains étant donné que les marchés et les diverses économies de nos pays ont été façonnés selon des besoins qui ne sont pas les nôtres. Par exemple, l’exploitation de nos ressources minières s’est faite de manière inéquitable, entraînant un endettement inutile pour l’Afrique. Les compagnies qui exploitent les minerais en Afrique réalisent 80 % des bénéfices, tandis que seuls 20 % reviennent à ceux qui possèdent ces ressources. Cette situation doit changer. Nous devons savoir que le temps a changé et que nous avons des partenariats qui peuvent évoluer. Les pays africains doivent comprendre que cette richesse interne doit être partagée. Il est plus facile de partager la richesse que la pauvreté. L’émigration de nos populations vers l’Europe nous fend le coeur. L’être humain est un être d’émigration, mais les Africains doivent savoir comment ils peuvent organiser leur population de manière naturelle. C’est naturel qu’un citoyen du Sénégal parte pour la Mauritanie plutôt que de traverser la mer. Il faut maîtriser cette émigration et que chaque pays puisse en bénéficier de manière équitable.

Les clés du succès : Agriculture, technologie et bonne gouvernance

Je pense que l’agriculture, particulièrement mécanisée, est l’un des secteurs les plus prometteurs pour l’Afrique. En plus, les nouvelles technologies représentent un secteur très porteur en Afrique. Des exemples tels que le Rwanda montre le potentiel de développement de certains pays africains. Si le Rwanda a pu réussir, d’autres nations africaines peuvent en faire autant. Avec des politiques adéquates et une bonne gouvernance, il est possible pour l’Afrique de parvenir à ses objectifs en travaillant avec détermination. Il faut maîtriser les technologies. On ne doit pas se déplacer pour réaliser ce but grâce aux nouvelles télécommunications. Durant la pandémie de Covid-19, la structure du travail a complètement changé.

Cela veut dire qu’on peut le faire sans se déplacer. Il est crucial d’abolir les frontières entre les pays africains. L’Afrique est une entité unique et ne devrait pas nécessiter de visas pour se déplacer de pays à pays. Il est impératif de supprimer progressivement les barrières douanières afin d’avancer vers un libre-échange continental. En plus, l’introduction d’une monnaie commune en Afrique serait bénéfique pour éviter de nombreux problèmes. Il est essentiel que les matières premières quittent l’Afrique sous forme transformée et que la valeur reste sur le continent.

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