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Relever le défi du manque d’eau

May Atta , Mardi, 02 avril 2024

Le président Abdel Fattah Al-Sissi a officiellement entamé son nouveau mandat le 2 avril. Des tensions régionales aux défis de la relance économique, en passant par la question de l’eau et celle de la dimension sociale, les enjeux de ce mandat sont multiples. Objectif : achever le travail accompli au cours des dernières années. Décryptage.

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Relever le défi du manque d’eau

Le stress hydrique est l’un des plus grands défis auxquels est confrontée l’Egypte. C’est pourquoi relever ce défi figure sur l’agenda du président Abdel Fattah Al-Sissi dans son nouveau mandat. Les Egyptiens sont en dessous du seuil de pauvreté en eau, a affirmé le ministre de l’Irrigation et des Ressources hydriques, Hani Sewilam, notant que l'Egypte a des précipitations très faibles et qu'elle dépend entièrement du Nil qui fournit plus de 98 % de ses ressources en eau renouvelables. Cette réalité impose au président de la République des défis majeurs en termes de la protection des eaux du Nil et de la mise en place de projets assurant les besoins de l’Etat en eau.

Selon les experts, plusieurs raisons ont rendu critique la situation hydrique en Egypte, dont les plus importantes sont la croissance démographique, la construction du barrage éthiopien de la Renaissance et le changement climatique. Ce n’est pas tout : selon Sewilam, « près de 9 millions de réfugiés en provenance des pays voisins entraînent un stress hydrique supplémentaire en Egypte ».

Il a expliqué, durant sa participation à la célébration de la Journée internationale de l’eau tenue à Paris fin mars, que les actes unilatéraux de certains pays du bassin du Nil peuvent augmenter la pénurie d'eau de 2 % chaque année, ce qui entraînerait une grande perte dans la production agricole et l’énergie hydroélectrique, ainsi qu’une augmentation des importations alimentaires.

La part d’eau par habitant en Egypte est de 600 m3 par an, tandis que le seuil de pauvreté en eau a été fixé par l’ONU à 1 000 m3 par habitant. La part annuelle de l’Egypte en eau est de 55 milliards de m3 provenant du Nil, 1 milliard des eaux de pluie et 5,5 milliards de m3 provenant des nappes phréatiques avec un total de 62 milliards de m3 d’eau divisés sur 105 millions d’habitants. L’Egypte souffre donc d’un déficit hydrique annuel de 43 milliards de m3.

Sewilam a affirmé que l’agriculture utilise plus de 75 % des ressources en eau de l'Egypte. Et selon Nader Nour Al-Dine, expert en eau et professeur à la faculté d’agronomie de l’Université du Caire, « la consommation de l’eau dans l’industrie en Egypte représente 5 % et la consommation domestique 10 % de l’ensemble de la consommation. Alors que l’agriculture utilise la grande partie de l’eau pour l’irrigation. Cette dernière est donc le grand fardeau qui menace les ressources durables d’eau ».

Face à cette donne, l’Egypte s’efforce de relever le défi du manque d’eau pour contrer et limiter ses répercussions. Parmi les mesures prises, l’Egypte a mis en œuvre une stratégie nationale de recyclage de l’eau. « L’Egypte a préparé une stratégie nationale afin de faire face au stress hydrique et aux défis de l'énergie, de l'alimentation et de l'environnement. Elle est basée sur les investissements pour accroître l'efficacité de son système d'eau et adopter une politique de réutilisation de l'eau, ce qui ajoute environ 21 milliards de m3 de ressources en eau non conventionnelles », a assuré le ministre de l’Irrigation. De même, l’Etat a élaboré un plan national de développement des ressources en eau (2017-2037), d’un coût d’environ 50 milliards de dollars. Cette stratégie vise à augmenter les investissements, notamment dans les projets d’infrastructures hydriques, tels que les usines de traitement des eaux usées, le dessalement de l’eau de mer et les systèmes d’irrigation modernes.

C’est dans ce contexte que le gouvernement a mis en place le projet national de revêtement des canaux d’irrigation sur 7 500 km à partir de 2014 jusqu’à mi-2024 avec un budget de 80 milliards de L.E., pour éviter l’infiltration de 5 milliards de m3 d’eau par an. Le traitement des eaux usées est une autre priorité dans cette stratégie. L’Egypte a également inauguré la plus grande station d’épuration d’eaux usées dans le monde à Bahr Al-Baqar, à Port-Saïd, d’une capacité de production de 5,6 millions de m3 par jour. L’Etat vise à construire des dizaines de projets de dessalement de l’eau de mer d’ici 2050 sur six plans quinquennaux, dont la capacité totale est d’environ 9 millions de m3 par jour. En outre, pour mieux redistribuer les eaux du Nil, l’Egypte a commencé à remplacer et à rénover les principales installations d’approvisionnement en eau sur le Nil comme le projet des barrages de Daïrout qui a été mis en place avec un coût d’un milliard de L.E. Il vise à améliorer l’irrigation sur une superficie de 1,5 million de feddans, représentant 18 % de la superficie agricole de l’Egypte. L’Etat a de plus inauguré le nouveau barrage d’Assiout qui vise à améliorer l’irrigation sur une superficie de 1,65 million de feddans dans cinq gouvernorats (Assiout, Minya, Béni-Soueif, Fayoum et Guiza).

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