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Stéphane Guimbert : L’entente qui a dernièrement eu lieu vise à soutenir les efforts de la relance économique en Egypte

Sara Al-Essawi , Mercredi, 27 mars 2024

Stéphane Guimbert, directeur régional de la Banque Mondiale (BM) en Egypte, au Yémen et à Djibouti, revient sur le récent accord entre la BM et l’Egypte sur un financement à hauteur de 6 milliards de dollars, ainsi que sur les récentes décisions économiques. Entretien.

Stéphane Gimbert

Al-Ahram Hebdo : Quels sont les détails du récent accord conclu entre l’Egypte et la Banque Mondiale (BM) ?

Stéphane Guimbert : Il existe une longue histoire de coopération entre la BM et l’Egypte, elle s’est traduite par un cadre d’action d’une durée renouvelable de cinq ans. Le partenariat stratégique prend en considération les demandes du gouvernement égyptien et ses priorités dans chaque phase. L’entente qui a dernièrement eu lieu vise à soutenir les efforts de la relance économique en Egypte. Le financement se divise en deux parties. La première concerne le soutien financier des programmes gouvernementaux de réforme économique, d’ajustement financier et de politiques de développement d’une valeur de 3 milliards de dollars, financés par la Banque internationale pour la reconstruction et le développement. Quant à la deuxième partie, elle sera consacrée au soutien du secteur privé. Il s’agit de 3 milliards de dollars financés par la Société financière internationale, membre du Groupe de la Banque mondiale pour le soutien du secteur privé. Ce financement sera soumis au Conseil des directeurs exécutifs de la BM pour être approuvé. L’agenda de décaissement des financements se prolonge sur trois ans jusqu’à 2026, soit environ 1 milliard de dollars par an, selon les projets qui seront convenus avec le gouvernement égyptien et acceptés par le Conseil des directeurs exécutifs de la BM. Il est prévu que ceci ait lieu avant la fin de l’année en cours.

— Quels sont les plus importants projets qui seront financés conformément au nouveau cadre d’action et comment sont-ils déterminés ?

— Une partie essentielle du financement sera consacrée aux projets de développement et de réforme qui ont été discutés avec les autorités égyptiennes, dont le rôle de l’Etat dans l’économie, le renforcement de la participation du secteur privé, le soutien de la solidité financière, les projets climatiques, la transition verte et l’adaptation écologique. Le financement comprend également des projets traditionnels prioritaires dans des secteurs que la BM a déjà financés en Egypte, dont les petits et moyens projets, l’entrepreneuriat, l’agriculture, l’irrigation, la gestion de l’eau, les projets de renforcement des capitaux humains à travers les systèmes de protection sociale comme le programme « Takafol wa Karama » (solidarité et dignité) et le renforcement des systèmes de santé et d’enseignement pour tous. Certains de ces projets peuvent être vite exécutés, tandis que d’autres ont besoin de plus de temps comme les projets de chemins de fer. Les sommes allouées peuvent être approuvées maintenant mais l’exécution peut nécessiter jusqu’à cinq ans.

Quant aux projets de la transition verte et de l’adaptation écologique, ils sont exécutés par l’intermédiaire du programme NWFE (Nexus of Water, Food and Energy) en coopération avec le ministère égyptien de la Coopération internationale. L’objectif est de garantir une vie meilleure pour le peuple égyptien, de soutenir les programmes du gouvernement, de renforcer la croissance du secteur privé et de créer des emplois.

— En mars 2023, un partenariat entre l’Egypte et la BM d’une valeur de 7 milliards de dollars a été annoncé, mais il n’a pas été exécuté. Un an après, un autre partenariat de 6 milliards de dollars est annoncé. Pourquoi le premier n’a-t-il pas été exécuté ? Et pourquoi la valeur a-t-elle été baissée ?

— Effectivement, un cadre d’action a été approuvé l’année dernière pour la période 2023-2027. Ce cadre n’a pas été annulé mais aucun nouveau projet n’a été approuvé alors que les projets et les priorités étaient en cours d’examen. Avec le changement des circonstances, nous avons ressenti qu’il y avait une nécessité de réorganiser les priorités du partenariat. C’est ce qui a effectivement eu lieu et nous avons annoncé la nouvelle enveloppe il y a quelques jours. Il n’y a aucune considération à part les politiques et les procédures de la BM. La banque ne peut effectuer de telles opérations de financement sauf si l’environnement économique est approprié. L’année dernière, il y avait un problème concernant le taux de change, ce qui avait empêché d’avancer dans le nouveau processus de financement.

— Justement, que pensez-vous des récentes décisions prises par l’Egypte, dont la libéralisation du taux de change ?

— La libéralisation du taux de change était nécessaire pour rétablir l’équilibre et la stabilité de l’économie et renforcer sa résilience et ce, à moyen terme. Cette question fait partie des objectifs soutenus par le nouveau financement. Il s’agit d’aider le gouvernement à mettre en oeuvre des programmes, à redéfinir le rôle de l’Etat dans l’économie et à tirer parti des opportunités d’investissement dans le domaine du climat et des petits projets. Ce qui contribuera à la résilience et à la force de l’économie et à sa capacité à créer des emplois. D’autre part, il est indispensable de surveiller l’impact de ces décisions sur les ménages. L’inflation a eu un impact élevé sur les familles les plus pauvres. Nous allons donc poursuivre notre travail avec le gouvernement égyptien sur les programmes de protection sociale, y compris le programme Takafol wa Karama, qui couvre 5 millions de familles et plus de 22 millions de citoyens. Mais il faut aussi cibler les groupes les plus nécessiteux et les plus touchés par l’inflation et les prix élevés doivent être ciblés par la création de plus d’offres d’emploi.

— Une hausse des taux d’intérêt a aussi été décidée afin d’absorber les liquidités et de contrôler l’inflation. Mais certains estiment que cela a un impact sur le secteur privé et sa capacité à croître à la lumière du resserrement de la politique monétaire. Qu’en pensez-vous ?

— Les politiques macroéconomiques ont souvent des choix. Mais les mesures nécessaires doivent être prises comme la hausse des taux d’intérêt pour réduire l’inflation qui affecte les foyers. Chaque choix a ses aspects négatifs. Mais ces effets peuvent être compensés par des programmes et des projets de soutien au secteur privé, en coopération avec les institutions financières internationales. Conformément à la restructuration et au développement du Groupe de la BM, un travail plus coordonné sera fait avec les différentes institutions de la BM afin de soutenir l’environnement de travail du secteur privé.

— Le programme de privatisation et le Document des politiques de la propriété de l’Etat sont parmi les domaines de coopération les plus importants entre l’Egypte et la BM. Quelle est la nature de cette coopération et quelle est votre vision concernant la mise en oeuvre de ces programmes et de ces politiques ?

— Je pense que l’Etat devrait tirer le meilleur rendement de la vente des entreprises qu’il possède. A mon avis, il y a des projets appartenant à l’Etat qui le resteront pendant un certain temps. Mais il est important d’appliquer les règles de gouvernance et de soumettre ces projets au système fiscal. J’insiste sur la nécessité de faire un bon marketing des projets et de les présenter aux investisseurs à travers une libre concurrence. Il ne faut pas se hâter de vendre les entreprises publiques mais les secteurs doivent être considérés de manière intégrée avant de penser à vendre, pour maximiser la valeur et le rendement. Nous ne devons pas négliger la situation économique mondiale et les défis auxquels l’Etat est confronté, ainsi que les défis auxquels la région est confrontée. Je suis entré en fonction il y a six mois et j’ai rencontré de nombreux investisseurs au Caire. Ils étaient très intéressés par l’économie égyptienne qui est une économie grande et diversifiée et un marché énorme et prometteur. C’est une réalité qui n’est pas affectée par les circonstances. Sans oublier les relations solides de l’Egypte avec son environnement arabe, africain et international. Quant au projet de Ras Al-Hikma, je pense qu’il présente de nombreux avantages.

— Vous mettez l’accent sur la priorité de soutenir le secteur privé. Quelles mesures jugez-vous appropriées pour atteindre cet objectif ?

— Je pense que pour renforcer le secteur privé, on a besoin de stabilité dans les politiques économiques et dans l’environnement des affaires et de l’investissement. Les dernières mesures gouvernementales vont dans ce sens. Le secteur privé doit être assuré par la liberté de concurrence et a besoin de politiques et de procédures claires. Il peut faire face à de nombreux défis, mais il ne peut pas s’adapter à des décisions soudaines ou aléatoires dans tous les secteurs, notamment dans les impôts et les douanes.

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