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Les changements climatiques, facteur de stress supplémentaire

Ola Hamdi , Mercredi, 03 janvier 2024

Les changements climatiques sont à l’origine de nombreux conflits dans le monde et constituent une cause directe de leur aggravation, affirment les chercheurs. Explications.

Les changements climatiques, facteur de stress supplémentaire
(Photo : Reuters)

Existe-t-il une relation entre le changement climatique et la multiplication des conflits dans le monde ? Cette question a été au coeur des débats ces dernières années. Pour beaucoup d’observateurs, les changements climatiques sont un facteur de stress supplémentaire dans les régions en proie à des conflits prolongés. Plus le changement climatique augmente, plus les conflits s’intensifient et deviennent de plus en plus violents. Les adeptes de cette théorie estiment que les changements climatiques sont la cause directe des conflits, en particulier en cas de lutte pour les ressources transfrontalières. Selon un autre point de vue, le changement climatique n’est pas en soi une raison de conflit, mais constitue souvent un facteur auxiliaire.

« Le changement climatique ne provoque pas directement de conflits armés, mais il augmente les risques en aggravant les facteurs sociaux, économiques, environnementaux et politiques. Il n’y a plus de régions au monde qui soient prémunies contre les effets climatiques. Les pays faibles et fragiles restent les plus touchés », explique Dr Amira Abdel-Halim, experte en affaires africaines au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, soulignant que le monde arabe est l’une des régions du monde les plus vulnérables au changement climatique. Pour sa part, Dr Omar Al-Husseiny, expert en développement durable, estime qu’il existe un lien direct entre le changement climatique et les conflits. « Les deux sont liés, même partiellement. On ne peut pas dire que tous les conflits dans le monde ont un lien avec les changements climatiques. Toutefois, il existe de nombreux conflits qui prennent de l’ampleur en raison de l’absence de solution à la question du climat », ajoute Al-Husseiny.

Le débat sur les répercussions des changements climatiques et sur l’étendue de la relation entre climat et conflits armés a pris de l’ampleur après la réunion du Conseil de sécurité sur les changements climatiques en 2007. Cette réunion a constitué un tournant, la plupart des pays ont vu dans les changements climatiques une menace pour la sécurité mondiale. Une étude sur « les changements climatiques et la sécurité » élaborée par un centre de recherches allemand (la Société allemande pour la coopération internationale) souligne que la rareté de l’eau et des espaces agricoles, associée à la croissance démographique et à la hausse du niveau de la mer, conduira à une déstabilisation sociopolitique et aggravera les conflits en Afrique subsaharienne. L’étude constate également que l’Asie et la région du Pacifique pourraient être gravement affectées par des phénomènes climatiques extrêmes et la fusion des glaciers. Même chose pour l’Amérique latine et les Caraïbes, des régions qui seront touchées par des changements climatiques rapides, ce qui risque d’aggraver les conflits.

Rareté des ressources

« Les changements climatiques ont donné lieu à une hausse des températures, à des sécheresses et des précipitations, et le résultat est la rareté de l’eau et de l’énergie, ainsi qu’un recul de la richesse minérale. Tout cela crée des conflits autour des ressources, notamment en présence de la croissance démographique. Les changements climatiques accélèrent donc les conflits », souligne Al-Husseiny.

Le conflit autour des ressources entre les éleveurs et les agriculteurs au Nigeria a causé la mort de 3 600 personnes au cours des trois dernières années. Le conflit au Darfour a également été aggravé en raison des faibles précipitations (30 % en moins), de la grande baisse de la production agricole et de la hausse des températures.

Dr Amira Abdel-Halim indique que l’impact du changement climatique peut aggraver la dynamique des conflits. La preuve en est que les ressources sont utilisées comme carte de pression dans les conflits, comme ce fut le cas en Libye lorsque les milices locales ont utilisé les sources d’eau pour faire pression sur le gouvernement central. Et d’ajouter : « 80 à 90 millions de personnes dans la région arabe souffriront de stress hydrique d’ici 2025 ».

Conflits climatiques

De nombreux pays courent le risque d’une rareté de ressources en raison des changements climatiques. Les pays du bassin du Nil ont des problèmes pour se départager les eaux du fleuve. La Turquie, la Syrie et l’Iraq sont en conflit sur les ressources en eau, après la décision unilatérale de la Turquie de construire des barrages sur la source du Tigre et de l’Euphrate, réduisant la quantité d’eau qui va en Syrie et en Iraq. Al-Husseiny affirme que les potentiels conflits dus aux changements climatiques augmenteront considérablement et que les prochains conflits seront des conflits climatiques. La Chine a une crise hydrique qui s’aggrave d’une année à l’autre et certains s’attendent à une guerre potentielle pour l’eau dans la région des rivières entre la Chine, l’Inde, le Vietnam et d’autres pays asiatiques.

L’effet des guerres sur le climat

Un rapport du Comité international de la Croix-Rouge affirme que parmi les 25 pays les plus vulnérables au changement climatique, 14 sont plongés dans des conflits. Ces pays perdent la capacité de s’adapter et de gérer sérieusement les conséquences du changement climatique. « Plus les pays sont fragiles, plus ils subissent les effets du changement climatique. Les sécheresses et l’incapacité à gérer les ressources ont aggravé les conflits », souligne Dr Amira Abdel-Halim.

Les experts suggèrent que les guerres en Ukraine et à Gaza peuvent saper la capacité de ces deux régions à répondre aux changements climatiques, car la lourde machine de guerre a provoqué la destruction des infrastructures vitales et des installations énergétiques et a endommagé les espaces verts, en plus d’autres effets négatifs. Les guerres affectent la capacité des pays à répondre efficacement aux menaces climatiques. L’Europe a connu la plus forte augmentation de ses dépenses défensives en trois décennies. « Les guerres et les crises économiques qui en résultent ont poussé les pays riches à ne pas tenir leurs promesses et à ne pas financer les initiatives climatiques en faveur des pays en développement pour aider ces pays à faire face à l’aggravation de la crise climatique. Les pays riches devaient verser 100 milliards de dollars par an aux pays pauvres, mais jusqu’à présent, ce montant n’a pas été collecté. Un autre problème est que cette somme ne suffit pas en raison de l’aggravation du problème climatique », a averti Al-Husseiny.

Augmentation des émissions nocives

Les guerres causent, de manière significative, la pollution de l’environnement, en raison des explosifs et des missiles qui provoquent de graves dommages à l’environnement, détruisant les champs, les forêts et les sols agricoles. En Ukraine, la guerre a donné lieu à 150 millions de tonnes d’émissions nocives. Avec la poursuite de la guerre à Gaza, la pollution de l’environnement est susceptible d’augmenter. Au cours des 45 premiers jours de la guerre, Israël a lâché plus de 22 000 bombes sur Gaza. Les pays industrialisés ne respectent toujours pas leur engagement de réduire les émissions de carbone. Dr Al-Husseiny explique : « Si les principaux pays industriels ne respectent pas leurs engagements de réduire les émissions de carbone, c’est parce qu’ils considèrent que dépendre de sources de carburant autres que les combustibles fossiles ne leur donne pas la même efficacité ».

Migration climatique

Les experts s’attendent en 2024 et au-delà à ce que le phénomène des migrations climatiques prenne de plus en plus d’ampleur. Ce terme a été adopté ces dernières années pour désigner les migrations qui sont dues aux catastrophes naturelles résultant du changement climatique ou des conflits autour des ressources. Selon le Haut-Commissariat des Nations-Unies aux réfugiés, plus de 114 millions de personnes dans le monde font actuellement l’objet de déplacement forcé.

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