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Le grand défi de la lutte climatique

May Atta , Mercredi, 06 décembre 2023

La COP28 a démarré le 30 novembre à Dubaï avec pour principal objectif d’accélérer la transition énergétique, sans toutefois nuire aux pays du sud. Décryptage.

Le grand défi de la lutte climatique

Les regards sont braqués sur Dubaï, aux Emirats arabes unis qui accueille, du 30 novembre au 12 décembre, la 28e session de la Conférence des Nations-Unies sur les changements climatiques (COP28). Ce grand rassemblement regroupe les dirigeants de 197 pays et un nombre record de participants (plus de 80 000), soit deux fois plus que l’année dernière. Financement, climat, neutralité carbone et adaptation, plusieurs thèmes sont abordés au cours de cette conférence. La COP28 intervient cette année dans le contexte géopolitique très particulier de la guerre en Ukraine et la guerre à Gaza. Les experts affirment que les dépenses militaires et les émissions de gaz à effet de serre dans le monde suivent la même courbe ascendante. L’augmentation constante des flux d’armes dans le monde a créé un impact profond et durable sur les capacités à faire face à la crise climatique. Les émissions produites par les armées représentent 5,5 % de l’ensemble des émissions mondiales de gaz à effet de serre. La COP28 intervient également à la fin d’une année marquée par des conditions météorologiques extrêmes. En effet, d’une année à l’autre, les conséquences du dérèglement climatique sont de plus en plus lourdes : inondations, vagues de chaleur extrême, incendies et sécheresse. Selon le dernier rapport de l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM), publié à la veille de cette conférence, l’année 2023 devrait être la plus chaude jamais enregistrée. « Les gaz à effet de serre atteignent des niveaux sans précédent. Les températures mondiales battent des records. Le niveau de la mer aussi. La banquise antarctique n’a jamais été aussi réduite. Les records fusent de tous les côtés dans un vacarme assourdissant », a déclaré le secrétaire général de l’OMM, M. Petteri Taalas. Et d’ajouter : « Il ne s’agit pas seulement de statistiques. Les conditions météorologiques extrêmes détruisent quotidiennement des vies et des moyens de subsistance ».

Respecter l’Accord de Paris

A l’occasion de cette COP28, un bilan des progrès réalisés dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat sera établi. Objectif : permettre aux parties prenantes de voir si elles progressent collectivement vers la réalisation des objectifs approuvés en 2015 sur le changement climatique. L’Onu a publié, début septembre, son premier bilan technique de la mise en oeuvre de l’Accord de Paris, un traité international juridiquement contraignant sur les changements climatiques. Il a été adopté par 196 parties lors de la COP21, à Paris, en France, le 12 décembre 2015. Son objectif principal est de maintenir « la hausse de la température mondiale moyenne en dessous de 2°C au-dessus des niveaux préindustriels et de poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5°C au-dessus des niveaux préindustriels ». Mais malheureusement, le bilan de l’Onu affirme que cet objectif ne sera pas atteint avec les politiques en place. « Les émissions mondiales ne suivent pas les trajectoires d’atténuation compatibles avec les objectifs de l’Accord de Paris et les possibilités de relever le niveau des ambitions s’amenuisent rapidement », assure le bilan.

Les discussions à la COP28 doivent progresser dans plusieurs directions. L’enjeu principal de cette session est d’accélérer la transition énergétique tout en tenant compte du principe de l’équité entre les pays. 118 pays se sont déjà engagés à tripler leurs capacités en matière d’énergies renouvelables d’ici 2030.

Le financement au coeur des négociations

Les participants doivent discuter en détail du mécanisme de financement des pertes et des dommages qui vise à aider les communautés vulnérables à faire face aux impacts climatiques immédiats. Le fonds de soutien financier et d’aide aux pays pauvres touchés par le dérèglement climatique a été lancé. Créé sous les auspices de la Banque mondiale, ce fonds, financé par les pays riches, débloquera des sommes pour les pays en développement. Les premières contributions ont été annoncées : 225 millions d’euros de l’Union européenne (dont 100 millions de dollars de l’Allemagne), 100 millions de dollars des Emirats arabes unis, 10 millions de dollars du Japon, 17,5 millions de dollars des Etats-Unis et 75,8 millions de dollars du Royaume-Uni. « Aujourd’hui, nous avons écrit une page de l’Histoire. La rapidité avec laquelle nous avons mis en place ce fonds a été phénoménale », a souligné Sultan Al Jaber, président de la COP28, qui est également à la tête de la principale firme pétrolière émiratie, ADNOC. Mais cette étape positive et longtemps attendue n’est pas suffisante pour plusieurs observateurs. Par exemple, Ann Harrison, conseillère sur les questions climatiques à Amnesty International, a déclaré que les sommes promises jusqu’à présent suffisent à peine pour lancer le fonctionnement du fonds, voire un peu plus. « Les entreprises opérant dans le domaine des industries à base de combustibles fossiles ont réalisé des gains considérables l’an dernier. Ces industries continuent à bouleverser le climat. Certains Etats donateurs sont responsables d’une grande partie des émissions historiques de gaz à effet de serre. Les sommes initiales proposées pour le fonds sont décevantes. Elles sont bien modestes par rapport aux 6,5 milliards d’euros de subventions que les Etats accordent chaque année à l’industrie des combustibles fossiles », ajoute-t-elle.

 De son côté, Omar Elhosseiny Elnady, conférencier en génie environnemental à l’Université de Coventry et à l’Université américaine du Caire (AUC), explique qu’en 2009, les pays développés s’étaient engagés à verser 100 milliards de dollars par an aux pays pauvres pour les aider à s’adapter aux changements climatiques et à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Mais cette promesse n’a pas été tenue jusqu’à présent. « La seule solution est que les pays du Nord se mettent d’accord pour verser cette somme chaque année aux pays du Sud pour les accompagner dans leur lutte contre le réchauffement climatique, surtout l’Afrique, le continent le plus touché par ce phénomène », explique-t-il.

L’agenda de l’Afrique

Quel est l’agenda de l’Afrique à la COP28 ? 43 % de la population africaine, soit environ 600 millions de personnes, n’ont toujours pas accès à l’électricité. Le continent africain est le plus touché par les défis climatiques, mais il est paralysé en même temps par le fardeau croissant de sa dette et le manque de financement, surtout avec la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine. Tous ces problèmes ont forcé les pays africains à tenir leur premier Sommet sur le climat en septembre dernier à Nairobi, au Kenya. Objectif : dégager une vision africaine commune sur la manière de traiter les questions climatiques afin de la présenter à la COP28.

Le Sommet de Nairobi a appelé à un investissement de 600 milliards de dollars pour augmenter la production des énergies renouvelables de 56 gigawatts en 2022 à 300 gigawatts en 2030. Les pays africains proposent également une nouvelle architecture de financement adaptée aux besoins de l’Afrique, prévoyant notamment une restructuration et un allégement de la dette, dont le fardeau pèse lourdement sur les économies africaines. Ils appellent aussi les dirigeants de la planète à adopter la proposition d’une taxe carbone sur le commerce des combustibles fossiles, le transport maritime et l’aviation, qui peut également être augmentée par une taxe mondiale sur les transactions financières. Des solutions qui peuvent aider le continent à affronter les défis climatiques (voir sous-encadré).

« Le changement climatique est une menace croissante pour l’Afrique. Les pays développés sont responsables de 75 % des émissions de CO2 dans le monde, mais ce sont les pays africains qui souffrent le plus de ce phénomène à cause du manque d’infrastructures dans tous les secteurs. L’Afrique a besoin d’infrastructures durables pour affronter les défis climatiques, mais le manque de financement reste le grand obstacle », conclut Omar Elhosseiny.

 L’Afrique durement touchée par le réchauffement

Bien que le continent africain ne contribue qu’à 2 à 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, il est le plus touché par les conséquences du réchauffement climatique. Celles-ci sont nombreuses : extinction des espèces, perturbation des écosystèmes, augmentation de la pauvreté et des maladies, insécurité accrue en ce qui concerne l’eau et dégradation du patrimoine naturel et culturel.

Selon le rapport de l’OMM sur l’état du climat en Afrique 2022, la hausse des températures s’accélère, donnant lieu à des phénomènes météorologiques extrêmes qui aggravent l’insécurité alimentaire en Afrique. La croissance de la productivité agricole africaine a chuté de 34 % depuis 1961. Cette situation alimente aussi les déplacements de populations et les migrations et aggrave les conflits provoqués par la raréfaction des ressources. Au cours de la période 1991-2022, l’Afrique a enregistré un taux moyen de réchauffement de +0,3 °C/décennie, contre +0,2 °C/décennie entre 1961 et 1990. Ce chiffre est légèrement supérieur à la moyenne mondiale. La Corne de l’Afrique a subi sa pire sécheresse depuis 40 ans : l’Ethiopie, le Kenya et la Somalie ont été durement frappés. En Somalie, les effets catastrophiques de la sécheresse sur les moyens de subsistance des éleveurs et des agriculteurs ont poussé près de 1,2 million de personnes à quitter leurs foyers à l’intérieur du pays au cours de l’année. Dans ce contexte, les aléas météorologiques, climatiques et hydrologiques ont provoqué des dommages économiques chiffrés à plus de 8,5 milliards de dollars.

« L’Afrique assume chaque année les coûts du réchauffement qui équivalent à 3 % de son produit intérieur brut », estime le Centre africain pour la politique en matière de climat (CAPC).

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