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Condamnation unanime, mais …

Samar Al-Gamal , Mercredi, 15 novembre 2023

Dans un sommet d’un format inédit tenu à Riyad, les dirigeants arabes et musulmans ont condamné la guerre « barbare » d’Israël à Gaza. Mais au-delà des fortes paroles, leur rencontre a dévoilé un certain nombre de divergences dans l’attitude à adopter face à Israël.

Condamnation unanime, mais …

Dans un texte long de 32 clauses, les dirigeants de 57 pays arabes et musulmans réunis en Arabie saoudite le 11 novembre ont condamné, sans équivoque, Israël, lui assumant la complète responsabilité de la guerre contre Gaza, rejetant toute tentative de considérer justifiables ou de qualifier les attaques d’Israël de légitime défense « sous n’importe quel prétexte ». Le document final appelle à un embargo sur les armes contre Israël et à ce que la Cour pénale internationale poursuive Israël pour ce qui est considéré comme des crimes de guerre.

Les discours dominants lors du sommet reflétaient une certaine évolution par rapport aux condamnations et réprobations classiques. Ainsi, le président égyptien Abdel-Fattah Al-Sissi a demandé l’ouverture d’une enquête internationale sur les crimes d’Israël à Gaza, alors que le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a demandé à Israël de verser des indemnités et d’ouvrir une enquête sur la reconnaissance par le ministre de l’Héritage israélien de la possession par Israël d’armes nucléaires.

Cependant, cette évolution, aussi importante et révélatrice d’une impopularité croissante de l’Occident dans la région, notamment les Etats-Unis, « les principaux partenaires d’Israël dans cette guerre », est restée dans le symbolisme, estiment les analystes. Ce Sommet arabo-islamique d’urgence, intervenu 36 jours après le début de la guerre d’Israël contre Gaza, n’a pas adopté de mesures capables de mettre fin à l’agression israélienne. En effet, deux événements étaient initialement prévus se tenir séparément, le Sommet arabe et le Sommet de l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI), et leur fusion en un visait à surmonter le manque de consensus au sein de la Ligue arabe.

Une résolution, proposée par l’Algérie et le Liban, renfermait une clause suggérant plutôt que les Arabes prennent des mesures économiques telles que la fermeture de l’espace aérien arabe face à Israël et la rupture des relations diplomatiques ou économiques. Mais cette proposition n’a rallié qu’un peu plus de la moitié des membres de la Ligue arabe, avec des abstentions et au moins trois rejets, selon une source à la Ligue arabe.

La fusion des deux sommets en une seule conférence permettait ainsi de baisser le ton. Aucun mot n’a donc figuré sur le rappel des ambassadeurs, la rupture des relations ou la menace de couper l’approvisionnement en gaz ou en pétrole ou d’autres mesures capables de mettre pression sur Israël.

Les dirigeants des pays arabes ayant normalisé leurs relations en vertu des Accords d’Abraham, tels que les Emirats arabes unis, le Maroc et Bahreïn, étaient absents de la rencontre en Arabie saoudite et ont dépêché des représentants à leur place. Les Emirats n’ont pas parlé, et le discours de Bahreïn s’est concentré sur le soutien au peuple palestinien, l’aidant à exercer ses droits légitimes en établissant son Etat indépendant selon les frontières de 1967. Le parlement bahreïni avait déclaré la suspension des liens économiques avec Israël, l’ambassadeur de Bahreïn en Israël a été rappelé et les vols entre Tel-Aviv et Manama ont été suspendus. Cependant, le ministère israélien des Affaires étrangères a suggéré que la démarche du parlement de Bahreïn visait davantage le public plutôt qu’un changement significatif dans les relations. « Les relations Israël-Bahreïn sont stables », a déclaré le ministère israélien dans un communiqué officiel. Et Abu-Dhabi continue d’accueillir un ambassadeur israélien et les vols entre les Emirats arabes unis et Israël restent également opérationnels. Le prince héritier saoudien, Mohammed bin Salman, qui a accusé Israël de « crimes » à Gaza, a quitté la salle peu après le début, et le ministre saoudien des Affaires étrangères, Faisal bin Farhan, a continué à diriger la session. « C’était un moyen peut-être d’éviter d’écouter des opinions qui pourraient ne pas être conformes à la position saoudienne et de ne pas porter la responsabilité des opinions de surenchères », selon une source diplomatique.

Replacer la question palestinienne au centre des relations avec Israël

Un haut responsable européen a déclaré à Reuters que les pays arabes avaient maintenant reconnu qu’il n’était pas possible de construire des liens avec Israël sans aborder la question palestinienne. « Le nouveau Moyen-Orient était en train d’être construit sur des bases très fragiles », a encore déclaré une source à Reuters. La guerre à Gaza « a discrédité l’idée que la coopération économique seule pourrait construire une région stable », explique une source arabe, elle « dissuadera d’autres acteurs régionaux d’avoir des relations officielles avec Israël », estime-t-il.

Pourtant, une source à la Ligue arabe avait estimé peu avant le sommet que les accords israélo-arabes ne seraient pas touchés pour autant, affirmant que le premier traité de paix avec Israël, conclu avec l’Egypte, a survécu à la guerre israélienne au Liban en 1982, alors qu’il était tout frais. La Maison Blanche avait aussi déclaré que les Saoudiens sont « toujours engagés » envers la normalisation en dépit de la guerre actuelle.

Le président du comité de la Défense, de l’Intérieur et des Affaires étrangères du Conseil fédéral national émirati, Ali Al Nuaimia, a déclaré cette semaine que « les Accords sont notre avenir. Il ne s’agit pas d’un accord entre deux gouvernements, mais d’une plateforme que nous pensons devoir transformer la région où tout le monde jouira de la sécurité, de la stabilité et de la prospérité ».

Et alors que les raids israéliens à Gaza ont fait plus de 11 100 morts, en grande majorité des enfants et des femmes, des dirigeants des principales forces aériennes mondiales se sont réunis aux Emirats arabes unis dans un sommet biennal de l’aviation, parrainé en partie par le fabricant israélien de défense Rafael Advanced Defense Systems.

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