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Nasr Salem : La solution à la question palestinienne ne se fera pas au détriment de la sécurité nationale égyptienne

Ghada Ismaïl, Jeudi, 09 novembre 2023

Le général Nasr Salem, expert militaire et conseiller auprès de l’Académie militaire, explique les démarches prises par l’Egypte pour mettre en échec le projet israélien d’une patrie alternative pour les Palestiniens au Sinaï.

Nasr Salem

Al-Ahram Hebdo : Comment voyez-vous l’importance du lancement de la deuxième phase du plan de reconstruction et de développement du Sinaï pour faire face au plan israélien de réinstallation des Palestiniens au Sinaï ?

Nasr Salem : L’Etat poursuit sans relâche ses projets de développement dans le Sinaï. Cela représente un rempart face à tous ceux qui en font la promotion d’une patrie alternative pour le peuple palestinien vivant dans la bande de Gaza. L’Egypte dépense des dizaines de milliards de livres égyptiennes pour développer le Sinaï et le premier ministre, Moustapha Madbouli, a annoncé que les investissements y dépasseraient les 400 milliards de L.E., et que l’Etat commencerait, au cours de la période à venir, à réaliser un développement global au Nord-Sinaï pour les habitants de cette région et pour toute l’Egypte. C’est un garant de la protection de nos frontières orientales. Par ailleurs, on doit se poser cette question : pourquoi le Sinaï est-il convoité par Israël ? Tout simplement, parce que le Sinaï a une superficie de 60 000 km2 et que le nombre d’habitants était d’un demi-million, mais maintenant, la population a augmenté. Les Israéliens prétendent toujours qu’on souffre d’une faible densité au Sinaï, contrairement à la forte densité en Israël, la bande de Gaza et en Cisjordanie. C’est pourquoi l’Egypte a élaboré un plan de reconstruction du Sinaï, afin de mettre fin à cette cupidité et à ces tentatives de s’approprier une partie de ses terres.

— Augmenter le nombre d’habitants au Sinaï est-il donc essentiel à la sécurité nationale de l’Egypte ?

— Le gouvernement est à pied d’oeuvre pour la reconstruction de la péninsule. Environ 610 milliards ont été dépensés jusqu’à présent. Six tunnels ont été construits sous le Canal de Suez. C’est grâce à ce projet que beaucoup de temps et d’efforts ont été économisés. Ajoutant qu’un demi-million de feddans ont été cultivés à Rafah, Cheikh Zoweid et Al-Arich. Un vaste réseau routier a été mis en place dans le Sinaï. Nous avons aussi le port de l’est de Tafriaa et l’aéroport de Bardawil, ainsi qu’une nouvelle ligne de chemin de fer qui traverse le Sinaï d’est en ouest. Sans compter les usines de matériaux de construction et de produits pétrochimiques. Il existe également environ 18 communautés bédouines dans le centre du Sinaï, et en 2050, le Sinaï comptera de 5 à 6 millions d’habitants. Lors de sa visite la semaine dernière, le premier ministre a posé la première pierre de la construction de 14 nouveaux villages qui seront construits autour de Rafah et de Cheikh Zoweid à la frontière. Comme on le voit, l’Etat déploie de nombreux efforts pour encourager la population à retourner à leurs maisons qu’ils ont quittées lors de l’élimination du terrorisme.

— Comment voyez-vous les mesures prises par l’Egypte visant à mettre en échec le projet d’une patrie alternative pour les Palestiniens au Sinaï ?

— La guerre actuelle en Palestine a deux objectifs : le premier, déclaré, est d’éliminer le Hamas, et le deuxième, non déclaré, est l’anéantissement du peuple palestinien ou son déplacement forcé vers le Sinaï ou vers la Jordanie. C’est une information confirmée. Il existe deux règles fondamentales selon les Egyptiens et les Palestiniens, ces derniers refusant catégoriquement de quitter leurs terres sous pression. Quant à la doctrine des Egyptiens, elle est liée à notre foi : notre terre est plus précieuse que la vie de tous les Egyptiens.

Pour faire face à ce plan, les initiatives égyptiennes sont divisées en deux parties, la première étant le plan de reconstruction du Sinaï et la deuxième est la position officielle ferme de l’Egypte que le président a déclarée au monde pendant la conférence de paix le mois dernier, selon laquelle le Sinaï ne sera pas une patrie alternative pour les Palestiniens ou pour d’autres. L’Egypte ne permettra pas que les Palestiniens perdent le droit d’établir leur Etat aux frontières de 1967, comme le stipulent les résolutions du Conseil de sécurité. L’Egypte a reconquis le Sinaï avec le sang de son peuple et n’en abandonnera pas un pouce. La solution à la question palestinienne ne se fera pas au détriment de la sécurité nationale égyptienne.

— La chaîne satellite BBC a publié des documents divulgués sur un plan israélo-britannique, datant de 1971, visant à déplacer les Palestiniens vers le Sinaï. Quelle est l’histoire de ce projet ?

— Les appels israéliens à expulser et à déplacer les Palestiniens hors de leur territoire, notamment vers l’Egypte, ne sont pas nouveaux. Ils existent plutôt depuis la création de l’Etat d’Israël. Israël et tous ceux qui promeuvent l’idée de rechercher une patrie alternative pour les Palestiniens se rendent tous comptent que le peuple palestinien n’a ni l’intention, ni la volonté d’abandonner sa terre. Le plan israélien remonte non seulement à 1971, mais aussi à l’année 2000. Ce plan a été présenté à deux reprises à l’ancien président Mohamad Hosni Moubarak par Bush Jr. et Netanyahu. Ensuite, ils se sont mis d’accord avec la Confrérie. En effet, il existe un enregistrement entre le président palestinien, Mahmoud Abbas, et le président déchu Mohamad Morsi, où ce dernier lui avait proposé de lui donner un terrain dans le Sinaï pour établir un Etat palestinien. Mais le président palestinien a refusé. En effet, le plan israélien était de prendre le tiers du territoire du Sinaï pour y transférer les Palestiniens, ceci a déjà été publié l’année dernière.

— Comment voyez-vous la position américaine et occidentale à l’égard du projet israélien de déplacement forcé des Palestiniens vers le Sinaï ?

— Netanyahu a récemment tenté de demander aux Américains et aux Européens de faire pression sur l’Egypte pour qu’elle accepte son plan, mais les pays européens ont refusé. Notre Constitution interdit totalement à un étranger de posséder un terrain chez nous, notamment dans le Sinaï. En outre, le président Sissi, lors du Sommet du Caire pour la paix, a catégoriquement rejeté cette idée et a déclaré que le sol égyptien ne ferait jamais partie de la solution au problème. C’est une question de sécurité nationale et une ligne rouge intouchable.

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