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Gaza, l’heure de vérité

Aliaa Al-Korachi , Mercredi, 05 juin 2024

Alors que la guerre à Gaza entre dans son huitième mois et que les pressions internationales et régionales s’intensifient pour que Tel-Aviv accepte le plan américain de cessez-lefeu, le suspense reste entier. Les prochains jours seront décisifs.

Gaza, l’heure de vérité

Rafah à la croisée des chemins. Alors que la politique de la terre brûlée, les attaques aveugles, la barbarie et le génocide menés par les forces d’occupation israéliennes contre Gaza se poursuivent, de nombreux observateurs estiment que les prochaines heures seront décisives. Y aura-t-il un cessez-le-feu dans la bande de Gaza ? En effet, le monde suit avec attention l’évolution de la proposition de cessez-le-feu en trois phases annoncée le 31 mai par le président américain Joe Biden. « La proposition américaine actuelle mérite d’être acceptée, car elle conduira à un cessez-le-feu, à la fin des dommages et des massacres incessants du peuple palestinien à Gaza », a déclaré le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Shoukry, lors d’une conférence de presse avec son homologue espagnol, José Manuel Albares, à Madrid, appelant Israël et le Hamas à accepter ce plan. Il a poursuivi : « Les déclarations préliminaires du Hamas indiquent qu’ils ont reçu le plan de manière positive. Nous attendons la réponse d’Israël et nous continuons à communiquer, à coordonner et à coopérer avec les Etats-Unis et le Qatar pour jouer le rôle nécessaire afin d’inciter les deux parties à accepter le plan ».

Quel est donc le sort de ce plan ? Le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, va-t-il faire marche arrière et accepter la proposition américaine ? A Tel-Aviv, depuis l’annonce d’un plan pour un accord de cessez-le-feu par Joe Biden, les manifestations ne s’arrêtent pas pour appeler Netanyahu à accepter la proposition américaine. Mais parallèlement à la pression populaire, Netanyahu se trouve dans une position plus que délicate au sein de sa coalition. Deux ministres israéliens d’extrême droite ont menacé de quitter le gouvernement si Netanyahu accepte l’accord. Le Hamas, quant à lui, s’est contenté de dire qu’il considérait « positivement » la feuille de route annoncée par Joe Biden.

Un plan en trois phases

Que comprend la proposition de Biden ? La feuille de route américaine propose un cessez-le-feu, la libération des otages israéliens et des prisonniers palestiniens, ainsi que la reconstruction de Gaza. La première étape de la proposition israélienne, d’une durée de six semaines, comprendrait un cessez-le-feu complet et total, un retrait des forces israéliennes de toutes les zones peuplées de Gaza et la libération d’un certain nombre d’otages, y compris des femmes, des personnes âgées et des blessés, en échange de la libération de centaines de prisonniers palestiniens. La première étape comprendrait également des discussions entre Israël et le Hamas pour passer à la deuxième phase de la proposition, laquelle inclut la libération de tous les otages et le retrait israélien complet. Selon Biden, les négociations pour parvenir à la deuxième étape pourraient prendre plus de six semaines, car il y aura des différends entre les deux parties. La troisième étape du plan de Biden verrait la levée du blocus israélien sur Gaza et le début d’un processus de reconstruction à long terme. « Cela inclurait la reconstruction des maisons, des écoles et la création d’une zone industrielle et commerciale pour stimuler l’économie de Gaza ».

Echec américain et israélien

« Il est temps que cette guerre se termine ». Les pressions internationales et régionales s’intensifient pour que Tel- Aviv accepte la proposition américaine. Mais pourquoi Joe Biden a-t-il annoncé maintenant une proposition de cessez-le-feu ? Selon Ahmed Sayed Ahmed, politologue, les conséquences négatives de ce conflit ne cessent de croître, tant du côté israélien que du côté américain. « La proposition de Biden ne diffère pas beaucoup de la proposition égyptienne annoncée au début de la crise. Mais c’est la première fois depuis le début de l’agression israélienne sur la bande de Gaza que le président Biden parle d’un cessez-le-feu permanent et de la fin de la guerre. Auparavant, les Etats-Unis parlaient d’une trêve relativement longue, mais le cessez-le-feu permanent était la raison pour laquelle les Etats-Unis avaient utilisé leur droit de veto contre tous les projets de résolution présentés au Conseil de sécurité de l’ONU », explique Ahmed. Et d’ajouter : « Le plan américain reflète un changement de position américain et une sorte de réalisme politique. Biden est sous pression. Il fait face à deux problèmes majeurs : la pression intérieure aux Etats- Unis avant l’élection et la dégradation de l’image des Etats-Unis dans le monde. Le monde perçoit désormais les Etats- Unis comme un complice et non seulement un soutien de la violence qui sévit ».

Ce plan reflète également l’échec d’Israël à atteindre ses objectifs déclarés dans la guerre de Gaza depuis huit mois, comme l’explique le général Samir Farag, expert stratégique. Il s’agissait de libérer les otages détenus par le Hamas, d’éliminer le Hamas comme organisation et d’expulser les habitants de Gaza vers l’Egypte. En outre, selon des analystes, Israël est aujourd’hui isolé plus que jamais sur la scène internationale avec une reconnaissance croissante de l’Etat palestinien, notamment de la part des Européens, alliés d’Israël. Netanyahu est dans une position délicate car il ne peut pas mettre fin à la guerre sans risquer d’être emprisonné. En plus, deux membres de son gouvernement d’extrême droite, Smotrich et Ben-Gvir, qui détiennent 14 sièges sur les 120 de la Knesset, s’opposent à un retrait ou à un cessez-le-feu. Si Netanyahu perd leur soutien, il risque une motion de censure et la dissolution de la Knesset, ce qui pourrait entraîner de nouvelles élections qu’il ne remporterait probablement pas. « La présence militaire israélienne à Gaza est certainement rejetée non seulement par l’Egypte, mais aussi par la grande majorité des membres de la communauté internationale. En ce qui concerne le lien entre cette présence et le point de passage de Rafah, la position et la politique égyptiennes sont claires : elles rejettent la présence israélienne au point de passage de Rafah. Le point de passage de Rafah est le seul point de contact entre les Palestiniens et le monde extérieur », affirme Sameh Shoukry.

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