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Quand Israël joue avec le feu

Aliaa Al-Korachi , Mercredi, 21 février 2024

Rejet d’un Etat palestinien, intransigeance face aux pressions internationales, menace d’une opération terrestre de grande ampleur à Rafah d’ici au Ramadan … Israël multiplie les provocations. Envers et contre tous.

Quand Israël joue avec le feu

Chaos. Où va la guerre génocidaire israélienne contre la bande de Gaza ? La rapidité de la détérioration de la situation humanitaire à Gaza est brutale. Depuis environ cinq mois, la guerre israélienne à Gaza se poursuit de manière de plus en plus dramatique. C’est une guerre ouverte, sans limites ni restrictions. Malgré les massacres, Israël a échoué à atteindre tous ses objectifs déclarés, à commencer par la récupération des prisonniers ou l’élimination du Hamas. Sur le terrain, de violents bombardements israéliens aériens, terrestres et maritimes se poursuivent dans une grande partie de l’enclave, entraînant de nouvelles pertes humaines, des déplacements et la destruction d’infrastructures.

Aujourd’hui, le monde retient son souffle de peur d’un nouveau cycle de meurtres et de destruction après la menace israélienne de mener une opération terrestre pendant le Ramadan dans la région de Rafah, dans le sud, où sont massés près d’un million et demi de civils palestiniens, si les otages ne sont pas libérés d’ici là. Pour Netanyahu, l’incursion à Rafah est « la clé de la victoire » pour écraser le Hamas. « Ceux qui disent qu’il ne faut en aucun cas entrer à Rafah disent en réalité qu’il faut perdre la guerre », a-t-il ajouté. Face à l’intransigeance israélienne, une grande partie de la communauté internationale a mis en garde contre les conséquences humanitaires désastreuses d’une telle opération. « Une invasion de Rafah serait un désastre au-delà de l’imagination », ont averti les médecins de l’ONU.

Par ailleurs, le risque élevé de débordement régional du conflit dans la bande de Gaza s’intensifie. La situation est explosive en Cisjordanie sur plusieurs fronts. Le nombre de colonies sauvages a explosé depuis le début de la guerre. Alors que la violence des colons contre les Palestiniens en Cisjordanie ne cesse d’augmenter. En plus, le 19 février, Netanyahu a déclaré son intention de restreindre aux Palestiniens de Cisjordanie l’accès à l’Esplanade des mosquées pendant le mois du Ramadan pour « des raisons sécuritaires ». Ce qui pourrait alimenter les craintes d’une escalade majeure pendant le mois du Ramadan. Mahmoud Al-Habash, juge en chef de la Palestine, a averti que « l’acte terroriste » de restreindre l’accès des Palestiniens à la mosquée d’Al-Aqsa pendant le Ramadan, que ce soit pour les Palestiniens résidant dans les territoires occupés, les habitants de Jérusalem ou ceux de Cisjordanie, « fera exploser la situation d’une manière que personne ne peut prévoir ou contrôler ». Pour Al-Habash, la décision israélienne est « une tentative délibérée » d’attiser une guerre religieuse dont les flammes embraseront le monde entier. Et tout le monde souffrira de ses conséquences que personne ne peut prévoir ou éviter.

Netanyahu contre vents et marées

A Munich, en Allemagne, où s’est déroulée cette semaine la 60e Conférence de Munich sur la sécurité pendant trois jours, des pays occidentaux ont tenté d’exercer des pressions sur Israël pour qu’il accepte de négocier un Etat palestinien, mais leur tentative s’est soldée par un échec. Netanyahu a rejeté toute reconnaissance internationale d’un Etat palestinien et a déclaré qu’il est nécessaire de poursuivre la guerre « jusqu’à ce que les capacités militaires du Hamas soient éliminées ». Dans un communiqué, le gouvernement israélien a déclaré son rejet catégorique « des diktats internationaux flagrants concernant un règlement permanent avec les Palestiniens ». Selon le communiqué, « la solution à deux Etats n’est pas une solution réaliste » et elle « ne garantirait pas la sécurité d’Israël ».

« Il existe une vision et un consensus internationaux pour mettre fin à la guerre, mais nous n’avons pas de partenaire actuellement pour travailler avec nous à cet objectif », a déclaré la ministre canadienne des Affaires étrangères, Mélanie Joly, pour décrire la position d’Israël face aux efforts occidentaux pour mettre fin à la guerre à Gaza et rechercher une solution à deux Etats. En effet, la décision du gouvernement israélien est un nouveau coup dur pour le processus de paix israélo-palestinien. Elle a été également condamnée par les responsables palestiniens et par la communauté internationale. Le président palestinien, Mahmoud Abbas, a déclaré que la décision « ferme la porte face à la paix » et qu’elle « poussera la région vers davantage de violence ».

Selon les observateurs, les récentes déclarations du premier ministre israélien de faire pression sur le Hamas pour qu’il libère les otages ne sont qu’une nouvelle tentative de sa part de tergiverser et de prolonger la guerre. « La fin de la guerre à Gaza signifie la fin de Netanyahu et de l’extrême droite en Israël. Leur avenir politique prendra fin dès son achèvement. Ils seront confrontés à une série d’accusations politiques et de différends internes inévitables. C’est ce qui explique l’insistance du gouvernement Netanyahu à prolonger la guerre, à intensifier et à enflammer la situation dans toute la région, dans le but de réaliser une quelconque victoire politique qui lui éviterait le sort de l’après-guerre », explique Dr Salah Wahba, expert des affaires israéliennes au Centre égyptien de la pensée et des études stratégiques.

Les scénarios de Rafah

Selon Ahmed Youssef, politologue, l’insistance de Netanyahu à mener l’incursion de Rafah afin « de parachever la victoire » démontre une nouvelle preuve d’une absence totale de conscience politique ou historique. « On se demande de quelle victoire Netanyahu parle alors qu’il entre dans le cinquième mois de son opération de vengeance, qu’il avait prédit comme capable de changer le Moyen-Orient. En réalité, elle l’a changé, mais dans le sens inverse pour Israël, après ses pertes militaires et économiques, sans parler de la division politique interne. Netanyahu anticipe les événements en prédisant une victoire qui n’est pas encore certaine », explique Youssef. Et de conclure : « La seule certitude est qu’Israël, même s’il gagne cette bataille, se retrouvera tôt ou tard face à un nouveau cycle de résistance palestinienne. Si Netanyahu n’est pas conscient des expériences des mouvements de libération nationale qui montrent que la résistance à l’occupation se poursuit jusqu’à la réalisation de l’indépendance, il n’a qu’à se souvenir des leçons de Gaza qui ont forcé son prédécesseur, Ariel Sharon, à se retirer de la bande de Gaza et à démanteler ses colonies. Depuis lors, il y a eu au moins cinq autres cycles d’agression contre Gaza avant la vague actuelle d’attaques contre Al-Aqsa, sans qu’Israël parvienne à éradiquer la résistance. Tout ce qu’il a réussi à faire, c’est atteindre un niveau effroyable de meurtres et de destruction ».

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