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Jihad Al-Harazine : Les Palestiniens restent attachés à la solution des deux Etats

Osman Fekri , Jeudi, 11 mai 2023

Jihad Al-Harazine, membre de l’Organisation de libération de la Palestine et professeur de sciences politiques à l’Université de Jérusalem, revient sur l’héritage de la Nakba et l’avenir de la cause palestinienne.

Jihad Al-Harazine

Al-Ahram Hebdo : Ce 15 mai coïncide avec le 75e anniversaire de la Nakba. Comment voyez-vous la situation actuelle dans les Territoires palestiniens occupés ?

Jihad Al-Harazine : 75 ans se sont écoulés depuis la Nakba du peuple palestinien, dont les effets sont toujours omniprésents et transmis de génération en génération. Ainsi, ces événements sont le témoignage de l’ampleur du crime commis par les gangs et l’Etat d’occupation contre le peuple palestinien. Il en a résulté des massacres à l’encontre du peuple palestinien, ainsi que des déplacements en masse d’environ 800 000 Palestiniens, après les tentatives de meurtres collectifs. Des villages et des maisons ont été démolis sur la tête de leurs habitants. Mais, la politique israélienne se poursuit et il paraît qu’elle relève d’une doctrine israélienne consistant à tuer, saboter et détruire, allant outre toutes les normes, les chartes et conventions internationales.

Tel-Aviv ne voit que le soutien américain inconditionnel qui l’a incité à poursuivre ses crimes, son agression et la violation de tout ce qui est palestinien. Il y a eu donc une persistance dans les crimes commis par Israël. Aucun jour ne passe sans qu’un nouveau crime ne voie le jour. Aujourd’hui, au 75e anniversaire de la Nakba, les événements connaissent une escalade dans les Territoires occupés et surtout à Jérusalem, à cause des politiques du gouvernement israélien d’extrême droite qui est investi avec un agenda clair consacrant la judaïsation, la colonisation et la mainmise sur la ville de Jérusalem et de la Cisjordanie. Le gouvernement a ciblé à travers ses colons la mosquée Al-Aqsa et a poursuivi ses agressions contre les églises. 237 prisonniers ont trouvé la mort en résultat des politiques de négligence médicale et de meurtre intentionnel. Tout ceci se passe au su et au vu du monde entier qui se contente de publier des communiqués de condamnations creux.

— La solution des deux Etats était-elle toujours valable sous le gouvernement actuel de Benyamin Netanyahu ?

— Les Etats-Unis est le pays parrain de l’Etat de l’occupation à raison des aides économiques, matérielles, militaires et politiques qu’ils lui procurent. En plus de la couverture juridique dans les forums internationaux, Israël est le fils gâté des Etats-Unis. Par conséquent, lorsque la puissance occupante pratique ses crimes et viole le droit international, elle est bien consciente que derrière elle se trouvent les Etats-Unis pour la soutenir et la défendre. Et cela est connu de tous. Lorsque les dirigeants des Etats-Unis, quelles que soient leurs Administrations, déclarent qu’Israël est leur allié stratégique et que les Etats-Unis en resteront le premier partisan sur tous les fronts, le gouvernement d’occupation voit qu’il peut faire ce qu’il veut.

Quant à la question de la solution des deux Etats, c’est la meilleure option sur la table qui mène à la paix et à la stabilité dans la région. Netanyahu et l’Administration américaine brandissent ce slogan pour la consommation des médias uniquement, sans action ni réalité tangible sur le terrain. Ce qui amène les dirigeants des partis de la coalition gouvernementale israélienne, Ben-Gvir, Smotrich et Netanyahu, à déclarer en toute insolence que la solution des deux Etats n’existe plus. Mais si l’Administration américaine est vraiment sérieuse, elle peut imposer une telle solution et travailler à créer les conditions de sa réalisation sur le terrain. Les Palestiniens privilégient la solution à deux Etats parce que nous croyons en notre droit légitime à un Etat indépendant avec Jérusalem comme capitale, jouissant d’une pleine souveraineté. Nous resterons engagés sur cette question et travaillerons pour y parvenir.

— Quelles sont les chances de parvenir à une réconciliation nationale palestinienne entre l’Autorité d’autonomie en Cisjordanie et le mouvement du Hamas dans la bande de Gaza ?

— La question de la réalisation de l’unité nationale est la référence de base pour continuer à faire face aux plans d’occupation. Il est nécessaire de mettre fin à l’état de division qui a suivi le coup d’Etat du Hamas en 2007 et qui a conduit à la séparation des deux parties de la patrie. A tel point que cette division palestinienne est devenue un prétexte brandi par les forces de l’occupation contre toute avancée sur le dossier de l’Etat palestinien indépendant. Je voudrais mentionner que de grands efforts ont été faits au cours des dernières années et plus d’un accord a été signé sous le parrainage de l’Egypte qui a exercé d’énormes efforts. Mais chaque fois qu’un accord est conclu, le Hamas recule sa mise en oeuvre en raison d’ingérences extérieures ou bien pour se conformer à d’autres agendas non palestiniens. Le peuple palestinien a désespérément besoin de tourner cette page sombre de son histoire et de trouver une vision et une stratégie nationales unifiées avec une position unique sous le commandement de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), le représentant légitime et unique du peuple palestinien.

— Pensez-vous qu’il y ait une possibilité, maintenant, d’organiser des élections législatives palestiniennes ? Quelle est la position de l’Autorité palestinienne à ce sujet ?

— La question des élections législatives est un droit national et un droit légitime pour le peuple palestinien. Un décret promulgué par le président Abou-Mazen avait réglementé leurs tenues. D’ailleurs, Le Caire a accueilli de longues sessions de dialogue pour parvenir à un accord sur la question des élections. Mais la surprise a été le refus d’Israël de tenir les élections à Jérusalem. Ce qui est pour nous une question fondamentale que l’on ne peut pas abandonner. D’autant qu’elle est considérée comme l’une des clauses essentielles conclues à la rencontre des factions palestiniennes tenue au Caire. C’est pour cela que l’Autorité palestinienne s’est trouvée face à une situation complexe à cause de l’insistance israélienne à l’obliger à renoncer à Jérusalem. Après une réunion de l’Autorité, une décision a été prise de reporter les élections jusqu’à ce qu’Israël accepte que des élections soient tenues dans la ville sainte.

L’Autorité palestinienne a appelé les Etats du monde à faire pression sur l’Etat d’occupation pour permettre la tenue des élections à Jérusalem. Elle a pris la bonne décision. Car renoncer au plus important aspect politique et souverain signifie renoncer à la ville et il sera impossible de la remettre à l’ordre du jour de négociations futures après que l’ex-président américain, Donald Trump, l’a reconnue comme capitale de l’Etat d’occupation et y a transféré l’ambassade américaine.

— Comment voyez-vous les tentatives israélo-américaines visant à mettre de côté le dossier de Jérusalem et la question des réfugiés palestiniens ?

— Les questions de Jérusalem et des réfugiés figurent parmi les cinq questions principales auxquelles nous ne renoncerons jamais. C’est pour cela que toutes les tentatives qui ont été faites pendant le mandat de Trump pour écarter les deux questions de Jérusalem et des réfugiés ont échoué et une résolution de l’Assemblée générale de l’Onu a été promulguée, en plus des résolutions du Conseil de sécurité et des organisations concernées, assurant que Jérusalem est une ville occupée conformément à la loi internationale et aux résolutions de la légitimité internationale. Ces textes ont remis la question de Jérusalem à sa place sur la table de négociations malgré toutes les tentatives avortées d’Israël d’effacer son identité.

Quant à la question des réfugiés, la résolution 194, qui sauvegarde leurs droits, malgré toutes les tentatives de mettre fin au rôle de l’UNRWA, a prolongé la mission de cette organisation qui a obtenu le financement nécessaire pour continuer ses services présentés aux réfugiés palestiniens. C’est pour cela qu’il est impossible que des négociations aient lieu loin de ces questions reconnues et protégées par la loi internationale et les résolutions du Conseil de Sécurité et de l’Assemblée générale des Nations-Unies.

— Comment évaluez-vous le rôle de l’Egypte dans le soutien au peuple palestinien ?

— Depuis le début, l’Egypte a été côte à côte avec les Palestiniens. Elle a sacrifié ses fils pour défendre la Palestine et a adopté des positions honorables pour soutenir la cause palestinienne. L’Egypte est toujours la première à venir au secours du peuple palestinien par le biais d’un soutien politique et logistique. Le président Sissi n’a laissé aucun forum international ou régional sans aborder la question palestinienne. C’est lui qui a lancé l’initiative de la reconstruction de ce qu’a démoli l’occupation de mai 2021.

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