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Les plans d’Israël pour usurper l’identité palestinienne

Dalia Farouq , Jeudi, 11 mai 2023

Israël utilise tous les moyens pour falsifier l’histoire de la Palestine, détruire son patrimoine et anéantir son identité.

Les plans d’Israël pour usurper l’identité palestinienne
Israël prend pour cible le patrimoine palestinien en détruisant les monuments et en volant les pièces antiques.

Cibler le patrimoine palestinien n’est pas une politique nouvelle d’Israël. Celle-ci a commencé au début du siècle dernier lorsque « Eretz Israel Research Association » a été créée en 1913 afin de porter atteinte à toute preuve historique affirmant que la Palestine est un pays musulman et chrétien avec une identité arabe. « Israël cible le patrimoine palestinien par tous les moyens, soit par le contrôle des sites historiques et des musées, ou la destruction des monuments et le vol des pièces antiques dans le but de falsifier l’histoire, d’anéantir toutes les preuves de la présence musulmane et chrétienne dans ce pays arabe », explique Solimane Al- Howeily, professeur d’archéologie à l’Université du Caire.

Le ministère palestinien du Tourisme et des Antiquités recense 944 sites archéologiques majeurs en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, qui renferment 10 000 monuments archéologiques. En outre, 350 villes et villages comprennent plus de 60 000 bâtiments historiques.

D’après Al-Howeily, les autorités d’occupation israéliennes s’efforcent depuis juin 1967 d’étendre leur contrôle sur de nombreux sites archéologiques religieux et historiques dans tous les gouvernorats palestiniens, principalement à Jérusalem, en recourant parfois à la force militaire. Leur but est de judaïser ces monuments, dont le principal est l’Esplanade des mosquées à Jérusalem, où elles contrôlent le mur d’Al-Bouraq qu’elles ont surnommé « Mur des lamentations ». Elles ont également des plans pour judaïser et diviser la mosquée d’Al-Aqsa.

Elles ont aussi pris le contrôle de la mosquée de Bilal qui est un édifice religieux mamelouk-ottoman situé sur la route entre Jérusalem et Hébron près de l’entrée nord de la ville de Bethléem. La mosquée est attribuée au compagnon du prophète Mohamad, Bilal bin Rabah. L’occupation l’a attribuée à Rachel, la femme du prophète Jacob et la mère du prophète Joseph, et l’a isolée de son environnement palestinien en l’entourant de murs et de tours militaires. Enfin, elle l’a séparée des zones palestiniennes après la construction d’un mur de séparation entre Jérusalem et Bethléem. De même, Israël a divisé la mosquée d’Abraham à Hébron et a converti la plus grande partie en synagogue, qui couvre désormais 60 % de la superficie du site. « En 2010, l’intrépidité était au maximum lorsque le gouvernement israélien a pris la décision d’inclure les sites du tombeau de Rachel et de la mosquée d’Abraham à Hébron dans la liste du patrimoine national juif », se lamente Al-Howeily. Cependant, l’Organisation des Nations-Unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) a rendu une décision confirmant que la mosquée d’Abraham et celle de Bilal à Bethléem font partie du patrimoine islamique en Palestine avant d’enregistrer la première comme patrimoine mondial de l’humanité en 2017.

« Les musées n’ont pas échappé à la mainmise des occupants. Quelques jours après son occupation de la ville de Jérusalem en 1967, Israël s’est empressé d’étendre son contrôle sur le Musée palestinien et son contenu archéologique », indique Al-Howeily. Ouvert en 1938, le musée, un des plus anciens du Moyen-Orient, comprenait une grande collection découverte lors de fouilles menées pendant l’ère du mandat britannique entre les années 1920 et 1930 du XXe siècle.

Dans le même esprit, Israël a pris le contrôle de la Citadelle de Jérusalem, située au nord-ouest de la vieille ville où se trouvent des vestiges archéologiques de différentes périodes : hérodienne, hellénistique, omeyyade, ayyoubide, mamelouke et ottomane. Israël l’a transformée en un musée nommé « Musée du château de David pour l’histoire de Jérusalem ». Dans ce musée, l’histoire de la ville sainte est présentée aux visiteurs d’un point de vue purement israélien, de manière falsifiée par les moyens technologiques les plus modernes.

Destruction programmée

Mokhtar Al-Kassabani, professeur d’archéologie et membre de l’Union des archéologues arabes, souligne que la falsification est le credo d’Israël sur tous les volets, que ce soit dans la religion, l’histoire ou la culture. Il emploie toutes ses armes pour anéantir de nombreux monuments arabes et islamiques, notamment à Jérusalem, dans une tentative de leur donner un caractère juif et talmudique. « En juin 1967, les bulldozers de l’occupation ont démoli le quartier marocain de la vieille ville de Jérusalem, adjacent à la mosquée d’Al-Aqsa, construit pendant les époques ayyoubide, mamelouke et ottomane, comme l’école Mofadala et le coin des Marocains. En 1969, Dennis Michael, un juif extrémiste, a mis le feu à l’aile est de la mosquée d’Al- Aqsa. L’incendie a menacé l’ancien dôme de la mosquée, en argent pur, et a détruit la mosquée de Omar, qui commémore la visite à Jérusalem de Omar Ibn Al-Khattab, second calife musulman », raconte A- Kassabani

Pendant l’Intifada palestinienne à partir de 2000, Israël a démoli plusieurs bâtiments historiques dans diverses villes. « C’était évident dans les vieilles villes de Naplouse et d’Hébron, ainsi qu’à l’église de la Nativité à Bethléem, lorsque des centaines de maisons historiques, de palais, de lieux de culte islamiques et chrétiens ont été détruits », reprend-t-il. Et d’ajouter qu’au cours de la guerre contre la bande de Gaza en 2014, les Palestiniens ont perdu plusieurs sites historiques lorsque les chasseurs israéliens ont détruit la mosquée d’Al-Mahkama et celle d’Al-Dhafar Damri dans la région d’Al-Shujaiya à l’est de Gaza, qui remontent à l’ère mamelouke, le sanctuaire de Khalil Al-Rahman dans la région d’Abasan, toujours de l’époque mamelouke, et le sanctuaire d’Al-Khidr à Deir Al- Balah au sud de la bande de Gaza qui remonte à l’époque grecque. « De 2015 jusqu’à nos jours, les bulldozers ont détruit des dizaines de sites archéologiques comme Khirbet Umm Al-Jamal de la période romaine, à l’est de Jérusalem, et l’ancien site archéologique arabe du prophète Zakariya, au nord de Jérusalem ».

« Les destructions programmées du patrimoine palestinien et de ses joyaux se poursuivent surtout avec les tunnels qu’Israël creuse sous les mosquées d’Al-Aqsa et d’Abraham », assure Al-Kassabani. Le Département du waqf islamique à Jérusalem a fait appel, à plusieurs reprises, à la communauté internationale face aux dangers de ces excavations qui pourraient endommager les fondations de la mosquée et le dôme du Rocher. Il a de même fait appel à l’Unesco pour envoyer des spécialistes afin de constater ce qu’Israël commet contre la mosquée.

Vols d’antiquités

Selon l’archéologue Ahmed Amer, le vol demeure l’une des formes les plus dangereuses de l’attaque pratiquée par Israël contre les sites palestiniens. Il consiste au vol d’antiquités et leur transfert vers des musées israéliens ou vers des lieux sous contrôle israélien. « Des milliers d’antiquités ont été volées par des gangs d’excavation, en échange de sommes d’argent », indique Amer. Le Département des antiquités palestiniennes affirme qu’environ 100 000 artefacts sont introduits en contrebande en Israël chaque année. « Le vol des pièces palestiniennes a commencé depuis l’occupation de la Cisjordanie et de la bande de Gaza en 1967, et de nombreux sites archéologiques ont été pillés », reprend Amer. En 2015, le volume des saisies dans les dépôts du ministère du Tourisme palestinien était de 20 000 pièces.

Les responsables palestiniens mènent des batailles acharnées pour sauvegarder le patrimoine de leur pays. « Depuis qu’elle est devenue membre à part entière à l’Unesco en 2011, la Palestine n’a pas cessé de lutter pour conserver son patrimoine. Grâce à ses efforts, 3 sites appartenant à la Palestine sont actuellement inscrits sur la liste du patrimoine mondial », se félicite Al-Kassabani. Autres succès : la résolution du Conseil exécutif de l’Unesco adoptée le 18 octobre 2016, déclarant « patrimoine palestinien » la zone située aux alentours de la mosquée d’Al-Aqsa, et celle de 2017 sur le statut de Jérusalem, présentant Israël comme « puissance occupante ». Ces résolutions, qui ont suscité la colère d’Israël, ont entraîné son retrait de l’organisation. « Depuis sa création, Israël cherche à falsifier l’histoire de la Palestine, détruire son patrimoine et anéantir son identité arabe », conclut Al- Kassabani.

 Quelques chiffres

  • 100 000 artefacts sont introduits en contrebande en Israël chaque année.
  • 944 sites archéologiques majeurs en Cisjordanie et dans la bande de Gaza sont recensés par le ministère palestinien du Tourisme et des Antiquités.
  • 350 villes et villages palestiniens comprennent plus de 60 000 bâtiments historiques.
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