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Initiatives au service de la femme

Mercredi, 20 mars 2024

Des dizaines d’initiatives et de législations sont lancées par le gouvernement et les ONG, afin d’assurer l’autonomisation, l’égalité et une vie décente à la femme égyptienne.

Initiatives au service de la femme

Par Nasma Réda et Rim Darwich

La Stratégie nationale de l’autonomisation de la femme 2030

 Dans le cadre des Objectifs de Développement Durable (ODD) de la Vision de l’Egypte 2030, le Conseil national de la femme a élaboré en 2016 la Stratégie nationale de l’autonomisation de la femme égyptienne 2030. Son objectif : mettre en application les droits constitutionnels des femmes consistant à promouvoir les principes d’égalité et de non-discrimination à travers quatre axes complémentaires, à savoir l’autonomisation politique et la promotion du leadership des femmes, l’autonomisation économique, l’autonomisation sociale et la protection.

 L’autonomisation sociale

 Le gouvernement déploie d’importants efforts afin de créer des occasions pour une plus grande participation sociale des femmes. Il s’agit d’élargir leurs capacités de choisir, de prévenir les pratiques qui perpétuent la discrimination à leur égard, que ce soit dans la sphère publique ou au sein de la famille. C’est dans ce cadre qu’un programme de lutte contre l’analphabétisme chez les femmes et les filles a été mis en place. Selon les données de la stratégie, 12 % des femmes entre 20 et 29 ans sont analphabètes. En plus, selon les indicateurs de mesure de l’impact de l’autonomisation sociale en 2023, le taux d’analphabétisme chez les filles de plus de 10 ans enregistre 27 %. L’objectif de la stratégie est de baisser ces taux pour atteindre 0 % chez les femmes et 12 % chez les filles d’ici 2030. Sur un autre volet, la Stratégie nationale de l’autonomisation de la femme 2030 travaille également pour octroyer aux femmes un soutien juridique, les guider au niveau de la planification familiale, leur garantir des soins médicaux continus en plus du soutien aux femmes handicapées.

Des campagnes de sensibilisation médiatiques ou sur place sont présentées aux femmes pour les inciter à la planification familiale dans l’objectif de les encourager à espacer les naissances, de les sensibiliser à l’importance de l’utilisation des moyens de contraception pour baisser le taux de natalité par famille et d’éviter le mariage précoce. Selon le porte-parole du ministère de la Santé, Hossam Abdel-Ghaffar, le taux de femmes âgées de 20 à 29 ans mariées avant l’âge de 18 ans a atteint 8 % en 2023 (contre 18 % en 2014). L’objectif de la stratégie est de faire baisser ce pourcentage à 1 % en 2030. Tandis que le taux des femmes utilisant des moyens de contraception a atteint 75 % (contre 58,5 % en 2014).

Concernant le soutien juridique, un réseau de bureaux de conseil et de services juridiques gratuits a été créé. Il a pour objectif d’aider les femmes, en particulier les femmes pauvres, à accéder à la justice en les informant sur leurs droits et en les aidant à les recouvrer. De même, la stratégie prévoit de renforcer les services destinés aux femmes en prison, en facilitant les procédures leur permettant de voir leurs enfants et en lançant des campagnes de sensibilisation pour changer la vision de la société envers les femmes emprisonnées et faciliter leur réintégration dans la société.

 La protection

 Un autre axe traité par la Stratégie nationale de l’autonomisation de la femme concerne la protection. Il vise à éliminer les phénomènes négatifs qui menacent la vie, la sécurité et la dignité des femmes et les empêchent de participer efficacement à la vie sociale. Un service important, étant donné que le pourcentage de femmes qui ont été victimes de violence physique avant le mariage est de 25,2 %, tandis que 4,1 % des femmes ont été victimes de violence sexuelle avant le mariage. L’objectif est de porter ces pourcentages à 0 % en 2030, et ce, en appliquant un plan consistant à protéger les femmes dans la sphère publique en réduisant le harcèlement et en leur assurant des moyens de déplacement sécurisés. 2,5 millions de femmes ont été harcelées au cours de l’année 2022, dont 9,6 % ont été victimes de harcèlement dans la rue, 6,6 % dans les transports publics, 1,3 % dans les établissements d’enseignement et 3,7 % sur le lieu de travail. Il s’agit aussi de leur assurer une protection au sein de leurs familles, en éliminant toutes les formes de violence à leur encontre, en luttant contre le mariage précoce, en luttant contre l’excision et en les aidant à obtenir leur héritage. Des mécanismes de suivi et d’évaluation de la mise en oeuvre de la stratégie ont été fixés par le Conseil national de la femme, comme la création de l’Observatoire de la femme égyptienne (ENOW) qui est un observatoire indépendant pour garantir le suivi de l’exécution de la stratégie.

 « Dawwie » (écho)

 Organisée depuis 2022 par le Conseil national de la femme en coopération avec le Conseil national de la maternité et de l’enfance, avec le soutien de l’Unicef, cette initiative permet de donner la parole aux jeunes filles de moins de 20 ans pour s’exprimer, expliquer leurs rêves, leurs défis, leurs ambitions, ainsi que leurs peurs et craintes. Pendant deux ans, cette initiative a parcouru les gouvernorats d’Egypte dans le but d’engager un dialogue entre les filles et leurs parents autour des questions qui les préoccupent. La fuite de l’école, le harcèlement, la circoncision et le travail de la femme sont les principales questions discutées. Cette initiative vise à répondre aux préoccupations de ces fillettes et à créer une génération cultivée qui puisse tracer son avenir. La fuite de l’école est en particulier un grand défi affronté par cette initiative, qui a consacré un site web (dawwie.net/ar), une hotline (1600) et une page Facebook (DawwieInitiative) pour permettre jusqu’à présent à plus de 20 millions de filles de s’exprimer et de profiter de leurs capacités.

 Assurer une vie décente à la femme

 L’initiative Hayah Karima (vie décente) est la plus importante dans l’histoire de l’Egypte, elle est destinée au développement global des zones rurales aux niveaux économique et social. Lancée en 2019, elle se poursuit jusqu’en 2027 et accorde un intérêt particulier à la promotion de la femme et à l’amélioration de la vie des classes sociales les plus nécessiteuses, ainsi que celle du niveau des services qui leur sont présentés. Au niveau social, Hayah Karima s’est intéressée à la santé de la femme dans les zones rurales à travers des campagnes de sensibilisation dans le domaine de l’éducation et de la gestion de la famille. Hayah Karima a également organisé des ateliers d’artisanat dont 1,8 million de femmes ont profité dans les gouvernorats du Fayoum, de Charqiya et de Minya. De nombreux convois médicaux se rendent régulièrement dans les zones rurales pour effectuer gratuitement des consultations médicales et des opérations chirurgicales en plus d’un programme de consultation et de soutien psychique accordé aux femmes et aux filles.

 « Prisons sans endettées »

 Le président a également lancé l’initiative « Prisons sans endettées » pour soulager la détresse des femmes emprisonnées. C’est dans ce cadre que Hayah Karima a également élaboré un programme d’aide aux « gharémate » (femmes endettées emprisonnées) afin de rembourser leurs dettes et leur permettre de vivre avec leurs enfants.

 « Waaya » (consciente)

 En 2019, le Conseil national de la femme a mis en place cette initiative dans le but de former des cadres de femmes rurales en Haute-Egypte qui peuvent aider à développer les ressources de leurs familles dans les gouvernorats de Béni-Soueif, Minya, Assiout, Sohag, Qéna, Louqsor et Assouan. Grâce à un partenariat avec les institutions agricoles, cette initiative offre aux femmes des occasions de participer à toutes les activités de l’initiative, notamment aux petites et moyennes entreprises. Elle s’adresse aux femmes et aux filles rurales, aux petites exploitantes, aux travailleuses agricoles, aux diplômées des écoles secondaires, ainsi qu’aux entrepreneuses rurales. Son objectif est de renforcer la capacité des agricultrices à améliorer la quantité et la qualité de leurs cultures, en proposant des programmes de formation aux étudiantes des écoles techniques et en les guidant pour trouver des emplois dans l’agriculture ou l’artisanat. Cette initiative donne également la possibilité à ces femmes de créer leurs propres projets rentables.

 « Ta’a Marbouta » (lettre alphabétique arabe référant au féminin)

 En 2017, le Conseil national de la femme a lancé cette initiative de sensibilisation afin de lutter contre la violence envers les femmes égyptiennes et de garantir leur autonomisation sociale, politique et économique. L’initiative Ta’a Marbouta appelle les femmes égyptiennes à ne plus considérer leur identité féminine comme un obstacle. Elle s’est donné pour slogan « La Ta’a Marbouta est le secret de votre pouvoir ». Cette initiative interpelle non seulement les femmes, mais également la société en général, visant à modifier le rôle et la place consacrés à la population féminine. Le Conseil national de la femme collabore avec plusieurs partenaires, notamment le Fonds des Nations-Unies pour la population, le Programme des Nations-Unies pour le développement, ONU-Femmes, l’Agence suédoise de coopération internationale au développement, pour assurer aux femmes des facilités financières pour les aider à se lancer dans le monde du travail. Son objectif est d’encourager les femmes à s’engager de manière productive dans la vie sociale et de sensibiliser le grand public à lutter contre les violences sexistes, spécialement le harcèlement sexuel. Des films, des pancartes, des programmes télévisés et de la publicité ont été diffusés sur tous les réseaux sociaux, dans les rues, aux chaînes de télévision, et des activités ont été tenues dans les universités et les endroits publics s’adressant à la fois aux femmes (afin qu’elles prennent conscience de leurs capacités à agir) et à la société en général (et aux hommes plus particulièrement) avec l’objectif de combattre les stéréotypes.

 « Mastoura » (protégée)

« La femme égyptienne est capable de travailler ». C’est le slogan de l’initiative Mastoura lancée par le fonds Tahya Misr (vive l’Egypte) en collaboration avec la Banque Nasser, dans le but de soutenir et d’autonomiser les femmes égyptiennes, en particulier celles qui soutiennent leurs familles. Ayant un aspect économique, cette initiative offre un financement qui varie entre 4 000 et 50 000 L.E. Cette somme est remboursée mensuellement sans intérêt sur une période maximale de 24 mois. A noter que depuis son lancement en 2017 jusqu’à 2023, Mastoura a présenté un financement de 448 millions de L.E. à près de 24 226 femmes. Cette initiative présidentielle fournit un financement afin de soutenir les femmes pour la création de micro-projets de commerce à domicile, de service ou de production industrielle et de leur garantir une source de revenus stable pour prendre soin de leurs familles. Elle accepte les femmes âgées de 21 à 60 ans.

Cette initiative a réussi à atteindre des zones éloignées comme Halayeb et Chalatine (sud-est), ainsi que les villages isolés de la Haute-Egypte. La Banque Nasser leur propose également des services de commercialisation et de distribution de leurs produits. Sous la supervision du ministère de la Solidarité sociale, les bénéficiaires de Mastoura peuvent participer aux foires trimestrielles de Diarna qui sont organisées dans différents gouvernorats pour les aider à vendre leurs productions.

 L’initiative du président pour la santé de la femme

 Cette initiative a été lancée en juillet 2019 dans le cadre de la campagne présidentielle « 100 millions de citoyens en bonne santé ». L’initiative consiste à envoyer des convois médicaux dans tous les gouvernorats et dans les villages pour examiner les femmes et faire des diagnostics précoces du cancer du sein. 28 millions de femmes ont été examinées, et celles atteintes de tumeurs ont reçu un traitement gratuit. Grâce à l’initiative, le taux d’atteinte des 3e et 4e phases a baissé de 50 %. L’initiative comprend également une sensibilisation à la santé génésique, à la planification familiale, à un mode de vie sain, ainsi que la détection des maladies non transmissibles, comme le diabète et l’hypertension chez les femmes.

 Un ensemble de lois en faveur de la femme

Afin de fournir un environnement législatif et juridique favorable aux femmes dans tous les domaines, l’Etat a consacré, dans la Constitution de 2014, plus de 20 articles assurant l’égalité entre les hommes et les femmes dans tous les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, sans discrimination.

La Constitution accorde notamment 25 % des sièges des conseils municipaux aux femmes, ainsi qu’un quart des sièges du parlement. L’article 6 de la Constitution accorde également aux femmes égyptiennes le droit de transmettre la nationalité à leurs enfants. Ce qui vient renforcer la loi promulguée en 2004 dans ce sens. La Constitution octroie au Conseil national de la femme le droit d’examiner toute législation relative aux femmes avant sa promulgation.

Outre la Constitution, plusieurs lois sur le statut personnel ont été promulguées au cours des dernières années pour renforcer les droits des femmes. Sur un autre volet, la loi sur le travail offre de multiples droits aux femmes actives. Par exemple, le congé maternité est passé de trois à quatre mois.

Depuis 2014, des modifications sont faites sur le code pénal. Ainsi, la peine de prison pour harcèlement sexuel est passée de six mois à cinq ans, en plus d’une amende de 50 000 L.E. Pour ce qui est de l’excision, ceux qui la pratiquent risquent une peine de cinq à sept ans. En cas de décès ou de déficience permanente de la victime, la peine atteint 15 ans. De même, les peines des crimes de viol ont également été endurcies. Elles peuvent atteindre 25 ans de prison, voire la peine de mort si la victime est âgée de moins de 18 ans ou s’il s’agit d’un viol collectif. Tandis que les peines imposées pour l’enlèvement d’un enfant ou d’une femme sont fixées à au moins 10 ans.

Autre modification importante : les prisonnières ont le droit de garder leurs enfants jusqu’à l’âge de quatre ans. Un autre article stipule le report de l’exécution d’une peine privative de liberté pour une condamnée si celle-ci est au sixième mois de sa grossesse. L’exécution de sa peine est différée à deux mois suite à son accouchement. S’il s’avère qu’une femme est enceinte lors de l’exécution de sa peine, elle doit être traitée en prison comme une personne en détention provisoire, jusqu’à deux mois après son accouchement.

La liste est bien grande, et de nouvelles législations attendent de voir le jour, notamment la loi unifiée pour lutter contre les violences à l’égard des femmes et la loi de lutte contre le mariage précoce.

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