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Femme palestinienne, fer de lance de la résistance

Ola Hamdi , Mercredi, 20 mars 2024

En ce mois dédié aux femmes, la femme palestinienne a réaffirmé sa place centrale dans la lutte contre l’occupation israélienne.

Femme palestinienne, fer de lance de la résistance

Cette année, à l’occasion de la Journée internationale de la femme, l’attention du monde s’est portée sur les femmes palestiniennes qui souffrent des atrocités de la guerre depuis la Nakba en 1948 jusqu’à aujourd’hui, mais aussi des conditions tragiques persistantes dans lesquelles les nécessités les plus élémentaires de la vie font défaut. Selon l’UNRWA, 9 000 femmes ont été tuées dans la bande de Gaza depuis octobre dernier. L’agence onusienne a averti que ce chiffre pourrait être plus élevé.

Des institutions internationales, arabes et égyptiennes ont placé les femmes palestiniennes en tête de liste des femmes dans le monde cette année. La Ligue des Etats arabes et le Bureau régional des Nations-Unies pour les Etats arabes ont appelé à soutenir la cause des femmes palestiniennes dans le cadre de l’aide humanitaire internationale et des droits de l’homme et à jeter la lumière sur les actes illégaux et les crimes contre l’humanité commis à l’égard des femmes et des filles à Gaza. La Ligue arabe a également organisé une séance intitulée « Briser les chaînes ... Les femmes de Gaza en quête de vie » pour les soutenir et condamner les violations commises à leur encontre. « Les femmes de Gaza sont une pierre angulaire essentielle de la résilience de leurs familles. La guerre actuelle a infligé des dégâts incommensurables aux femmes. Cependant, elles restent des acteurs-clés dans le rétablissement social et économique à Gaza, lorsque les conditions le permettent », a déclaré Abdallah Al-Dardiri, secrétaire général adjoint des Nations-Unies et directeur du Bureau régional pour les Etats arabes. Le ministère égyptien des Affaires étrangères a tenu à envoyer un message de soutien et d’appréciation pour la lutte des femmes palestiniennes et pour chaque femme égyptienne qui se tient à leurs côtés.

Une longue histoire de lutte

La femme palestinienne, qui représente 49 % de la population de la Palestine, joue de nombreux rôles. Elle est la mère qui a enseigné à ses enfants l’esprit de la révolution et les a encouragés à lutter et à devenir martyrs. Elle est l’enseignante qui a enseigné à des générations, la travailleuse acharnée, l’activiste politique et la combattante contre l’occupation pour la liberté et l’indépendance. Son engagement actuel dans la résistance s’inscrit dans la continuité du rôle actif qu’elle a toujours joué dans la lutte nationale tout au long de l’histoire palestinienne. Ce combat s’est illustré en 1921 par la formation de la première Union des femmes palestiniennes, fondée par Amelia Al-Sakakini et Zeleikha Al-Chihabi. Cette union avait pour objectif de participer à la construction de la société palestinienne, de lutter contre le mandat britannique et de résister à la colonisation sioniste à cette époque charnière. Leurs actions consistaient à collecter des dons, panser les blessures et vendre des produits artisanaux, tout en reversant les bénéfices à des organisations caritatives, aux orphelins et aux personnes démunies.

En 1948, nombre de femmes à Jaffa ont formé un groupe secret pour fournir aux révolutionnaires des armes et des fournitures sous le nom de « Fleur de chrysanthème ». A cette même époque, l’association « Solidarité féminine » a été créée pour mener à bien le travail des infirmières et celui des premiers secours, suivie plus tard par de nombreuses associations caritatives et culturelles. Les femmes étaient en compétition dans les villes et villages palestiniens pour former un corps qui les représente dans la société arabe et palestinienne. Après la création de l’Etat d’Israël en 1948, la majorité des Palestiniens ont été contraints de fuir et, à cette époque, les femmes jouaient un rôle majeur en transmettant leurs souvenirs de Palestine aux jeunes afin qu’ils n’oublient pas ce qui s’est passé, dans le but de continuer à réclamer leur droit au retour dans leur patrie. En 1965, l’Union générale des femmes palestiniennes a été créée et, par la suite, les femmes ont progressivement commencé à s’engager dans la politique officielle en adhérant aux principales factions politiques palestiniennes. En outre, le ministère palestinien des Affaires de la femme a été créé, comme un outil d’application des politiques locales liées au statut de la femme.

Dans les prisons israéliennes

Les Palestiniennes détenues dans des conditions insalubres dans les prisons israéliennes sont constamment soumises à la torture et aux mauvais traitements, les privant de l’éducation, de visites familiales ou même d’appels téléphoniques. Les chiffres montrent que depuis 1967, plus de 17 000 femmes ont été détenues dans les prisons israéliennes et que le plus grand nombre d’arrestations a eu lieu lors de la première Intifada (1987-1993), au cours de laquelle 3 000 femmes ont été arrêtées, et lors de la deuxième Intifada (2000-2005), au cours de laquelle près de 1 000 femmes ont été arrêtées.

 En 2019, les autorités d’occupation ont arrêté 1 600 Palestiniens, dont 230 enfants et 40 femmes. En 2021, 35 Palestiniennes ont été arrêtées. Les arrestations se sont poursuivies les années suivantes et continuent jusqu’à aujourd’hui.

Malgré les circonstances difficiles, elles ont continué à résister. En avril 1970, les détenues palestiniennes à la prison de Neve Tirza ont lancé la première grève de la faim collective du mouvement des prisonniers palestiniens. Lors de cette protestation, elles ont demandé l’accès à des produits sanitaires pour les femmes, la fin du mauvais traitement et de l’isolement cellulaire. Les grèves générales de la faim et les protestations se sont succédé en 1985, 2004 et 2019. Malgré leur privation d’éducation formelle, les prisonnières palestiniennes ont mis en place une éducation parallèle pour toutes celles qui sont en prison.

Icône de la résistance

A l’heure actuelle, les données de l’Autorité des affaires des prisonniers confirment que l’occupation israélienne détient toujours 56 femmes dans ses prisons, dont 44 de Cisjordanie, trois de la bande de Gaza et neuf des territoires de 1948. Parmi les détenues se trouvent deux mineures.

La femme, icône de la résistance, poursuit son combat dans la récente guerre, où elle participe de toutes ses forces, qu’elle soit médecin soignant les blessés, bénévole aidant ceux touchés par la violence ou mère cherchant de la nourriture pour ses enfants affamés.

Selon le Bureau central palestinien des statistiques, « 75 % du nombre total de blessés, soit 72 156 blessés, sont des femmes ». Les femmes et les enfants représentent également 70 % des 7 000 personnes portées disparues et la moitié des 2 millions de personnes contraintes de fuir leur lieu de résidence. Concernant la condition actuelle des femmes vivant sous le fardeau de la guerre, Ola Moawad, chef du Bureau central palestinien des statistiques, a déclaré : « Les femmes enceintes sont confrontées à de nombreux défis. Il y a environ 60 000 femmes enceintes dans la bande de Gaza, à raison de 180 naissances par jour. Environ 15 % de ces femmes risquent de souffrir de complications de grossesse et d’accouchement difficiles à traiter en raison du manque de soins médicaux. Le nombre de naissances prématurées chez les femmes a augmenté d’environ un tiers en raison de facteurs tels que le stress et les traumatismes. Il y en a aussi celles qui ont fait une fausse couche à cause de la peur, ce qui a entraîné une augmentation des fausses couches de 300 % ». Elle a également souligné que les femmes enceintes souffrent de malnutrition et de déshydratation, sont confrontées à une grave pauvreté nutritionnelle et que beaucoup de leurs enfants naissent avec un poids insuffisant et souffrent de problèmes de santé. Les mamans qui allaitent souffrent également d’une diminution de la production de lait en raison de la malnutrition. Il est difficile de fournir du lait infantile à leurs enfants, ce qui oblige les mères à recourir à des alternatives inadéquates, voire dangereuses, pour allaiter leurs bébés.

Eatemad Kamel, militante palestinienne, raconte comment la dignité des femmes a été bafouée et tous leurs droits violés dans des conditions d’oppression, de discrimination et de violence systématique comme le monde n’en a jamais connu. « Chaque année, les organisations féministes et sociétales font les préparatifs pour célébrer la Journée internationale de la femme afin d’honorer les femmes palestiniennes et montrer leurs réalisations et leur ambition. Mais cette année n’est pas comme les autres ; les femmes se trouvent sous le feu de l’occupation qui tue, détruit et affame notre peuple », a-t-elle souligné, en évoquant la souffrance de la femme palestinienne en raison des horreurs de la guerre et de l’agression assoiffée de sang. Elle a appelé la communauté internationale à remplir ses obligations, à poursuivre en justice les responsables de graves violations du droit international, notamment de la quatrième Convention de Genève, et à prendre toutes les mesures nécessaires pour dénoncer les pratiques et crimes israéliens.

Mahassen Al-Khatib, militante graphiste de Gaza, lutte à travers son art pour dénoncer les crimes de l’occupation contre les femmes. Toutes ses peintures ont exprimé sa douleur face à ce qu’affrontent les femmes et les jeunes filles de Palestine, en particulier toutes les formes de violence et d’oppression dans le contexte de l’agression israélienne continue sur la bande de Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem. « Chaque fois que le désespoir s’empare de moi, je me souviens du combat de ceux qui nous ont précédés et je retrouve mes forces », conclut-elle.

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