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Histoires de réussite

Nada Al-Hagrassy , Mercredi, 20 mars 2024

Quel que soit le domaine dans lequel elles oeuvrent, les femmes égyptiennes font preuve de courage et de persévérance. Portraits.

Histoires de réussite

Yasmine Moussa, voix de l’Egypte à la CPI

 « Cela fait 75 ans que le peuple palestinien souffre de l’occupation israélienne, la plus longue de l’histoire de l’humanité. Une occupation qui ne cesse d’implanter ses colonies en Cisjordanie pour fragmenter les territoires palestiniens et imposer le fait accompli, en flagrante violation du droit international ». Ce sont les mots de la conseillère Yasmine Moussa, du ministère des Affaires étrangères, qui, d’une voix douce mais claire et dans un anglais plus que parfait, a dirigé le plaidoyer de l’Egypte devant la Cour Pénale Internationale (CPI). La cour avait demandé l’avis consultatif de l’Egypte sur les pratiques israéliennes. De taille moyenne, avec de longs cheveux bruns et des traits réguliers, Yasmine Moussa a eu une carrière brillante dans le domaine du droit international. Titulaire d’une licence en droit, elle a également étudié les droits de l’homme à l’Université américaine du Caire (AUC) et a obtenu son PHD en droit international de la prestigieuse Université de Cambridge. De 2002 à 2004, elle occupe le poste de conseillère auprès de la Ligue arabe et préside la délégation de l’Egypte auprès des Nations-Unies. Elle travaille également comme professeur adjoint de droit international dans les domaines de l’eau et de l’environnement et est maître de conférences au Centre régional pour le règlement des conflits et le maintien de la paix. Elle a terminé son plaidoyer en insistant sur la nécessité de résoudre le conflit israélo-palestinien conformément au principe des deux Etats afin de fonder l’Etat palestinien sur les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale.

 L’ambassadrice Amani Abou-Zeid, l’Egypte au service de l’Afrique

 10e fois consécutive, le Dr Amani Abou-Zeid, commissaire aux infrastructures, à l’énergie et au tourisme à l’Union Africaine (UA), est choisie comme l’une des femmes les plus importantes et les plus influentes de l’Afrique selon le classement annuel de la Fondation Aknas Média des 100 personnalités africaines les plus influentes. « Le rôle du commissaire de l’infrastructure et de l’énergie est d’élaborer des politiques régionales qui visent à relier les 55 pays du continent ». C’est ainsi que la Dr Amani Abou-Zeid a répondu à la célèbre speakerine Thanaa Mansour qui l’interrogeait sur son rôle au sein de l’UA.

Pendant plus de 35 ans, le Dr Amani Abou-Zeid a occupé de nombreux postes au sein de diverses organisations internationales, notamment le Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD) et l’Agence américaine pour le développement international. Avant de rejoindre l’UA, elle a géré l’un des plus grands portefeuilles d’investissement de la Banque Africaine du Développement (BAD), également dans le domaine de l’énergie et de l’infrastructure. En rejoignant l’UA, elle a profité de son expérience à la BAD et a lancé le marché unique africain pour le transport aérien qui comprend jusqu’à présent 36 pays. Ce marché constitue le premier grand projet d’intégration africaine réalisé dans le cadre de l’Agenda du développement Afrique 2063. Déterminée à relancer l’intégration africaine dans le domaine énergétique, Amani Abou-Zeid travaille sur un plan visant à développer le marché unique africain de l’électricité. Son objectif : combler le déficit énergétique du continent d’ici 2040. Concernant l’énergie verte, Amani Abou-Zeid souligne le rôle crucial que peut jouer l’Afrique dans l’industrie des transports. « Le continent possède le potentiel pour devenir un leader dans la décarbonisation du secteur des transports », affirme-t-elle.

 Farhana, icône de la résistance

Après un long parcours de combattante contre l’occupation israélienne dans le Sinaï après la défaite de 1967 et pendant la guerre d’usure, la bédouine Farhana Hussein Salama (Oum Dawoud), de la tribu d’Al-Rayashat à l’est d’Al-Arich, a été officiellement décorée par le président Abdel Fattah Al-Sissi lors de la célébration de la Journée internationale de la femme cette année. Durant sa décoration, Farhana a manifesté beaucoup de joie, considérant que cet honneur lui était adressé par le peuple égyptien. Elle a été formée aux méthodes de résistance au Caire en 1968 par l’officier Attiya Salem avant de rejoindre les renseignements militaires qui l’ont chargée de surveiller les activités des forces israéliennes dans le Sinaï. Bien qu’analphabète, elle a réussi à mémoriser d’importantes informations sur le Camp Yamit et le photographier. Elle a également réussi à obtenir une carte détaillée de l’aéroport de Doura que les Israéliens envisageaient de construire dans le Sinaï et l’a présentée aux services de renseignement égyptiens. Les Israéliens ont pris connaissance de ses activités et l’on arrêtée, mais elle a résisté à leurs méthodes barbares et a refusé de dévoiler le lieu où se trouvait son mentor Attiya Salem.

Le feu président Anouar Al-Sadate lui a rendu hommage et lui a remis la médaille du courage de la première classe et la médaille de la République pour son grand rôle dans le soutien des forces armées pendant la guerre du 6 Octobre.

Ferdos Farahat, la mère du martyr

D’origine nubienne, Ferdos Farahat était âgée d’une vingtaine d’années lorsque son mari l’a laissée seule élever leur fils unique Sobhi. A l’époque, il était mal vu qu’une famille soit dirigée par une femme. Ferdos n’a jamais baissé les bras. Elle a assumé sa responsabilité et a élevé son fils avec dévouement jusqu’à ce qu’il est devenu pilote de chasse volontaire dans l’armée égyptienne. Sobhi était connu pour son grand courage. Durant la guerre d’Octobre, il a abattu deux avions ennemis de type Mirage. Le pilote Sobhi Al-Cheikh a également abattu quatre avions ennemis au sol qui étaient sur le point de décoller. Il mourut en martyr durant les combats. La réponse de Ferdos Farahat à l’annonce de la nouvelle du décès de son fils a surpris tout le monde. « Mon fils a fait ce qu’il désirait le plus : devenir martyr en défendant sa patrie. Je suis heureuse que Dieu ait réalisé son voeu, même s’il me laisse complètement seule ».

 Amal Al-Sayed Hamed, fervente défenseuse des droits de la femme

« Tu es à la hauteur ». C’est le nom de l’initiative lancée par l’ingénieure agronome Amal Al-Sayed Hamed, âgée de 33 ans et originaire de Matrouh. Amal est une femme exemplaire qui a su surmonter les nombreux défis qu’elle a rencontrés durant son parcours. Elle est issue d’une famille traditionnelle originaire de Matrouh où les coutumes interdisaient à une fille de fréquenter une faculté hors de la ville. Heureusement pour elle, le jour où elle obtient son bac, la faculté d’agronomie de l’Université de Matrouh ouvre ses portes. Saisissant cette occasion, la jeune Amal décide d’y poursuivre ses études. Parallèlement, elle s’engage comme bénévole au Programme Alimentaire Mondiale (PAM) avec lequel elle commence son travail dans le domaine de l’autonomisation de la femme bédouine. Elle entre en contact avec 800 femmes dans le désert. L’initiative « Inti Addaha » (femme, tu es à la hauteur) vise à autonomiser les bédouines sur les plans politique, économique et social. « Grâce à cette initiative, j’ai formé 218 femmes à l’entreprenariat. J’aime beaucoup le travail public et j’aime aider les gens », a-t-elle dit après sa décoration. Une distinction qu’elle a dédiée à sa mère qui l’a soutenue tout au long de sa vie. Fervente défenseuse des droits de la femme, elle a fondé la première association coopérative agricole pour les femmes de Matrouh. Considérée comme la première de son genre en Egypte, cette association coopérative aide les femmes à commercialiser leurs produits en participant à des expositions organisées par l’Etat.

Alia Othman, l’amie de l’environnement

Alors que la pandémie de Covid-19 a contraint la plupart des gens à un confinement difficile, Alia Othman, qui n’avait que 13 ans à l’époque, a profité de la situation pour lancer un projet écologique. Il s’agit de fabriquer des cires respectueuses de l’environnement. « C’est ma mère qui m’a inspiré de lancer ce projet parce qu’elle aime tellement les bougies odorantes et en apporte autant qu’elle peut à chaque fois qu’elle voyage », explique la très jeune Alia Othman devant le jury de Shark Tank Egypt, une émission qui met en valeur les innovateurs et les entrepreneurs ayant des idées exceptionnelles dans divers domaines. L’émission permet à ces entrepreneurs d’agrandir leurs investissements. « Mon père m’a donné au départ une somme de 10 000 L.E. pour commencer un projet. J’ai voulu substituer la paraffine, une matière nuisible à l’environnement, par le soya qui est une matière amie de l’environnement », affirme-t-elle devant le jury pour expliquer la différence entre ses bougies et celles ordinaires. Au contact des flammes, la paraffine dégage une fumée qui nuit aux gens allergiques. Alia Othman a lancé sa propre entreprise, Gammbaz, pour la fabrication des bougies amies de l’environnement et aussi des produits cosmétiques fabriqués eux aussi avec des cires brûlées auxquelles elle a inventé d’autres odeurs différentes des odeurs des bougies ordinaires. Le projet a eu beaucoup de succès grâce à la vente en ligne et à un petit magasin situé au quartier huppé de Maadi. « Cela m’a permis de rendre la somme que mon père m’avait donnée avec une marge de bénéfices », dit la jeune entrepreneure le sourire aux lèvres. Mais l’ambition de cette jeune fille ne s’arrête pas là. Elle envisage de cultiver le soya en Egypte au lieu de l’importer pour réduire le coût de la production de ses produits, puisqu’elle importe le soya d’Italie. Alia transmet son savoir-faire aux victimes des brûlures pour leur offrir une source de revenus et elle fait don de 10 L.E. du prix de chaque bougie à l’hôpital Ahl Masr pour les brûlures, qui utilise ses produits.

Dahlia Ibrahim, la brillante femme d’affaires

« C’est avec une immense gratitude que j’exprime ma reconnaissance envers Dieu pour ses innombrables bienfaits et que je partage avec vous l’annonce de ma sélection parmi les femmes d’affaires les plus influentes du classement Forbes de cette année », a écrit Dahlia Ibrahim sur sa page officielle sur le réseau LinkedIn, dédiant cette réussite à tous les membres de sa célèbre maison d’édition Nahdet Misr. « Cette distinction couronne le succès de notre famille unie au sein de la maison d’édition Nahdet Misr, qui oeuvre inlassablement pour accomplir sa mission d’autonomiser nos sociétés arabes par le savoir et la connaissance ».

En fait, le célèbre magazine américain Forbes, spécialisé dans le classement des femmes d’affaires les plus influentes, a choisi cette année la présidente du Conseil d’administration de la maison d’édition de renom Nahdet Misr dans sa liste des femmes d’affaires les plus influentes du Moyen-Orient pour l’année 2024. Un succès amplement mérité. Nul ne peut nier l’impact considérable de Nahdet Misr, notamment à travers son manuel Al-Adwaa, compagnon d’études indispensable de plusieurs générations d’élèves.

Dahlia Ibrahim a commencé sa carrière professionnelle en 1994 à la maison d’édition Nahdet Misr. « L’expertise de Nahdet Misr dans l’élaboration des programmes d’études s’étend sur près de 85 ans, ce qui a contribué à son succès indéniable sur les scènes locale et régionale », conclut-elle.

L’Osta May, braver les tabous

La plombière May Gamal (Al-Osta May) est la parfaite illustration de la célèbre chanson Al-Bent zay Al-Walad, mech Kemalet adad (la fille est l’égale du garçon et non un complément inutile). Agée de 22 ans, l’Osta May s’affirme comme la meilleure plombière de la ville d’Al-Obour. Si l’histoire de May est l’une des plus ordinaires, le choix de subvenir aux besoins de sa famille est extraordinaire. Elle est l’aînée d’une famille modeste avec sept frères et soeurs. « J’ai hérité ce métier de mon père qui était aussi plombier. Je l’accompagnais dès l’âge de 8 ans. J’ai appris le métier à la perfection. Après son décès, j’ai choisi de continuer dans ce domaine par amour pour mon père », dit-elle en expliquant les raisons qui l’ont poussée à choisir de travailler dans un domaine qui est le monopole des hommes. L’Osta May a décidé de braver tous les tabous. Elle explique en riant : « Toutes les petites filles jouaient avec des poupées tandis que moi je jouais avec les outils de mon père ». En accompagnant son père, l’Osta May a appris les secrets du métier et a su se forger un nom dans la ville où elle vit, Al-Obour. « La chose la plus difficile que j’ai apprise en plomberie c’est de grimper sur des canalisations pour changer un tuyau externe. J’apporte une grande corde et je l’attache d’une manière qui est difficile à dénouer et je me mets à grimper », dit-elle. Elle ajoute : « J’adore le mot Ya Osta (maître) car c’est la base de mon travail et c’est un titre formidable ». L’Osta May est devenue célèbre à la ville d’Al-Obour en dépit de son analphabétisme. « J’ai demandé à mon mari de venir travailler avec moi. Je vais lui apprendre les secrets du métier ».

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