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Charqiya, ville du blé

Ola Hamdi , Vendredi, 03 février 2023

Dans le gouvernorat de Charqiya, le premier en termes de culture du blé en Egypte, les agriculteurs adoptent de nouvelles méthodes pour faire face à la hausse des prix et au changement climatique. Objectif : de meilleurs rendements. Reportage.

Charqiya, ville du blé
(Photo : Mohamad Mounir)

A 100 km du Caire, le gouvernorat de Charqiya, berceau des dirigeants historiques comme Ahmad Orabi et Talaat Harb, est le troisième plus grand gouvernorat en termes de population après Le Caire et Guiza, avec une superficie de 1,6 million de feddans. Charqiya a réussi à attirer les projecteurs au cours des dernières années après avoir occupé la place du premier gouvernorat dans la production du blé au niveau du pays, avec une superficie dépassant les 400 000 feddans l’an dernier. Et la culture du blé gagne en superficie. Cette année, l’objectif est d’atteindre 443 000 feddans. Al-Hinta, Al-Baraka, l’or jaune. Ce sont les noms utilisés pour désigner le blé, cette culture stratégique héritée d’une génération en génération à Charqiya. Dès l’entrée de Charqiya, les champs verdoyants s’étalent tout au long des deux côtés de la route et d’un village à l’autre. « Nous sommes actuellement dans la phase végétative qui représente la croissance et l’épanouissement de la plante en elle-même », explique Achraf Nosseir, directeur général de l’agriculture à Charqiya, avant de souligner que « Charqiya couvre environ un sixième des besoins de l’Egypte en blé et sa culture occupe plus de la moitié de la superficie cultivée du gouvernorat, qui s’élève à 873 000 feddans. Le reste est réparti entre légumes, fruits, fèves locales et betteraves, dont la culture occupe la deuxième place au niveau du pays ».

Soutien aux agriculteurs

Au siège de la Direction de l’agriculture à Zagazig, chef-lieu de Charqiya, les agriculteurs déposent leurs éventuelles plaintes ou vont chercher un soutien. Les ingénieurs de vulgarisation agricole suivent une panoplie de programmes, tels que le programme de campagne nationale pour promouvoir la culture du blé dans tous les centres du gouvernorat, le projet de soutien aux petites exploitations agricoles, le projet de l’Agence de coopération internationale allemande (GIZ) pour soutenir l’innovation agricole dans 5 centres du gouvernorat et le projet de rationalisation de l’eau en 2 000 feddans répartis dans 10 centres. « Charqiya est le premier gouvernorat à mettre en place des parcelles de démonstration pour la formation des agriculteurs sur la meilleure façon d’améliorer la qualité et le rendement de la récolte du blé. Le nombre de ces parcelles a progressivement augmenté pour atteindre cette année 500. Nous sommes devenus un modèle au niveau de la République », explique Nosseir. Et d’ajouter : « Nous avons réussi à convaincre les agriculteurs d’adopter l’idée d’une agriculture moderne tout en leur apportant un soutien spécial, ainsi que la fourniture de semences et de pesticides ».

En fait, le champ de démonstration permet d’obtenir une productivité élevée des cultures et des économies d’engrais, d’eau et de main-d’oeuvre. Walid Al- Choudafi, responsable du dossier blé à la Direction de l’agriculture, explique les critères requis pour un champ de démonstration : « La superficie du champ ne doit pas être inférieure à un feddan. Il doit avoir un emplacement remarquable et visible pour le reste des agriculteurs, de sorte qu’il devient un modèle pour le reste du village ». Al-Choudafi ajoute que la Direction de l’agriculture donne au propriétaire du champ de démonstration des semences gratuites et 3 sacs d’engrais subventionnés, à condition de cultiver en terrasses.

Nosseir confirme que le blé égyptien est l’un des meilleurs au monde. Il ressemble, dans ses caractéristiques, au blé américain, et il est mieux que le blé russe et ukrainien. Les centres de recherche ont recommandé la culture de 4 variétés : « Misr 3, Sakha 95, Guiza 171, Sids 14 », car elles atteignent la productivité la plus élevée et résistent à la maladie de la rouille jaune qui affecte les feuilles en phase de croissance.

Les agriculteurs entre espoirs et attentes

Dans le village Al-Nakhass, le blé commence à pousser avec de jeunes feuilles très verdoyantes, les unes à côté des autres, comme si elles sortaient de la plume d’un artiste. Ces feuilles sont appelées par les agriculteurs « les grains », car elles ont commencé à apparaître, et un mois après, les épis verts apparaîtront à leur tour et leur maturité sera accomplie à partir du mois d’avril, marquant le début de la phase de récolte.


Séminaire de sensibilisation sur les nouvelles technologies agricoles pour augmenter la productivité. (Photo : Mohamad Mounir)

Saber Galal, un agriculteur d’une cinquantaine d’années, est optimiste quant aux résultats de la culture de la saison de cette année. « Je cultive du blé depuis 30 ans. Depuis l’année dernière, j’ai commencé à voir une productivité élevée grâce aux terrasses et aux champs de démonstration. J’ai commencé la culture en labourant et en solarisant la terre en novembre dernier. Vient ensuite l’étape de réparation de la terre et de préparation du sol. A ce stade, les responsables de vulgarisation agricole viennent pour m’aider à faire la culture en terrasse. Ce processus prend 31 jours, après quoi je mets les graines et les engrais », raconte Galal. Il ajoute : « L’année dernière, j’ai réussi à atteindre une récolte de 22 ardab, tandis qu’il y a d’autres agriculteurs qui n’ont atteint que 12 et 13 ardab, parce qu’ils sèment de manière conventionnelle ». Saber est l’un des agriculteurs convaincus du système de cultiver en terrasses, comme une méthode pour rationaliser l’usage d’eau et d’engrais et augmenter la vitesse de germination et la régularité de la croissance des plantes.

Hassan Al-Abbas, un paysan de 48 ans, se promène dans son champ et examine avec soin les feuilles. Il a interdit à ses petitsenfants d’entrer dans le champ, afin de protéger la croissance des cultures. « Les prix des engrais qui ont beaucoup augmenté après la guerre en Ukraine constituent un fardeau pour tout agriculteur », déplore Hassan Al-Abbas, en soulignant que le prix d’un sac d’engrais en dehors du système subventionné sur le marché libre est de 500 L.E., alors que son prix dans les associations dépendant du ministère de l’Approvisionnement chute à 240 L.E. « Bien sûr, nous ne pourrons pas tout changer, mais le prix du fourrage a aussi considérablement augmenté. Alors, l’agriculteur est devenu confus : doit-il cultiver du fourrage pour que le bétail puisse manger ? Ou du blé pour qu’il puisse manger ? », s’interroge Al-Abbas. Par ailleurs, Walid Al-Choudafi lui conseille : « Les centres de recherche ont toujours recommandé de diversifier les cultures cultivées entre l’été et l’hiver. Par exemple, cultivez du coton en été et du blé en hiver, et ne retardez pas l’irrigation pour éviter la faiblesse du sol qui nécessitera d’injecter de grandes quantités d’engrais, ce qui augmentera par la suite le coût ».

Dans le village Al-Riyad, hadj Saïd Mahmoud Aboul-Azm, 65 ans, qui a 4 enfants instruits, comme il le décrit, raconte, tout en contemplant ses feuilles vertes : « Depuis que j’ai ouvert mes yeux dans ce monde, nous cultivons le blé, car c’est un héritage chez nous à Charqiya depuis les silos à blé du prophète Youssef, qui étaient situés à Belbeis, San Al-Hagar et Minya Al- Qamh. L’Egypte était le grenier du monde et nous l’appelions la récolte de bénédiction ». Il est locataire d’un terrain agricole et chaque année, au moment de la récolte, il partage ses bénéfices avec le propriétaire. Il craint que l’augmentation du prix de l’achat d’un ardab par le gouvernement n’entraîne la hausse de la valeur du loyer.

Outre les coûts, il existe d’autres défis, comme l’affirme l’ingénieur Achraf Nosseir : les changements climatiques et leur impact sur la culture et la productivité du blé. « La fragmentation des exploitations agricoles est un autre défi. Le petit agriculteur qui possède 5 ou 6 feddans ne répond pas rapidement aux recommandations de la vulgarisation agricole et a besoin de beaucoup d’efforts et de temps pour le convaincre. Leur nombre, qui atteint aujourd’hui environ 500 000 agriculteurs, augmente d’un jour à l’autre », conclut Nosseir.

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