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Commerce interafricain  : Les secteurs prioritaires

Névine Kamel, Mercredi, 14 décembre 2022

Secteur automobile, produits pharmaceutiques, aliments pour nourrissons et vêtements. Telles sont les quatre chaînes de valeur les plus prometteuses susceptibles de booster le commerce interafricain. Toutefois, des défis restent à relever.

Automobile  : Un secteur prometteur mais fragmenté

Automobile : Un secteur prometteur mais fragmenté

Le marché automobile africain est en pleine croissance. Les véhicules sont le quatrième produit d’exportation le plus important de l’Afrique, représentant 2,1% des exportations totales. Toutefois, le secteur n’achète actuellement que 3% de ses intrants en Afrique. La mise en relation des pays susceptibles de produire des intrants pour la chaîne de valeur avec ceux qui pourraient produire les extrants pourrait stimuler davantage le potentiel du secteur et créer des emplois manufacturiers sur le continent. Ce secteur offre en outre la possibilité de nouer des liens avec d’autres chaînes de valeur telles que le cuir et les machines électriques. Selon une étude effectuée par le Centre du commerce international (ITC), l’absence d’une stratégie à l’échelle du continent a maintenu le secteur automobile africain très fragmenté. Le manque de savoir-faire technique et d’accès aux technologies modernes figure également parmi les principaux défis auxquels sont confrontées les entreprises de ce secteur. En outre, la production de composants techniques de haute qualité n’est pas économiquement viable. Ce qui a conduit les entreprises à s’approvisionner en intrants principalement sur d’autres continents.

Pharmaceutique : Plusieurs défis à relever

La crise de la pandémie de Covid-19 a mis en évidence les défis auxquels l’industrie pharmaceutique africaine est confrontée. Le développement de chaînes de valeur intra-africaines dans le secteur des médicaments nécessite, en effet, des investissements massifs dans la production d’extrants et d’intrants. Selon l’ITC, avec seulement 3% des intrants importés provenant d’Afrique, un déficit commercial important, une dépendance élevée et croissante aux importations, et un appel à une plus grande autonomie à la lumière de la pandémie de Covid-19, il existe une pression politique massive pour renforcer le secteur pharmaceutique africain. Les entreprises pharmaceutiques mondiales lorgnent sur l’Afrique, et plusieurs initiatives visant à mettre en place des installations de production sont en cours. Cependant, concilier le coût de production avec le pouvoir d’achat sur le continent africain est un défi majeur auquel les entreprises de ce secteur sont confrontées. Autre défi: Il existe une forte concurrence formelle des fournisseurs asiatiques et une concurrence informelle des marchés des médicaments contrefaits qui entrave la croissance de ce secteur. En outre, l’absence d’un cadre réglementaire à l’échelle du continent, la connaissance limitée des opportunités existantes en Afrique et le manque du savoir-faire technique constituent également des obstacles devant être surmontés.

Aliments pour nourrissons : Opportunités d’investissements

Les importations africaines de préparations alimentaires pour nourrissons s’élèvent actuellement à 570 millions d’euros et devraient dépasser 1,1 milliard d’euros d’ici 2026. Cette hausse attendue de la demande offre d’importantes opportunités d’investissement dans la chaîne de valeur de l’alimentation pour bébés en Afrique. La dépendance aux importations d’aliments pour bébés est actuellement toujours élevée. Les importations dans ce secteur sont 10 fois supérieures aux exportations. Pourtant, le continent dispose, et en abondance, de fruits et légumes, de céréales et d’autres ingrédients utilisés dans les préparations alimentaires pour nourrissons, des produits agricoles qui sont souvent exportés sans transformation. Les quelques entreprises qui produisent déjà des aliments pour bébés en Afrique ne s’approvisionnent actuellement qu’à la hauteur de 16% des intrants auprès de producteurs africains. Avec 39 fournisseurs potentiels d’intrants et une valeur d’exportation de 14 milliards d’euros, le développement de cette chaîne semble prometteur pour les investisseurs, les producteurs et les consommateurs. Toutefois, la capacité de production limitée et la faible confiance des consommateurs dans les marques locales figurent parmi les obstacles qui entravent la croissance de ce secteur. En outre, selon l’ITC, les capacités d’exportation sont limitées à cause de l’accès restreint aux laboratoires pour l’évaluation de la conformité et de la qualité qui sont essentiels pour respecter les normes de sécurité alimentaire. Parmi les 39 pays qui pourraient fournir des intrants utilisés dans la fabrication d’aliments pour nourrissons, trois d’entre eux, Egypte, Ghana et Afrique du Sud, sont des exportateurs compétitifs d’aliments pour bébés.

Textile: De l’exportation de coton à la production de prêt-à-porter

Le continent est un important producteur et exportateur de coton brut et participe à l’assemblage final de certains textiles. Cependant, il exporte 90% de son coton brut vers l’Asie et est un importateur net de fils et de tissus. Le potentiel d’exportation des vêtements en coton pourrait augmenter considérablement si les étapes intermédiaires de la chaîne de valeur étaient également réalisées sur le continent. Le développement de ce secteur pourrait également créer un grand nombre d’emplois sur le continent. En Egypte, par exemple, la réalisation du potentiel d’exportation du secteur pourrait générer plus de 200 000 nouveaux emplois, dont un grand nombre pour les femmes. De même, le secteur pourrait contribuer à la création d’emplois dans 27 autres pays africains. Le manque du savoir-faire technique, de machines de production modernes et de personnel qualifié figure parmi les principaux défis auxquels fait face ce secteur. Les réseaux africains potentiels de producteurs d’intrants et de fournisseurs de produits sont limités, en grande partie à cause de l’insuffisance des informations sur les marchés et des faibles capacités de marketing des entreprises.

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