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Dr Maria Neira : Il est temps d’inscrire le volet sanitaire dans les négociations climatiques

Ola Hamdi , Mercredi, 16 novembre 2022

Dr Maria Neira, directrice de la santé publique et de l’environnement et cheffe de la délégation de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à la COP27, revient sur l’agenda de l’OMS et met en garde contre les liens entre changement climatique et santé.

Dr Maria Neira

Al-Ahram Hebdo : Quel est l’agenda de l’OMS à la COP27 ? Et comment se caractérise sa participation à cet événement ?

Dr Maria Neira : D’abord, elle se fait à travers l’art. L’OMS a installé une sculpture qui symbolise l’impact du changement climatique sur la santé humaine. Nous avons travaillé avec l’artiste britannique Victoria Pratt pour créer une sculpture qui a la forme de poumons et de bronchioles, elle ressemble aussi à des branches d’arbres. Lorsque vous touchez la sculpture, vous ressentez des impulsions faibles qui reflètent la douleur et la souffrance de cette personne. Cette sculpture a été conçue au Royaume-Uni, construite à Beyrouth à l’aide de pièces détachées automobiles et assemblée à Charm Al-Cheikh. Tout ce processus a duré deux semaines. Nous avons essayé, à travers cette sculpture, de souligner le lien existant entre le changement climatique et notre santé. Nous voulons rappeler aux politiciens que toute décision qu’ils prennent a un impact sur nos poumons et notre santé. Jusqu’à présent, le discours sur le changement climatique a porté sur les impacts négatifs sur les ours polaires ou les glaciers de la planète. Ce que nous essayons de faire, c’est de nous concentrer sur l’impact des crises climatiques sur la santé de l’homme, dans l’espoir de provoquer plus d’action et des décisions plus rapides pour réduire les émissions. Nous prévoyons également de montrer cette même sculpture lors de la prochaine COP aux Emirats arabes unis. D’autres oeuvres d’art du pavillon de l’OMS comprennent de minuscules bouteilles de larmes dans lesquelles poussent des algues de la mer du Nord, ainsi que des notes de l’artiste Kasia Molga expliquant pourquoi elle a pleuré au moment où chaque petite bouteille en verre a été remplie.

— Concrètement, comment le changement climatique affecte-t-il notre santé ?

— La pollution fait toujours 7 millions de morts prématurés dans le monde. C’est un chiffre dramatique et inacceptable. La pollution cause également des millions de maladies, des souffrances et des milliards de dollars sont dépensés pour soigner les maladies chroniques. Lorsque l’air est contaminé par de minuscules éléments et oxydes, il passe de vos poumons au sang, puis à n’importe quelle partie du corps. Il peut traverser le placenta et affecter le développement cérébral du foetus. La crise climatique et la santé sont intimement liées. Nos poumons payent le prix de l’absence de décisions pour lutter contre le changement climatique. Le volet santé était absent durant les 26 COP précédentes. Les liens directs entre les changements climatiques et la santé doivent être traités de toute urgence. Il est temps d’inscrire le volet sanitaire dans les négociations climatiques.

— Que recommandez-vous ?

— Pour nous, la pollution est le nouveau tabac que nous combattons. C’est une bataille que nous menons avec force comme nous l’avons fait avec le tabac. Il y a trois ans, l’OMS a organisé la première conférence sur la pollution de l’air, apportant les preuves à tous les politiciens sur les risques sur la santé publique. Nous avons émis des normes sur la qualité de l’air pour 5 polluants. Nous voulons que tous les pays approuvent ces normes sur la qualité de l’air, sinon, nous serons responsables de la souffrance d’autres personnes. Nous avons également recommandé la transition vers des sources d’énergie plus propres et l’adoption de transports durables. Tous les deux ans, nous faisons un rapport sur la situation mondiale de la pollution de l’air par pays et sur le nombre de vies touchées. De nombreuses grandes villes à travers le monde ont malheureusement des problèmes de pollution de l’air.

— Des végétariens ont manifesté à la COP27 afin d’arrêter la consommation de la viande à cause de son impact négatif sur le climat. Qu’en pensez-vous ?

— La contribution de l’alimentation aux émissions de gaz à effet de serre est réelle, et plus nous passerons à une alimentation végétale au lieu de consommer de la viande, plus il y aura un impact positif sur la planète. Je pense que nous devrions redoubler d’efforts pour réduire la consommation de viande rouge et arrêter les aliments transformés pour le bien de notre santé d’abord.

— Quel est votre message aux participants à la COP27 ?

— En premier lieu, les gens devraient surveiller la qualité de l’air et connaître les effets de la pollution de l’air sur la santé. Ils devraient suivre les négociations de la COP et inciter leurs politiciens à être plus ambitieux au niveau des décisions climatiques. Quant aux négociateurs à la COP27, nous les appelons à respecter les recommandations de l’accord de Paris de limiter le réchauffement de la terre à moins de 1,5°C, d’accélérer la transition vers des sources d’énergie propres et d’accompagner les pays dans leurs plans d’adaptation. Ils devraient accélérer la transition vers des systèmes alimentaires durables et de meilleurs services de santé.

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