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Les initiatives-clés de la COP27

Racha Darwich , Nada Al-Hagrassy , Mercredi, 09 novembre 2022

Du financement à la décarbonisation en passant par l’eau, la biodiversité et l’agriculture, de nombreux sujets sont sur la table à Charm Al-Cheikh. L’objectif étant de parvenir à un consensus sur les actions-clés pour faire face aux changements climatiques.

Les initiatives-clés de la COP27

Financement : La pierre angulaire de l’action climatique

Les aides financières aux pays les plus touchés par le changement climatique sont le premier sujet débattu au cours des journées thématiques de la COP27. En 2009, les pays riches avaient promis d’allouer 100 milliards de dollars par an pour financer des projets de réduction des émissions et d’adaptation au climat dans les pays en développement. Mais l’objectif n’a jamais été atteint. Selon l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE), le financement destiné aux pays les plus vulnérables s’est chiffré à 83,3 milliards de dollars seulement en 2020. Jusqu’ici, la majeure partie des aides a été affectée à l’atténuation du changement climatique, c’est-à-dire à la réduction des émissions, alors que les pays les plus touchés ont surtout besoin d’adaptation. Aujourd’hui, les pays en développement réclament un mécanisme de financement supplémentaire, exclusivement axé sur l’indemnisation des pertes et des dommages causés par l’élévation du niveau des mers ou par des phénomènes météorologiques extrêmes comme les inondations ou les typhons. Débattue depuis 30 ans, la question du financement des pertes et des dommages a toujours été balayée par les pays riches, notamment par les Etats-Unis et l’Union européenne qui ont toujours refusé de créer un nouveau fonds, craignant d’être tenus légalement responsables de leurs contributions historiques au changement climatique. A la COP26, jamais il n’aura été autant question du sujet dans un sommet climatique. Mais aucun nouveau financement n’a été acté.

A la COP27, ce dossier épineux est donc au-devant de la scène. « Un accord sur les pertes et dommages sera le principal test décisif pour la COP », a déclaré Antonio Guterres, secrétaire général de l’Onu lors de la Pré-COP27. « Le fait de ne pas agir sur les pertes et les dommages entraînera une plus grande perte de confiance et davantage de dommages climatiques. C’est un impératif moral qui ne peut pas être ignoré et la COP27 doit être le lieu d’action sur les pertes et dommages », a-t-il expliqué. Il propose d’instaurer une taxe exceptionnelle sur les superprofits des sociétés pétrolières et gazières comme source supplémentaire de revenus.

Décarbonisation : Un défi de taille

L’atténuation du réchauffement climatique passe aussi par la décarbonisation des économies. En fait, la décarbonisation ou décarbonation désigne un ensemble de mesures et de techniques mises en place pour limiter l’empreinte carbone d’un secteur d’activité économique. Les défis de la décarbonisation, comment réduire les niveaux de CO2 des secteurs les plus polluants et qui sont généralement considérés comme difficiles à réduire tels que les industries lourdes, l’aviation, la navigation ou le transport routier lourd, des thèmes-clés qui seront au coeur des discussions à la COP27. L’acier et le ciment sont classés parmi les matériaux industriels les plus intensifs en carbone de la planète. Ils représentent un quart des émissions mondiales de CO2. Alors que les émissions opérationnelles de l’industrie pétrolière et gazière représentent plus de 10% des émissions mondiales de CO2. La sidérurgie est l’une des industries dont l’empreinte est la plus difficile à réduire, surtout qu’elle est essentielle au développement et à l’amélioration du niveau de vie dans les pays développés comme dans ceux encore en voie de développement. Par ailleurs, selon beaucoup de rapports onusiens, la décarbonisation du système énergétique et la réduction de méthane doivent aller de pair. Selon l’Onu, si le monde veut atteindre l’objectif de température de 1,5°C, il doit réduire considérablement ses émissions de méthane puisque le méthane rejeté directement dans l’atmosphère est 80 fois plus puissant que le CO2 sur une période de 20 ans. Plus de 120 pays ont signé le Global Methane Pledge qui a été lancé à la COP26 à Glasgow, visant à réduire les émissions de méthane d’au moins 30% par rapport aux niveaux de 2020 d’ici 2030. Cette réduction pourrait éliminer un réchauffement de plus de 0,2°C d’ici 2050. « L’augmentation continuelle des concentrations des principaux gaz à effet de serre, notamment la hausse record des concentrations de méthane, montre que nous allons dans la mauvaise direction », a indiqué un rapport provisoire sur l’état du climat mondial en 2022 publié par l’Organisation Météorologique Mondiale (l’OMM) à la veille de la COP27, en soulignant que les concentrations atmosphériques des trois principaux gaz à effet de serre, dioxyde de carbone (CO2), méthane (CH4) et protoxyde d’azote (N2O), ont battu de nouveaux records en 2021.

« Il existe des stratégies d’un bon rapport coût-efficacité pour lutter contre les émissions de méthane, en particulier dans le secteur des combustibles fossiles. Nous devons les mettre en oeuvre sans tarder. Le méthane, ayant une durée de vie relativement courte, inférieure à 10 ans, son impact sur le climat est réversible. La priorité absolue est de réduire drastiquement et de toute urgence les émissions de dioxyde de carbone, qui sont les principales responsables du changement climatique et des phénomènes météorologiques extrêmes qui y sont associés. Ces émissions se répercuteront sur le climat pendant des milliers d’années via la fonte des glaces aux pôles, le réchauffement des océans et l’élévation du niveau de la mer », a déclaré Petteri Taalas, chef de l’OMM, dans un communiqué. Et d’ajouter: « Nous devons transformer nos systèmes industriels, énergétiques et de transport, et l’ensemble de notre mode de vie. Les transformations nécessaires sont économiquement abordables et techniquement faisables. Le temps presse ».

Ainsi, la journée de la décarbonisation sera l’occasion de discuter de nouvelles actions et identifiera de nouvelles technologies pour réduire les émissions de ces secteurs très polluants et de faire progresser l’engagement mondial sur le méthane afin de faciliter la transition vers une économie à faibles émissions de carbone. D’ailleurs, les discussions ne se limitent pas seulement au simple fait de réduire le dégagement du CO2. Seront abordés également les défis pour l’Afrique et les pays du Sud d’accéder à ces ressources à un coût abordable tout en favorisant leur décarbonisation dans le cadre de voies potentielles de développement durable pour le continent noir.

Adaptation : Un impératif pour l’agriculture

L’adaptation et la résilience sont d’une importance cruciale pour toutes les parties, en particulier pour les pays en développement. Les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ont mis en avant les effets dévastateurs subis par de nombreux pays à travers le monde et ont souligné le fait que nous ne sommes pas sur la bonne voie pour faire face aux impacts climatiques actuels. Ces rapports estiment aussi que nous ne sommes pas préparés aux phénomènes météorologiques extrêmes qui augmentent en nombre et en intensité. Selon les chiffres du GIEC, 8% des terres agricoles actuelles deviendront climatiquement inadaptées d’ici 2100, jusqu’à 30% selon le scénario le plus pessimiste. Les rendements des principales cultures telles que le maïs, le soja, le riz et le blé sont ainsi déjà impactés. Selon les estimations, il y a eu une perte de 9 à 10% de la production totale de céréales entre 1981 et 2010. La modification des conditions climatiques amène d’autres conséquences, favorisant notamment le développement de certaines maladies touchant les végétaux ou les animaux, ou encore la prolifération d’insectes nuisibles. Les agriculteurs sont évidemment en première ligne, leurs moyens de subsistance étant directement menacés par les conséquences du changement climatique. Par ailleurs, les terres agricoles rendues impraticables et les destructions de récoltes ne laissent parfois pas d’autre choix que d’importer de la nourriture, ce qui pose la question de la souveraineté alimentaire. Les consommateurs sont eux aussi impactés par la hausse des prix qui découle de ces répercussions, menaçant dans certains cas la sécurité alimentaire.

En cette période d’insécurité alimentaire accrue, la COP27 apportera au cours de la journée de l’adaptation et de l’agriculture des discussions approfondies sur les moyens de faire face à la sécurité alimentaire, d’accroître la productivité agricole, de réduire les pertes dans la chaîne de production alimentaire, de renforcer la résilience et les moyens de subsistance des petits agriculteurs et de veiller à ce que des mesures soient en place pour assurer une sécurité alimentaire durable et gérer toute crise alimentaire potentielle. Elle sera également l’occasion de discuter de toute une gamme de questions liées à l’adaptation, notamment l’agriculture, la nutrition, les moyens de subsistance et la protection des zones côtières, les pertes et dommages, la réduction des risques de catastrophes et les solutions pour renforcer la résilience de l’agriculture et des systèmes alimentaires aux impacts climatiques défavorables comme les sécheresses et les inondations.

Eau : Le coeur de l’action climatique

Première victime du réchauffement climatique, l’eau devient une ressource de plus en plus rare sur la planète. Selon un nouveau rapport de l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM), « le stress hydrique et les risques liés à l’eau, tels que les sécheresses et les inondations dévastatrices, touchent de plein fouet les communautés, les économies et les écosystèmes africains. Les régimes pluviométriques sont perturbés, les glaciers disparaissent et les principaux lacs rétrécissent». Autre chiffre alarmant: D’ici 2040, un enfant sur quatre vivra dans des zones de stress hydrique extrême. L’Egypte, l’un des pays dans le monde menacé par le stress hydrique, s’apprête à inaugurer la journée de l’eau par le lancement de l’initiative Action for Water Adaptation and Resilience (AWARE), en partenariat avec l’OMM. Cette initiative vise à réduire de 50% les dommages causés par les inondations et les sécheresses d’ici 2030, notamment en Afrique. Elle vise également à favoriser les efforts politiques, le partage des connaissances et le développement des capacités sur le terrain pour adapter la gestion de l’eau au changement climatique. Etablir un centre panafricain pour la gestion de l’eau figure également parmi les objectifs de cette initiative. AWARE ne sera pas l’unique initiative à être lancée lors des sessions de la journée de l’eau. L’OMM s’apprête à lancer à la COP27 « un plan d’action visant à fournir les alertes précoces à l’ensemble de la population mondiale au cours des cinq prochaines années ». Cette initiative offre un mécanisme de financement destiné à préserver des moyens de subsistance dans les pays les moins avancés et les petits Etats insulaires en développement via l’expansion des systèmes et services d’alerte précoce. En fait, les systèmes d’alerte précoce figurent parmi les méthodes assurées pour réduire l’impact du changement climatique. Selon l’Onu, les systèmes d’alerte précoce assortis de prévisions climatiques représentent l’une des mesures d’adaptation les plus rentables, puisque « les recherches ont démontré qu’une alerte donnée 24 heures avant une vague de chaleur ou une tempête imminente peut réduire de 30 % les dommages subséquents ». Les inondations, qui ont frappé le Pakistan en juin 2022, ont causé la mort de plus de 1700 personnes et le déplacement d’autres milliers. Ces pays, qui payent un prix exorbitant pour le changement climatique, ne sont en fait responsables que de 1% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Autre session: « Les impacts et solutions pour l’élévation du niveau de la mer ». Cette session visera à identifier les principales solutions et actions d’adaptation à prendre afin de protéger les zones géographiques et les habitants exposés à la montée des eaux telles que les zones du Delta et les villes côtières comme Alexandrie.

Biodiversité : Réduire la menace

Les changements climatiques, surtout le réchauffement, ont un impact direct sur la biodiversité et lorsque la biodiversité diminue, les milieux sont moins résilients, plus vulnérables car ils sont moins denses. Le réchauffement actuel pourrait dépasser la vitesse de 2°C/siècle, un seuil critique pour de nombreuses espèces. La biodiversité est clairement en danger quels que soient les calculs et les statistiques. Si 20 à 30% des espèces animales et végétales sont menacés d’extinction, en Afrique, la population d’animaux sauvages a déjà diminué d’environ 66% en 50 ans. Un chiffre catastrophique si l’on constate que la diminution est de l’ordre de 18 % sur le continent européen. De plus, l’acidité des océans qui a diminué de 0,1 unité de pH représente un risque majeur pour les récifs coralliens et certains types de plancton menaçant l’équilibre de nombreux écosystèmes. Dans ce contexte, la COP27 consacre toute une journée à la nature et aux solutions écosystémiques pour discuter des impacts du changement climatique sur la biodiversité et des moyens de mobiliser les actions mondiales pour relever les défis visant à enrayer la perte de biodiversité et à réduire les impacts du changement climatique et de la pollution.

C’est ainsi qu’une session sera consacrée à la présentation des toutes dernières connaissances scientifiques sur la relation entre le changement climatique et la biodiversité, alors qu’une autre session présentera des approches réussies et des études de cas où la biodiversité a été gérée face au changement climatique et où la gestion de la biodiversité par la conservation, la restauration des terres, la lutte contre la désertification et l’utilisation durable a conduit à des avantages pour l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à celui-ci. Dans ce contexte sera lancée l’initiative de la présidence de la COP27 sur les solutions fondées sur la nature Enhancing Nature-based Solutions for Climate Transformation (ENACT). En effet, les solutions fondées sur la nature ont le potentiel d’économiser jusqu’à 10 GT (gigatonnes) de CO2 par an— plus que les émissions de l’ensemble du secteur mondial des transports—, ainsi que le potentiel de réduire l’intensité des aléas climatiques de 26%, avec des économies potentielles de 104 milliards de dollars d’ici 2030 et de 393 milliards d’ici 2050.

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