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Sécurité alimentaire, l’ultime priorité

Ola Hamdi , Mercredi, 15 juin 2022

Face aux répercussions de la crise alimentaire mondiale, l’Egypte multiplie les initiatives pour augmenter la superficie des terrains agricoles. Objectif : parvenir à l’autosuffisance. Explications.

Sécurité alimentaire, l’ultime priorité

Le projet agricole Mostaqabal Misr a permis de cultiver 350 000 feddans de blé, de betteraves sucrières, de soja, de coton et de tournesol, tout ceci au cours de la première phase. « C’est un projet stratégique qui fournit des milliers d’emplois dans divers domaines, qui donne une forte impulsion à l’industrie alimentaire nationale et qui renforce la stratégie de l’Etat visant à augmenter la proportion des terres agricoles. Il fait partie d’un projet plus grand, celui du Nouveau Delta », a déclaré le président Abdel-Fattah Al-Sissi lors de l’inauguration de Mostaqbal Misr, dont l’objectif est de cultiver 2,2 millions de feddans près de l’axe d’Al-Dabaa, ce qui constitue un pas important vers la mise en oeuvre de la stratégie agricole de 2030. Il s’agit en réalité d’un projet de développement intégral qui permettra de cultiver l’équivalent de 30 % de la superficie de l’ancien Delta. Le projet est proche des ports (Alexandrie, Sokhna et Damiette) et des aéroports du Sphinx et de Borg Al-Arab et est relié aux autoroutes principales et aux zones industrielles à la cité Sadate, celle du 6 Octobre et à Borg Al-Arab. Il représente également une nouvelle extension urbaine pour les gouvernorats du Delta. Une étude du Centre égyptien de la pensée et des études stratégiques note que « l’augmentation de la superficie agricole renforce la capacité de l’Egypte à faire face aux pénuries alimentaires en temps de crise, réduit les prix des denrées agricoles sur les marchés et crée 5 000 emplois d’ici 2025 ».

Afin de garantir la sécurité alimentaire et combler le déficit alimentaire, le ministère de l’Agriculture a mis en place une stratégie de développement agricole durable dans le cadre de la vision « Egypte 2030 » et des Objectifs du développement durable des Nations-Unies. « Cette stratégie vise un taux de croissance agricole constant d’environ 4,5 % par an et une plus grande compétitivité des exportations agricoles, ainsi que des opportunités d’emploi et une amélioration du niveau de vie de la population agricole et rurale », a déclaré Al-Sayed Al-Qassir, ministre de l’Agriculture.

Expansions verticale et horizontale

La nouvelle stratégie prévoit une expansion horizontale des terres agricoles mais aussi une expansion verticale en cultivant des variétés à haut rendement et en appliquant des méthodes agricoles modernes. Elle prévoit de même le développement des cultures protégées, ainsi que l’amélioration de la compétitivité des exportations agricoles et de la santé des plantes et du bétail. Le gouvernement entend augmenter les investissements destinés au secteur agricole, renforcer la production animale, avicole et piscicole, et modifier les modes de consommation afin de réduire les pressions sur les ressources.

L’expansion horizontale comprend plusieurs projets dont notamment le projet géant du Nouveau Delta, d’une superficie de 2,2 millions de feddans, le projet de développement du sud de la Vallée (Tochka Al-Kheir), d’une superficie de 1,1 million de feddans, le projet de développement du nord et du centre du Sinaï, d’une superficie de 456 000 feddans, le projet de développement de la nouvelle campagne égyptienne, d’une superficie de 1,5 million de feddans, ainsi que d’autres projets en Haute-Egypte et à la Nouvelle Vallée, d’une superficie de 650 000 feddans. « Ces projets représentent 3 millions de feddans, soit environ un tiers de la superficie déjà cultivée », explique Dr Saad Nassar, conseiller du ministre de l’Agriculture et de la Bonification des terres.

Dr Gamal Seyam, professeur d’économie agricole à l’Université du Caire, explique comment ces projets vont donner une impulsion à l’économie égyptienne. « Le secteur agricole est important pour l’économie nationale du fait qu’il contribue à 15 % du produit intérieur brut et à environ 10 % des exportations totales des marchandises. Il fournit 40 % de la nourriture des Egyptiens (les 60 % restants sont importés) et 25 % de la main-d’oeuvre », explique-t-il. Et d’ajouter : « Le secteur agricole a montré qu’il était capable de faire face aux chocs. On l’a vu lors de la pandémie du Covid-19. L’Egypte n’a pas souffert de pénurie alimentaire, contrairement à de nombreux autres pays en développement. Les exportations agricoles égyptiennes ont dépassé les 5,6 millions de tonnes au cours de l’année 2021, et ce, pour la première fois dans l’histoire de l’Egypte ». Comme l’a affirmé le premier ministre, Moustapha Madbouli, l’objectif actuel du gouvernement est de faire passer le taux d’autosuffisance de 40 % à 65 %, ce qui signifie une augmentation de la production de 5 millions de tonnes.


Le président Sissi plantant un palmier à Tochka.

Parallèlement à ces projets, le gouvernement a lancé un vaste projet de serres agricoles (100 000 serres). « Les serres agricoles ont permis d’augmenter les exportations agricoles égyptiennes. L’Egypte a accédé à de nouveaux marchés à l’extérieur », affirme Dr Ahmed Galal, doyen de la faculté d’agronomie de l’Université de Aïn-Chams. Et d’ajouter que ce projet est venu combler le déficit des terres qui ne convenaient pas à l’agriculture traditionnelle. Il a permis de cultiver des zones inexploitées.

La superficie des terres agricoles en Egypte est actuellement de 9,4 millions de feddans. 6,1 millions de feddans sont d’anciennes terres et 3,3 millions de nouvelles terres, une superficie qui, selon les experts, est insuffisante en raison de la croissance démographique galopante, ainsi que des empiètements sur les terres agricoles.

Les plans stratégiques, mis en oeuvre par l’Etat depuis 2014, ont permis d’atteindre l’autosuffisance dans un certain nombre de produits de base comme les légumes, les fruits, le riz, le maïs, les plantes médicinales et aromatiques, la volaille, le poisson, les oeufs et la viande rouge, indique Mohamed Al-Qarch, porte-parole du ministère de l’Agriculture. L’Egypte occupe désormais la première place mondiale en ce qui a trait à l’exportation de certains produits agricoles comme les oranges et les fraises. Al-Qarch souligne que l’Etat a commencé à travailler en vue d’augmenter la récolte de blé en bonifiant certaines régions et en soutenant les agriculteurs. Résultat : une récolte sans précédent. « La superficie cultivée en blé cette année a atteint 3,7 millions de feddans, soit une augmentation de 250 000 feddans par rapport à l’année dernière, et on s’attend à ce que près de 5 millions de tonnes de blé soient acheminés vers les silos de l’Etat », ajoute-t-il.

Néanmoins, Dr Gamal Seyam estime qu’il est important de se focaliser sur l’expansion verticale : « Je trouve qu’il est essentiel d’augmenter la productivité des feddans dans les anciennes terres de la Vallée et du Delta qui possèdent un sol fertile, de retrouver la vulgarisation agricole, qui a joué un rôle important auprès des agriculteurs, et de mettre les semences à la disposition des agriculteurs, ce qui permettra d’augmenter la productivité du feddan et d’obtenir des récoltes de qualité ».

Des défis à relever

Les experts affirment que l’eau est l’un des défis les plus importants auxquels est confronté le secteur agricole. Certains affirment que le manque d’eau est un problème qu’il faut résoudre si l’on veut mener à bien les projets d’expansion horizontale et de bonification des terres. « L’eau est un défi majeur pour la bonification des terres. Bien sûr, nous avons une quantité limitée d’eau. L’Etat essaie de combler ce déficit par des projets de recyclage de l’eau. La station de traitement des eaux usées de Bahr Al-Baqar, d’un coût de 18 milliards de L.E., produit 2 milliards de m3 d’eau par an. Cette eau ira au Sinaï, tandis qu’une deuxième station sera construite sur le canal de Hammam d’une capacité de 6 milliards de m3 par an et d’un coût de 80 milliards de L.E. pour bonifier des terres dans le Nouveau Delta ».

Dr Seyam est du même avis. Il explique que l’expansion verticale est une solution, car elle est d’un moindre coût et sa faisabilité économique est élevée. Il faut rétablir le rôle des coopératives et restaurer la vulgarisation agricole. Il faut aussi doter les agriculteurs des derniers équipements de production. Seyam ajoute qu’il existe un autre défi : la croissance démographique. « La population égyptienne atteindra, en 2050, 170 millions d’habitants, ce qui signifie que nous devons augmenter notre production de 70 % pour répondre aux besoins alimentaires de la population. Cela nous oblige à travailler pour augmenter la productivité et mener des recherches agricoles efficaces », conclut-il.

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