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La diplomatie au temps des pharaons

Dalia Farouq , Mercredi, 16 mars 2022

L’Egypte a connu la diplomatie depuis l’âge des pharaons. Ceux-ci étaient les premiers à envoyer des délégations aux pays étrangers et à conclure des traités de paix pour préserver les intérêts nationaux.

La diplomatie au temps des pharaons
Le roi Ramsès II lors de la bataille de Qadech.

Si la diplomatie égyptienne fête cette année son centenaire, son histoire remonte à bien plus longtemps. C’est pendant les premières dynasties de l’ère pharaonique que l’Egypte a commencé à communiquer avec ses voisins par le biais de missions exploratoires et commerciales et en envoyant des émissaires portant des cadeaux aux royaumes voisins. Les scènes de ces missions sont gravées sur les murs des temples et des tombes depuis la troisième dynastie de l’Ancien Empire.

Selon l’archéologue Ahmad Amer, l’Egypte Antique n’était pas dépourvue de diplomatie politique et de relations internationales dans le cadre de l’équilibre recherché par certains rois pendant une période de leur règne, notant qu’un certain nombre de traités de paix ont été conclus pendant l’époque pharaonique entre l’Egypte, les Assyriens, les Babyloniens et les Hittites.

« La diplomatie égyptienne dans l’antiquité a marqué son apogée en 1259 av. J.-C., lorsque le premier traité de paix écrit de l’histoire humaine a été signé entre Ramsès II et Hatusili III, roi des Hittites », explique Amer. Il s’agit du traité de paix qui a suivi la bataille de « Qadech », dont le résultat était indécis. Bien qu’ayant commencé à l’avantage des Hittites, elle se solde par un renversement de situation en faveur des Egyptiens. Mais il est parfois considéré que les Hittites étaient vainqueurs, étant donné leurs gains territoriaux obtenus après le conflit. « Il est probable que le roi Ramsès II n’ait pas été complètement expulsé du nord, mais le traité de paix était nécessaire pour les Hittites comme pour les Egyptiens », indique Amer. Il ajoute que ce traité a été signé à la 21e année du règne de Ramsès, selon des textes gravés aux temples de Karnak et du Ramesseum.

Ce traité comprenait 13 articles avec une introduction portant les noms et les titres des parties du traité, une référence aux anciens traités conclus entre les deux pays, la proclamation du nouveau traité et le renouvellement des anciens. « Parmi les articles les plus importants de ce traité sont ceux qui prévoient la défense mutuelle entre les deux parties, l’action conjointe contre les rebelles et la reconnaissance de l’héritier du trône pour chacune des deux parties », reprend-il.

Des mariages diplomatiques

Ce traité a impliqué aussi le mariage de Ramsès II avec la fille du roi des Hittites, qualifié par les historiens comme étant un mariage diplomatique par excellence. Sans oublier que la mère du roi Ramsès, la reine Toya, et son épouse bien-aimée Néfertari ont eu un rôle diplomatique principal dans la conclusion du traité de paix, considéré comme le plus ancien de l’histoire.

Mais selon l’archéologue Al-Husseini Abdel-Bassir, ce traité n’était pas le premier conclu dans l’Egypte Ancienne. Il a été précédé d’autres traités qui n’ont pas été officiellement enregistrés. « Ces traités ont été appliqués selon les estimations de chaque partie pour son adversaire, afin de réaliser des gains ou faire des concessions », explique-t-il. Il ajoute que l’un des plus importants traités a été conclu pendant le Nouvel Empire en raison du grand nombre de guerres qui ont eu lieu pendant cette période.

En fait, la politique étrangère avait autant d’importance au Nouvel Empire. Les pharaons tenaient à protéger un très vaste empire qui va de l’Euphrate, au nord, jusqu’à la quatrième cataracte du Nil, au sud. Outre la sécurité du pays et des frontières, les échanges entre les différents monarques étaient de plus en plus courants. « Sous le règne du roi Thoutmosis IV, les textes faisaient référence à l’existence d’un traité entre celui-ci et le roi de Mitanni comme une sorte de consolidation du pouvoir contre les Hittites. Ce traité a abouti au mariage diplomatique du pharaon avec la fille du roi Artatama Ier de Mitanni vers l’an 1430 av. J.-C. », souligne Abdel-Bassir. De même, sous le règne du roi Amenhotep III, l’Egypte a fait plusieurs mariages politiques entre ce dernier et des princesses de Babylone et de Mitanni.

Pour sa part, Magdi Chaker, archéologue au ministère du Tourisme et des Antiquités, explique que le poste d’ambassadeur existait dans l’Egypte Ancienne. Ceux-ci étaient avant tout des hommes influents qui jouissaient de la confiance du pharaon. C’est pourquoi ce dernier les choisissait parmi ses proches, que ce soit pour signer un pacte militaire, conclure une alliance ou recevoir le tribut d’un territoire sous tutelle. « Ces émissaires du monarque égyptien étaient en mission pour traiter au nom de leur souverain d’affaires délicates ou factuelles. Ainsi, lorsque le pharaon Amenhotep III a décidé d’épouser la fille du roi babylonien pour affermir les bonnes relations commerciales entre les deux pays, il lui envoie un ambassadeur avec de l’or et de nombreux cadeaux », conclut Chaker.

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