Mardi, 25 juin 2024
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Névine Makram : L’Egypte doit encourager la recherche sur l’IA

Amani Gamal El Din , Samedi, 10 février 2024

Névine Makram, professeure d’Intelligence Artificielle (IA) et directrice du Centre de la planification sociale et culturelle à l’Institut de planification nationale, explique l’impact de l’IA sur les économies développées et en développement, notamment en Egypte. Entretien.

Névine Makram

Al-Ahram Hebdo : Comment l’IA impactera-t-elle les économies des pays ?

Névine Makram : L’IA introduira des changements majeurs dans les économies des différentes régions du monde. Je parlerais à cet égard de cinq niveaux essentiels. La hausse de la production : l’IA peut accroître la production dans un nombre de secteurs économiques. Comme l’usage des robots à l’aide de l’IA pour améliorer l’efficacité et la vitesse des lignes de production, y compris l’augmentation de la production de la main-d’oeuvre et la minimisation des erreurs. Ensuite, le marché du travail : on verra des changements majeurs introduits. Un nombre d’emplois sera converti à l’IA et aux systèmes intelligents. Ainsi, les performances requises de main-d’oeuvre changeront et des formations devront intervenir pour y aller de pair. En troisième lieu viennent les services et les produits qui seront améliorés. Par exemple, on pourrait utiliser les techniques d’enseignement et d’apprentissage efficaces pour donner de meilleurs résultats aux consommateurs et pour augmenter les revenus des entreprises. En ce qui concerne les défis économiques et sociaux, le monde pourra faire face à un nombre de défis économiques et sociaux avec le développement de l’IA. L’expansion dans l’usage des robots et des logiciels pourrait creuser davantage les inégalités économiques. La technologie est coûteuse et les grandes compagnies pourront en bénéficier plus en comparaison avec les petites et moyennes entreprises. Enfin, il y a la nécessité de développer des politiques et des législations convenables, notamment avec l’impact grandissant de l’IA sur les économies. Il faut voir comment assurer une protection sociale aux ouvriers qui seront impactés par l’automatisation, garantir la compétition des marchés et protéger la sécurité et la confidentialité.

— Pouvez-vous nous parler de l’impact de l’IA sur les taux de croissance dans les pays développés et en développement ?

— L’impact de l’évolution technologique sur la croissance économique dans les pays développés et en développement se fera sentir à plusieurs niveaux. Premièrement : l’infrastructure. En général, les pays développés ont une infrastructure solide et bien développée, comme les réseaux de télécommunications, de transport et d’énergie. Raison pour laquelle ils peuvent s’adapter facilement au changement. Ce qui n’est pas le cas pour les pays en développement qui, par conséquent, ne réaliseront pas de taux élevés de croissance. Deuxièmement : la technologie et l’innovation. En général, les pays développés sont à l’avant-garde et réactualisent tout le temps les outils de recherches et les nouvelles applications ; alors que les non développés ont des difficultés à y accéder et se contentent de technologies et d’applications importées.

Troisièmement : les capacités institutionnelles. Les pays avancés possèdent des institutions efficaces qui travaillent dans des cadres juridiques et organisationnels stables et qui sont dotées d’une bonne gouvernance. Alors que les moins développés souffrent de la corruption et de l’absence d’un environnement sain pour les affaires. Les pays développés ont également l’atout d’investir énormément dans l’enseignement et le développement des compétences, ce qui a pour résultat une main-d’oeuvre qualifiée et spécialisée à l’heure où le monde moins développé continue de faire face au défi de l’accès à un bon enseignement. Les pays développés disposent de secteurs économiques diversifiés et développés. En contrepartie, les parties pauvres du monde continuent de dépendre de secteurs très limités d’agriculture et d’industries lourdes ; ce qui les expose aux secousses économiques dues au changement des prix des matières premières et aux dynamiques de la demande mondiale.

— Comment les pays en développement peuvent-ils rattraper le retard technologique et économique que pourrait entraîner l’utilisation de l’IA ?

— Il leur incombe d’adopter des stratégies spécifiques. Ils sont appelés à optimiser les opportunités de formation technique et à investir dans les domaines informatiques, d’analyse de données et d’IA. Les investissements dans les infrastructures sont incontournables. L’établissement et le développement d’infrastructures de qualité sont essentiels pour permettre l’utilisation de l’IA. Les pays en développement devraient moderniser leur infrastructure pour fournir des communications rapides et fiables, une infrastructure cloud et des capacités de stockage massives, afin de permettre le traitement et l’analyse des énormes données nécessaires à la formation des modèles de l’IA.

Les pays moins développés doivent également encourager l’entrepreneuriat et l’innovation dans l’IA en apportant des solutions aux problèmes de financement, le soutien technique et les bourses de recherche. Ils doivent également se concentrer sur les applications pratiques de l’IA capables de résoudre des problèmes pratiques et de répondre aux besoins des communautés locales. Les efforts peuvent être orientés vers l’utilisation de l’IA dans des domaines tels que l’agriculture intelligente, la santé, les transports intelligents, l’énergie durable et l’amélioration des services gouvernementaux. Grâce aux applications pratiques de l’IA, les pays en développement peuvent promouvoir le développement économique et améliorer la qualité de vie.

Une autre question centrale est celle portant sur la protection des données et de la confidentialité. Les pays en développement doivent établir des législations et des politiques pour protéger les données et la confidentialité concernant l’utilisation de l’IA. Cela nécessite un cadre juridique et réglementaire qui protège les données personnelles et garantit que l’IA soit utilisée de manière éthique et responsable.

— Pouvez-vous énumérer les secteurs économiques qui seront les plus influencés par l’IA ?

— Le secteur manufacturier : l’IA peut révolutionner l’industrie manufacturière en améliorant la productivité et la qualité des produits et en réduisant les coûts. L’IA peut être utilisée dans la robotique, les robots mobiles et l’automatisation industrielle, pour améliorer les processus de fabrication et accroître l’efficacité. L’IA peut également transformer le secteur des services financiers en améliorant la gestion des risques et l’analyse des données et en offrant une expérience client améliorée. Elle peut être de même utilisée pour analyser les données financières, fournir des recommandations d’investissement et améliorer la détection des fraudes. En ce qui concerne le secteur de la santé, l’IA peut être un catalyseur d’améliorations significatives en matière de soins de santé, notamment en matière de diagnostic précoce, de traitement personnalisé et d’autosurveillance. Il y a possibilité de l’utiliser pour analyser des images médicales, fournir des recommandations de traitement et analyser des données volumineuses sur la santé. Concernant le secteur des transports, l’IA peut transformer le secteur des transports grâce à des technologies de conduite autonome, améliorant ainsi l’efficacité des transports, assurant la sécurité et perfectionnant l’expérience des passagers. La technologie de l’IA peut être utilisée dans les voitures, dans la prédiction du trafic et l’amélioration de la planification des transports publics. Dans le secteur de la vente au détail, l’IA peut le transformer en analysant les données, en offrant des expériences d’achat personnalisées et en améliorant la gestion des stocks. Elle a la possibilité de recommander des produits, de reconnaître les modèles d’achat et d’analyser les préférences des clients.

— Comment l’Egypte peut-elle avancer dans le domaine de l’IA ?

— L’Egypte doit encourager la recherche scientifique se rapportant à l’IA, ainsi que la coopération entre les différentes universités, les instituts de recherche, les start-up et les jeunes entrepreneurs qui s’intéressent au développement des applications et des logiciels de l’IA en leur apportant le soutien financier et technique et en soutenant leurs cadres juridiques. Deux autres mesures doivent être prises, consistant à investir dans l’enseignement et la formation et à consolider la coopération industrielle régionale et internationale. Et ceci doit se faire en conformité avec les politiques publiques et dans une perspective de complémentarité public-privé.

— Quelle est l’importance des investissements dans l’IA en Egypte ?

— Il est difficile de préciser le volume des investissements dans l’IA en Egypte. Nous n’avons pas encore de chiffres précis. Mais je pourrais parler de la nécessité de développer ces investissements dans trois secteurs. Pour l’industrie manufacturière par exemple, l’IA pourra améliorer les différents processus d’industrialisation, ainsi que créer de nouvelles lignes de produits. L’IA pourra servir dans les techniques telles que l’apprentissage automatique et l’analyse des données, afin d’améliorer la fabrication, prédire les pannes et perfectionner la sécurité des processus. Dans les soins de santé, le diagnostic des maladies sera amélioré et les soins de santé seront efficaces, ainsi que la planification des soins de santé. L’apprentissage profond et l’analyse des images et des données de santé peuvent être appliqués pour arriver à un diagnostic précis et rapide et améliorer la prise en charge des patients. Pour l’agriculture, l’IA peut être utilisée dans une agriculture intelligente, améliorant la productivité des cultures et économisant l’eau et les ressources agricoles. L’analyse des données et les applications robotiques peuvent être utilisées pour améliorer la gestion agricole, prédire de bons rendements et réformer l’efficacité de l’irrigation.

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