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L’IA tisse sa toile

Amani Gamal El Din , Mercredi, 07 février 2024

L’Intelligence Artificielle (IA) est bien installée en Egypte. Focus sur trois start-up agissant dans les domaines de l’analyse du marché, de la médecine et du service clients.

L’IA tisse sa toile

Coup de main aux entreprises

« Analyze That » est le nom d’une compagnie spécialisée dans l’analyse des données du marché utilisant l’Intelligence Artificielle (IA). Son modèle est conçu selon la technologie appelée Business Intelligence Tool (BI) et dessert les clients sur une plateforme web. Elle est opérationnelle sur le marché depuis 2019. Il s’agit d’un « business model » utilisant un logiciel alimenté par des données spécifiques qui aide les entreprises à faire des analyses de situation et de risque du marché, ainsi que des projections pour le développement de leurs affaires.

A ses débuts, la compagnie disposait d’un financement de 224 000 L.E. Aujourd’hui, ses investissements ont été multipliés par 25, alors que la rentabilité est estimée à 30 % des investissements. « L’analyse des données en Egypte et dans le monde arabe était très faible et dépendait de la compréhension préliminaire des capacités du logiciel ou des équations. Il n’y avait pas de dynamique de résolution de problèmes. Pour analyser les données dans n’importe quel secteur, on avait besoin d’un large nombre d’analystes, lesquels ne fournissaient pas leurs analyses selon des dates butoir et les résultats n’étaient pas précis », explique Mohamed Gamal, PDG et cofondateur d’Analyze That.

Le jeune entrepreneur poursuit que « les décisions n’étaient jamais basées sur des données correctes et donc étaient un obstacle à la croissance des compagnies et à la prise de décisions correctes et efficaces ».

Le « business model » est un logiciel non seulement stockant beaucoup d’informations, mais aussi détenant la capacité à réactualiser régulièrement les données. Les compagnies sont alors capables d’extraire, d’analyser et de visualiser leurs données, ainsi que d’obtenir des analyses de produits, de marketing, de finances et de ventes.

Gamal clarifie que le modèle dépend de trois applications : le Cloud computing, permettant l’accès à une abondance de données. Cloud computing consiste à utiliser, via abonnement, des serveurs informatiques à distance et hébergés sur Internet pour stocker, gérer et traiter des données, plutôt qu’un serveur local ou un ordinateur personnel. Le deuxième est Machine Learning Model, qui donne des prévisions et fait des recommandations. Et enfin le Data Monetization Model, qui fait des projections sur le marché.

Aujourd’hui, Analyze That travaille avec plus de 25 compagnies dans la fintech, la vente au détail, depuis la nourriture jusqu’à la technologie et les transports. Elle figure sur la liste de la Banque Centrale d’Egypte (BCE) comme l’un des quatre catalyseurs de la fintech.

Analyze That a récemment intégré des solutions pour les particuliers qui travaillent comme pigistes dans les services de marketing et de vente. Leurs prix sont modérés : 6 dollars par mois pour les particuliers, alors que pour les entreprises, les prix commencent par 70 dollars pour les start-up et 700 dollars pour les grandes compagnies. « Le prix est décidé selon la part du marché de la compagnie et sa taille, la nature des données et la capacité de stockage. Bref, plusieurs critères sont pris en compte », ajoute Gamal.

« Nous avons conclu un partenariat avec IBM et nous avons un financement d’Amazon AWS pour utiliser les infrastructures qui stockent les logiciels des données et sur lesquelles les opérations sont effectuées. Notre ambition est de rendre plus accessible le téléchargement des données qui peuvent aider les sociétés dans la prise de décision rapide et efficace », conclut-il.

Révolutionner la medicine

AIVER Business Solutions est un modèle d’affaires (business model) qui travaille dans la segmentation automatisée au service de la médecine, plus précisément dans le domaine de la radiologie. Il assiste les radiologistes à l’aide des segmentations qu’il fait sur les scanners et sur les CT scans. « Nous décomposons les organes du corps individuellement pour aider les radiologistes et les physiciens à mieux visualiser les images. Par exemple, nous pouvons identifier une tumeur maligne au poumon avec une probabilité de 85 %. Cela permet au médecin de se concentrer sur l’analyse de la zone suspecte au lieu de passer du temps à analyser l’ensemble de l’image », explique Islam Sedik, créateur du logiciel et PDG de la start-up.

M. Sedik souligne que ce logiciel révolutionnaire s’appuie sur la technologie d’IA du « jumeau numérique », qui est « un logiciel 3D utilisé pour la surveillance, le diagnostic et le pronostic, permettant d’optimiser les performances et le traitement des patients au cas par cas. Il permet de trouver la cause première des maladies et d’améliorer les traitements », précise-t-il. Il explique que l’ensemble du processus est automatisé grâce à l’IA de la plateforme numérique du parrain du projet, la multinationale Nvidia. « Je travaille sur ce modèle depuis 2021 et j’ai autofinancé les premières étapes de l’expérimentation. Ensuite, j’ai rejoint l’accélérateur Inception Program de Nvidia, leader mondial de l’IA », explique l’entrepreneur.

Nvidia encourage et parraine les nouvelles idées. Les candidats soumettent leurs projets au programme Inception Program. Ils passent d’abord un entretien où ils exposent en détail leur produit et leurs plans pour l’avenir. « Une fois l’idée approuvée, Nvidia a conclu un contrat de partenariat avec nous. Après un stage de formation, Elle nous a fourni les facilités, les logiciels, les systèmes informatisés, les données via l’IA, ainsi que le soutien financier nécessaire », explique M. Sedik. Dans une phase ultérieure, Nvidia a mis les développeurs en contact avec des clients potentiels, dont trois grands hôpitaux aux Etats-Unis. L’ingénieur ajoute qu’il travaille actuellement sur une adaptation du logiciel pour l’analyse des images IRM, qui permettra de visualiser les nerfs.

Sedik se plaint des difficultés de commercialiser l’idée en Egypte et parle d’une résistance des médecins et des centres de radiologie à acheter le produit, bien qu’une partie du produit ait été faite à travers la démo, qui veut dire que certaines caractéristiques sont offertes gratuitement aux académiciens. Il explique que le volume du marché du modèle en Egypte n’est pas important, soit de 800 000 L.E., et la pénétration du marché est coûteuse et difficile.

Pour une meilleure pénétration, il essaye de travailler uniquement sur le cancer des poumons qui est très courant en Egypte. « Je fais des analyses du marché pour voir si le revenu sera bénéfique, à cause du manque de données. Je ne peux pas utiliser les mêmes données pour toutes les régions du monde, depuis les causes de la maladie jusqu’aux moyens de traitement. Tout dépend du contexte et les modèles de l’IA ne peuvent pas être généralisés », conclut-il, soulignant que malgré les progrès technologiques, qui permettent à certains modèles de software d’assister le chirurgien dans ses opérations, rien ne remplacera le médecin.

 Un nouveau marketing

 La société Widebot est spécialisée dans le service automatisé des clients à l’aide de l’IA. La compagnie, qui présente ses services en arabe, dans tous les dialectes, et en anglais et français, travaille sur trois axes. Le premier est via le Chatbot, qui est un logiciel informatique destiné à simuler la conversation entre êtres humains, essentiellement à travers Internet ou autres médiums comme le WhatsApp. En général, les conversations du Chatbot sont effectuées comme un jeu de tennis : question-réponse.

« Par exemple, si j’ai un problème avec ma ligne de téléphone portable, j’appelle le service à la clientète, et c’est l’IA qui répond à travers le Chatbot que nous avons conçu et qui offre la solution », explique Mohamed Nabil, cofondateur et PDG de Widebot. Le site de la compagnie est interactif et montre au demandeur de services les étapes à suivre pour accomplir sa mission. Les jeunes entrepreneurs de Widebot ont élargi les services offerts à des pays autres que l’Egypte, nommément l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et la Libye. Les services sont assurés auprès d’une multitude d’organismes et de sociétés, tels les gouvernements, les entités publiques et privées, les banques, les compagnies de télécom.

Les 2e et 3e axes sont le marketing et les ventes. Widebot propose également des solutions de marketing intégré. « Si une compagnie veut faire une campagne de marketing sur un produit spécifique ou qui ouvre une nouvelle succursale, le Chatbot entre en conversation avec la compagnie pour avoir une conception de l’idée. La compagnie propose la stratégie et nous l’automatisons. Le Chatbot analyse également le profil du client ciblé », explique Nabil.

Il ajoute que le financement de sa compagnie de 2017 jusqu’à aujourd’hui est de 1,6 million de dollars. Elle a commencé avec 50 000 dollars seulement. La capitalisation dépasse aujourd’hui 20 millions de dollars. Les profits à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Egypte sont de 3 millions de dollars. « Notre prochaine étape est de conquérir d’autres marchés et nous voudrions servir une base plus large de clientèle en introduisant l’engin version arabe du ChatGPT, pour Chat Generative Pre-Trained Transformer, qui donne accès à des modèles plus avancés, ainsi qu’à des agents conversationnels spécialisés qui permettent l’analyse et la génération d’images », conclut l’entrepreneur.

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