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Au service de l’archéologie

Doaa Elhami , Mercredi, 07 février 2024

L’utilisation de l’Intelligence Artificielle (IA) offre des possibilités infinies à l’archéologie et à la muséologie.

Au service de l’archéologie

Fouilles, découvertes, études et analyses, restaurations, consolidations, reconstructions, expositions et protections, telles sont les étapes du travail archéologique depuis ses débuts au XIXe siècle. Si chacune de ces étapes prend une longue durée et des efforts pénibles par les archéologues, le développement technologique, notamment l’Intelligence Artificielle (IA), vient anéantir cet obstacle temporel pour accomplir ces tâches en un laps de temps.

« L’intelligence artificielle parvient non seulement à trouver les informations rapidement, mais aussi à les compiler et à les analyser 1 000 fois plus vite que l’être humain, d’où son importance », souligne Yasser Al-Shayeb, professeur de numérisation à l’Université américaine du Caire (AUC) et ancien directeur du Centre de documentation du patrimoine culturel et naturel (Cultnat). Il souligne également que l’IA est très utile dans le domaine archéologique.

En alimentant l’ordinateur des caractéristiques géologiques et géomorphologiques de la Vallée des rois, ainsi que de son altitude par rapport au niveau de la mer, l’IA peut répondre à toutes les questions posées, telles que les couches inexplorées, les méthodes d’enterrement ou encore les lieux similaires aux caractéristiques de la Vallée des rois. L’IA ne s’arrête pas là, puisqu’elle permet également d’imaginer les pensées. « Lorsque l’on parvient à s’imaginer les esprits et la pensée des bâtisseurs de l’Egypte Ancienne ou ceux des prêtres responsables de la momification et de l’enterrement, on pourra répondre à beaucoup de questions et résoudre des énigmes irrésolues depuis des siècles », poursuit-il.

 Exploitations infinies

Selon les experts, les applications de l’IA se développent chaque jour et sont sans limites. Elles aident par exemple à la reconstruction des vestiges archéologiques, à savoir leur emplacement, leur style architectural, le nombre d’étages et même leur couleur. Il y a actuellement des experts qui travaillent sur la possibilité de l’IA de jouer le rôle de guide touristique. « Au lieu de lire plusieurs livres sur l’histoire d’une ville ou d’un site archéologique, il suffit d’un simple clic sur son portable pour renseigner le visiteur sur la meilleure visite à faire, sur les tombes accessibles et même lui proposer la plus belle d’entre elles. Si l’on prend l’exemple de Saqqara, l’application racontera l’histoire de la nécropole, le propriétaire de chaque tombe, son rang social, expliquera de même les scènes décoratives sur ses parois, leurs symboles, la raison de la présence d’un pilier dans l’une et d’une colonne dans l’autre… », renchérit Al-Shayeb, ajoutant que tous les sites de toutes les époques sans exception seront accessibles sur une telle application puisqu’elle sera liée au réseau informatique international.

Avis partagé par l’ingénieur en informatique Tareq Al-Khangari, qui assure que l’IA accumule toutes les informations en toutes les langues disponibles sur Internet concernant n’importe quel sujet, les analyse et présente leurs synthèses, ce qui permet de répondre à toute question. « L’IA offre également la mélodie musicale jouée par les musiciens de l’Egypte Ancienne, ainsi que les mouvements des danses et leurs interprétations variées », souligne-t-il.

Bien que l’IA soit connue depuis quelques années et soit actuellement en vogue dans le milieu académique, cette technologie et ses applications ne sont pas encore disponibles au grand public. C’est également le cas de tous les musées du monde entier. « Il faut encore du temps pour que cette technologie soit appliquée dans le domaine archéologique et muséal de façon approfondie. Peut-être dans un futur proche, le visiteur du musée verra les souverains, debout, assis sur leurs trônes, couronnés ou autres. L’imagination mêlée à la réalité est infinie », dit-il.

Cet avis est partagé par Hicham Hussein, directeur général des monuments du Sinaï. « L’IA donne des résultats incroyables. Il faut alors encourager les chercheurs égyptiens à y prêter importance », soulignant que les centres de recherches étrangers travaillent actuellement pour exploiter cette technologie et ses applications dans la photographie et la traduction immédiate des textes hiéroglyphes, cunéiformes ou nabatéens. Ces applications ont réalisé de grands bonds dans la science des graffitis des grottes dont les couleurs ont été affectées par l’érosion. « Cette technologie a la capacité de rendre ces scènes à leur état d’origine et leurs couleurs vives. Elle est également utilisée dans la documentation numérique qui forme et crée les répliques 3D des édifices architecturaux », continue-t-il.

Sur le plan géologique, l’IA réduit la durée des recherches. En effet, le centre des fossiles paléontologiques de l’Université de Mansoura prenait au moins une quinzaine de jours pour comparer un os fossilisé à ses similaires dans le monde entier. Avec l’IA, cette recherche est désormais effectuée en cinq minutes. De plus, les spécialistes de la numérisation de l’AUC aident les géologues à préciser les régions où se trouveraient des fossiles à explorer.

En dehors des recherches et des analyses, les musées peuvent également exploiter cette technologie pour exposer virtuellement des pièces archéologiques à l’étranger tout en les conservant sur place. « Depuis plus d’une dizaine d’années, Cultnat a utilisé l’hologramme pour faire participer trois pièces antiques du musée de la Bibliotheca Alexandrina à une exposition en Italie. Ensuite, l’exposition a été présentée en Grèce », souligne Al-Shayeb, ajoutant qu’aujourd’hui, cette opération est devenue beaucoup plus simple grâce aux progrès réalisés dans le domaine de l’IA.

En outre, l’IA est utilisée à une échelle plus large, celle de la gestion du patrimoine, pour revivifier le mode de vie des anciennes cités et de leurs habitants. En effet, « l’AUC a présenté un projet à National Geographic pour recréer le mode de vie de la rue Al-Moez en 1850, animée de trois métiers qui étaient essentiels à l’époque et qui ont disparu aujourd’hui : le porteur d’eau, le blanchisseur de cuivre et le chargé d’illuminer les lanternes des rues. Et ce, en se basant sur les photos de la Description de l’Egypte », explique Al-Shayeb, soulignant la possibilité de recréer virtuellement ces personnes avec leurs tenues de l’époque, leurs mouvements et leurs comportements au cours de leur travail. Al-Shayeb assure que son équipe et lui peuvent recréer virtuellement toutes les cités anciennes s’ils disposent d’abondantes informations bien documentées. Pour lui, on peut reconstruire le programme quotidien des ouvriers qui ont construit les pyramides, y compris la quantité de nourriture dont chacun disposait, en se basant sur les informations fournies par la découverte de leur nécropole. Néanmoins, « il reste toujours des détails manquants qui nous entravent », explique-t-il.

Bref, l’IA facilite la mission archéologique. C’est l’avenir de la recherche scientifique qui donnera des résultats fantastiques, notamment en présence d’informations crédibles et documentées.

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