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Tahrir : L’opposition en défenseur de la démocratie

May Al-Maghrabi, Mardi, 04 décembre 2012

Des centaines d’opposants poursuivent leur sit-in sur la place Tahrir au lendemain d’un rassemblement géant. Les libéraux affirment ne pas vouloir céder. Etat des lieux.

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Au lendemain de la seconde manifestation massive de la semaine organisée vendredi à l’appel d’une cinquantaine de forces libérales, la première ayant eu lieu mardi 20 novembre, la place Tahrir reste toujours occupée par des centaines de manifestants opposés au président et à son régime. Ils tiennent un sit-in depuis une semaine.

Ce centre emblématique de la révolution de janvier 2011 reste déterminé à mener jusqu’au bout « le combat de la légitimité », une légitimité différente de celle dont se revendique le président. Les « comités populaires » formés par les manifestants ont renforcé ce jour les mesures de sécurité aux accès à la place Tahrir interdite à la circulation automobile.

Ces comités s’assurent de l’identité des manifestants et éventuellement les fouillent, pour éviter l’infiltration d’agresseurs armés. Deux tours en bois ont été également érigées sur la place pour surveiller l’arrivée de groupes hostiles que les partisans du président pourraient être tentés d’envoyer en confrontation de ses opposants rassemblés sur Tahrir. Une vingtaine de tentes sont plantées au centre de la place, mais aussi au pied du Mogammae et de la statue de Omar Makram.

Les activistes, loin de se contenter des banderoles qui couvrent la place, s’activent à distribuer des tracts explicitant leurs revendications. Ce qu’ils veulent c’est l’abrogation pure et simple de la déclaration constitutionnelle promulguée la semaine dernière par le président Mohamad Morsi, ainsi que de la Constitution finalisée en hâte ce week-end et qui, selon eux, ne représente que les islamistes qui l’ont élaborée.

Il est 16h, la place ressemble à un forum populaire, les manifestants discutent, en petits cercles informels, de la « crise » et des possibles scénarios de sortie. Ici, le haut-parleur du podium, le seul, diffuse des chants patriotiques et des discours hostiles aux islamistes et au président.

Confiance et indifférence

Autour de la tente du parti les Egyptiens libres, on parle de l’ampleur de la manifestation qui se déroule sur l’autre rive du Nil, devant l’Université du Caire. On feigne l’indifférence et on affiche sa confiance qu’au bout du compte l’opinion publique fera la différence entre la « légitimité de l’opportunisme » et la « légitimité révolutionnaire ». « La mobilisation du peuple pour défendre le président n’est qu’un aspect des régimes dictatoriaux. Il n’y a rien à comparer entre des manifestants mobilisés et transportés par les bus des Frères musulmans, et des manifestants qui sont mobilisés par leurs convictions pour défendre la liberté d’un peuple et d’un pays que les islamistes veulent kidnapper », dit Ahmad Maarouf, professeur de mathématiques.

« Je n’appartiens à aucun parti politique, je suis venu défendre mon pays des tentatives visant à altérer son identité et à le transformer en un autre Iran. Ce projet de Constitution sème les grains d’un Etat religieux et compromet l’instauration d’une véritable démocratie », ajoute-t-il. Ces appréhensions sont partagées par les autres manifestants sur Tahrir, majoritairement hostiles aux islamistes, « lesquels font commerce du sang et des sacrifices des jeunes révolutionnaires ». Telle est l’opinion qui circule ici et qui peuple nombre de slogans.

La révolution traîne

« C’est décevant de voir la révolution traîner deux ans après la chute de Moubarak. Cette révolution qui n’a réalisé aucun de ses objectifs est victime de la contre-révolution menée naguère par le Conseil militaire et aujourd’hui par les islamistes. Nous sommes à la croisée des chemins, ou bien nous sauvons notre révolution et nous la remettons sur les rails ou bien nous la perdrons à jamais », dit Ragaï Farouq, membre du parti les Egyptiens libres.

« Les Egyptiens ne resteront pas les bras croisés face à une Constitution hostile à la démocratie, aux libertés et à l’indépendance de la justice. Les Egyptiens ont provoqué la chute de plusieurs Constitutions et dirigeants dans leur histoire moderne, et ils n’hésiteront pas à le refaire s’il le faut », ajoute-t-il.

Il poursuit en résumant l’enjeu de la crise politique actuelle dans l’ultimatum suivant : « C’est une honte que le président oblige les Egyptiens à choisir entre une déclaration constitutionnelle faisant de lui un pharaon ou une Constitution antidémocratique. Si c’est le marché qu’il nous propose, voilà ce qu’on lui propose : soit il se plie aux revendications des révolutionnaires et abroge sa déclaration constitutionnelle et recompose une constituante représentative de toutes les tranches de la société, soit il se prépare à l’escalade. Le président Morsi n’est pas plus fort que son prédécesseur » .

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