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L’opposition égyptienne monte au créneau

May Atta, Mardi, 04 décembre 2012

Accordant des pouvoirs exorbitants au président de la République, le décret est au centre d’une vive polémique depuis sa promulgation le 22 novembre. Le chef de l’Etat a tenté cette semaine de le justifier et a appelé les Egyptiens à se prononcer sur la nouvelle Constitution, mais l’opposition libérale réclame la suppression pure et simple du décret.

Opposition
Le président appelle les Egyptiens à se prononcer. (Photo: Reuters)

Devant les membres de l’assemblée constituante, ou plutôt de ce qui en restait, le président Mohamad Morsi a prononcé un discours, samedi, dans lequel il a appelé « tous les Egyptiens, qu’ils soient pour ou contre, à aller se prononcer sur la nouvelle Constitution le samedi 15 décembre ». « Le projet de Constitution exprime les objectifs de la révolution (...). La démocratie, c’est la participation. J’invite tous les citoyens à examiner avec précision et objectivité ce projet », a dit le président. Et d’ajouter : « Je renouvelle l’invitation à l’ouverture d’un débat national sérieux autour des maux de la nation en toute franchise, pour mettre fin à la période de transition le plus vite possible et protéger notre démocratie naissante ».

Lors d’un entretien télévisé diffusé tard jeudi soir, le président Morsi a défendu son décret qui prémunit ses décisions contre tout recours à la justice, affirmant qu’il représentait une « opération délicate » mais nécessaire pour permettre à l’Egypte de surmonter la période de transition et mettre fin à l’instabilité causée, selon lui, par l’absence de la Constitution. « La chose la plus importante dans cette période est que nous finissions la Constitution, afin que nous ayons un Parlement élu en vertu de cette Constitution, un système judiciaire indépendant et un président qui exécute les lois », a-t-il dit. Morsi avait promulgué le 22 novembre un décret constitutionnel qui lui accorde des pouvoirs exorbitants.

Dans son discours de samedi comme lors de l’entretien télévisé deux jours plus tôt, le président n’a pas manqué de faire l’éloge de la révolution et des révolutionnaires « sans lesquels il n’y aurait pas eu de président élu ». Le chef de l’Etat a laissé entendre que c’est à lui que revient le pouvoir de prendre les décisions, même s’il y a des délibérations avec l’opposition. Pour se justifier, il se contente de faire allusion à « des informations relatives à un complot contre l’Egypte », appelant le peuple à « avoir confiance » en son président. « La légitimité révolutionnaire a donné lieu à celle du peuple. Le droit de manifester est préservé à condition de n’entraver ni la circulation, ni la production », dit-il aussi à l’intention de ses opposants.

« Le président a choisi de jouer sur la peur des citoyens, suggérant un complot pour justifier sa déclaration constitutionnelle. Comme si les Egyptiens étaient des enfants », attaque l’historien Khaled Fahmy, professeur à l’Université américaine du Caire. « C’est une honte pour un président de placer ses décisions au-dessus de celles de la justice. Il y a là tous les ingrédients pour fabriquer un dictateur », poursuit-il. Concernant la nouvelle Constitution, Fahmy estime qu’en soutenant une assemblée constituante de laquelle se sont retirées toutes les factions de l’opposition, le président donne le sentiment qu’il ne s’intéresse qu’à la loyauté de son électorat islamiste.

Naguib Gobraïl, président de l’Union égyptienne pour les droits de l’homme, acquiesce : « Le président prétend que 90 % des Egyptiens soutiennent ses décisions. Comme si tous ces manifestants à Tahrir et à travers le pays n’existaient pas. Il est allé du mensonge au chantage en proposant aux Egyptiens de choisir entre une déclaration constitutionnelle dictatoriale et une nouvelle Constitution qu’ils rejettent ».

De son côté, Amr Ezzat, l’un des dirigeants du mouvement du 6 Avril, pense que le président s’est isolé de son peuple et du reste des forces politiques. « Il traite les citoyens non pas en tant que président de la République, mais comme le ferait le guide suprême des Frères musulmans. C’est ce dernier qui peut prétendre mieux comprendre que le commun des mortels », accuse Ezzat. Il poursuit : « Oui, le président a le dernier mot, mais encore faut-il consulter les autres forces politiques. Oui, il a le droit de prendre des décisions, mais sans les placer au-dessus de toute contestation devant la justice ». Commentant l’annonce par le président de la fin de la légitimité « révolutionnaire », l’activiste du 6 Avril accuse les Frères d’utiliser cette légitimité quand cela les arrange. « Après les élections législatives de l’an dernier, ils ont annoncé la fin de la révolution, avant de la ressusciter après la dissolution du Parlement. Aujourd’hui, c’est le même disque qui se répète », rappelle Ezzat. « Au lieu de chercher une solution à la division qui mine la rue égyptienne, le président a envoyé un seul message : nous avons terminé le travail et vous n’avez qu’à l’approuver », regrette à son tour Farid Zahrane, du parti Egyptien social-démocrate .

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