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Waël Khalil : « L’entêtement du président lui fera perdre sa légitimité »

Propos recueillis par Chaïmaa Abde-Hamid, Mardi, 04 décembre 2012

Activiste de gauche, Waël Khalil estime que Morsi peut encore mettre fin à la crise. Il appelle le président à renoncer à sa déclaration constitutionnelle et à prendre en compte les revendications de la rue.

Wael Khalil
Wael Khalil

Ahram Hebdo : La scène politique est en ébul­lition. Un référendum sur la Constitution aura lieu le 15 décembre alors que la crise sur la déclaration constitutionnelle se poursuit. Comment évaluez-vous la situation ?

Waël Khalil : La situation va de mal en pis. Il s’agit d’une polarisation de la population d’une part, et d’un monopole total du Parti Liberté et justice du pouvoir d’autre part. Les Frères font la sourde oreille à tous les appels des forces politiques, des personnalités qui se sont retirées de la constituante et de la rue qui s’est soulevée contre cette Constitution.

Malheureusement, toute personne ayant parié sur la personne du président Morsi et sur le fait qu’il serait plus rai­sonnable que son parti a eu tort. En agissant avec indifférence, le président donne un sentiment d’irresponsabilité face à une crise qui ne fait qu’augmen­ter. Il a affirmé dans son discours : « Nous suivons notre itinéraire ». Des paroles qui rappellent les derniers pro­pos de Moubarak lorsqu’il a dit en parlant des révolutionnaires : « Laissez-les s’amuser ».

— Qu’est-ce qui vous pousse à croire que les choses se compliqueront ?

— Alors que la rue est divisée, Morsi parle d’un phénomène sain et n’arrive pas à faire la distinction entre une division de la rue et un désaccord politique. Les islamistes accusent l’opposition de traîtrise ou d’appartenance à l’ancien régime. Ils appellent leur jeunesse à se rassembler pour soutenir des décisions avant même qu’elles ne soient annoncées et tiennent une énorme manifestation pour soutenir la charia alors que personne ne s’y était opposé. Des comporte­ments qui ne font qu’empirer la crise. On est loin de pouvoir parler de stabilité. Le président imagine que les gens vont baisser les bras avec le temps et renon­cer à leurs revendications. Il a tort.

— Quelle suite prévoyez-vous ?

— On ne peut pas parler de scénario précis. Tout dépend du comportement du président. S’il renonce à sa déclaration constitutionnelle avant la date du réfé­rendum et s’il gèle l’appel qu’il a lancé au peuple pour se prononcer sur la Constitution, la rue se calmera sans doute et un discours s’ouvrira entre le régime et les autres forces politiques. Si ce n’est pas le cas, la rue restera en ébullition et les reven­dications ne cesseront d’augmenter.

— Jusqu’où peuvent aller ces revendications ? Certaines forces politiques parlent déjà de désobéis­sance civile ...

— On ne choisit pas ce que nous devons faire à l’avance. L’escalade est liée à une plus forte mobilisation de la rue. Il faut agir sur deux niveaux. D’abord, entraver la tenue du réfé­rendum en soutenant le refus des juges de contrôler ce scrutin. Ce qui est aussi un message sur le plan inter­national.

Par ailleurs, il faut mettre en place une large campagne pour encourager les Egyptiens à dire « non » au projet de Constitution. L’entêtement du président compliquera les choses et le poussera peu à peu à perdre sa légitimité. Jusque-là, il est tou­jours le président élu que nous respectons, malgré toutes les infractions qu’il a commises. Nous nous sommes déjà opposés à Moubarak avec toutes ses forces policières et nous avons réussi à le faire chuter. L’affaire est exactement la même, quand les révolu­tionnaires de la place Tahrir décideront de mettre fin à cette affaire, ils le feront .

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