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Nucléaire: Téhéran compte déjà ses gains

Amira Samir, Lundi, 16 mars 2015

L'Iran, qui s'est engagé à une révision de son programme nucléaire, aura beaucoup à gagner d'un éventuel accord avec l'Occident

Téhéran compte déjà ses gains
Les sanctions imposées à l'Iran coûtent à son économie entre 5 et 8 milliards de dollars par mois. (Photo:AP)

L’accord qui serait signé entre l’Iran et le groupe dit des 5+1, (Etats-Unis, Chine, Russie, Grande-Bretagne, France plus l’Allemagne), autorise à l’Iran certaines activités nucléaires civiles, en échange de la levée des sanctions internationales qui pèsent sur son économie. La fin de trente ans de sanctions économiques devient, du coup, tout aussi probable.

C’est le président américain, Bill Clinton, qui, en 1995, avait imposé pour la première fois des sanctions liées au programme nucléaire iranien. Depuis, l’Iran s’est trouvé coupé des marchés européens et américains. Le renouvellement des sanctions deviendra une démarche de routine. Les plus dures de ces sanctions datent de juillet 2012. Elles concernent le pétrole iranien et la suspension des transactions financières entre les banques iraniennes et celles américaines ou européennes.

Pour contourner ces mesures, l’Iran s’est tourné vers l’Asie (Russie, Chine, Corée du Sud, Japon). « En fait, les sanctions qui ont éloigné l’Iran des Occidentaux, l’ont rapproché de l’Orient tout en lui permettant de développer son industrie locale. Des entreprises clandestines dépendant notamment de la garde révolutionnaire iranienne ont été créées », explique Mohamad Abbas, expert du dossier iranien au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.

Cela dit, les sanctions, évaluées entre 5 et 8 milliards de dollars par mois, ont pesé lourd sur l’Iran. Aujourd’hui, la situation économique du pays reste très difficile, et une grande partie de la population vit en dessous du seuil de la pauvreté. « Les Iraniens appellent à une levée totale des sanctions économiques. Mais, malgré le bon déroulement des pourparlers nucléaires en cours, l’accord ne permettrait qu’une levée graduelle », souligne Mohamad Abbas. L’Iran espère, en premier lieu, la levée des sanctions qui frappent son pétrole et ses transactions financières.

Pour l’Iran, les conséquences économiques et politiques de l’accord seront sans doute importantes. Pour l’Occident aussi, étant donné que les sanctions pénalisaient du coup des entreprises européennes et américaines. Ainsi, après une éventuelle signature de l’accord, « Téhéran peut devenir, au cours des prochains mois, le théâtre d’une guerre d’influence géo-économique majeure entre l’Occident d’une part, et la Russie et la Chine de l’autre », reprend Mohamad Abbas.

En effet, l’Iran est un pays potentiellement très riche en ressources, il détient la deuxième réserve mondiale de gaz et la troisième de pétrole. Il est également situé sur la ceinture des réserves de cuivre de la planète et bénéficie de réserves considérables d’autres minéraux, tels que le fer, l’aluminium, le plomb et le zinc. La main-d’oeuvre iranienne est très bon marché. Si Téhéran respecte l’accord, elle deviendra en peu d’années, selon les experts, une importante puissance régionale aussi bien économique que politique. Surtout qu’elle fait partie de la poignée de pays stables dans une région en turbulences.

Déjà, malgré les sanctions, la République chiite a pu étendre son influence sur au moins quatre capitales arabes, à savoir : Bagdad, Beyrouth, Damas et Sanaa.

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