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Tobrouk démuni face à Daech

Amira Samir, Mardi, 24 février 2015

Le gouvernement libyen de Tobrouk réclame des armes pour lutter contre les groupes terroristes. Mais l’Occident ne l’entend pas de cette oreille.

Tobrouk
Le gouvernement libyen appelle à la levée de l'embargo sur les armes. (Photo : AP)

La Libye a demandé au Conseil de sécurité de l’Onu de lever l’embargo sur les armes, en vigueur depuis 2011. L’embargo limite, considérablement, les capacités de l’armée face à des groupes terroristes toujours mieux armés.

Mais cette demande est loin de faire consensus au sein de l’Onu. Plusieurs diplomates ont émis des réserves concernant cette nouvelle résolution, restant prudents sur une levée de l’embargo, en raison notam­ment des risques de voir ces armes tomber entre de mauvaises mains.

Le gouvernement de Tobrouk met en avant le fait que l’action de l’ar­mée libyenne est entravée par l’em­bargo et ne lui permet pas de com­battre efficacement les milices terro­ristes. « Pour l’instant, les armes et l’équipement de l’armée du gouver­nement de Tobrouk sont limités. Nous manquons de munitions, mais aussi d’armes lourdes comme des Katioucha ou des Grad (lance-roquettes). Quelques pays amis nous aident, c’est vrai, mais ce soutien reste symbolique, ou réside dans la livraison de munitions pour kalach­nikovs. C’est pourquoi nous deman­dons que l’Onu lève l’embargo sur les armes qui pèse sur notre pays », explique Massoud Abou-Rhouma, ministre de la Défense du gouverne­ment libyen de Tobrouk, reconnu par la communauté internationale. Il regrette que la communauté interna­tionale n’accorde pas la même atten­tion à la Libye qu’à la Syrie ou l’Iraq.

Lors de la session de l’Onu consa­crée à la Libye, le 16 février dernier, le ministre libyen des Affaires étran­gères, Mohamad Al-Daïri, a déclaré que la Libye avait besoin que la com­munauté internationale fasse preuve de détermination dans son aide à renforcer les capacités militaires nationales de la Libye, et que cela implique, en premier lieu, une levée de l’embargo.

« La flotte aérienne de l’armée libyenne est peu importante et de conception ancienne. Bref, elle n’est pas suffisante pour remporter la guerre qu’elle mène contre Daech et les autres milices », estime le général à la retraite Talaat Mosallam.

En effet, une partie de l’armement libyen a été exportée vers les pays voisins et au-delà : Algérie, Mali, Niger, et même Syrie ou Gaza. « La Libye était l’un des pays arabes les mieux fournis en armes. Mais au cours de la révolution libyenne de 2011, l’Otan en a détruit une partie. Et une autre partie s’est retrouvée dans les mains des combattants rebelles ou sur le marché noir », explique Mosallam.

La demande libyenne a été appuyée par l’Egypte, qui a égale­ment demandé des mesures concrètes pour empêcher les milices non gou­vernementales et les autres entités illégitimes ou terroristes d’acquérir des armements, en imposant un blo­cus naval contre les armes envoyées vers des zones que les autorités de Tobrouk ne contrôlent pas. « Il ne faut pas craindre que les armes four­nies au pouvoir libyen ne finissent entre les mains des groupes rebelles. Par exemple, Fajr Libya ou l’Aube libyenne (coalition de milices) ne pourra pas bénéficier de la levée d’embargo. C’est facile de prendre le contrôle de la situation, sous réserve qu’un blocus naval et aérien soit mis en place, afin d’éviter que les milices ne puissent se fournir en armement », reprend le général Talaat Mosallam.

Au lendemain de ses frappes contre les positions du groupe Daech à Derna, Le Caire avait demandé une réunion du Conseil de sécurité et avait appelé à armer les autorités libyennes, reconnues par la commu­nauté internationale, siégeant dans l’est du pays, près de la frontière égyptienne.

Mais plusieurs pays arabes et occi­dentaux plaident pour une solution politique. Les diplomates de l’Onu ne sont pas tous d’accord sur l’inté­rêt d’importer de nouvelles armes dans un pays, déjà très instable. « Ils prétendent que la levée de l’embargo profite aux groupes djihadistes dans le chaos actuel. Ils préfèrent miser sur un règlement politique à la crise. Je pense qu’il s’agit de prétextes pour refuser la proposition égypto-libyenne », affirme Mosallam.

Les divisions au sein du Conseil de sécurité sont nombreuses. Les Russes et les Chinois sont tradition­nellement contre toute ingérence dans les affaires intérieures d’un pays. « Vu ce à quoi ressemble le pays ces jours-ci, nous devons exa­miner de manière prudente la manière d’appliquer cette sugges­tion », a estimé prudemment l’am­bassadeur russe à l’Onu, Vitali Tchourkine.

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