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Au-delà des armes

Hana Afifi, Lundi, 02 février 2015

Les relations égypto-russes passent par un rapprochement, notamment dans le domaine militaire, avec une coopération qui ne s’arrête pas à l’exportation d’armes.

Au -dela des armes
Les ministres russes de la Défense et des Affaires étrangères, lors de leur rencontre avec leurs homologues au Caire, en novembre 2013. (Photos : AP)

« Les relations égypto-russes sont relancées et de façon plus vaste qu’auparavant », affirme l’expert stratégique Major-Général Abdel-Moneim Kato. En effet, un accord militaire préliminaire a été conclu entre l’Egypte et la Russie, en sep­tembre 2014, d’une valeur de 3,5 milliards de dollars, selon l’agence russe Interfax.

La coopération ne s’arrête pas là : elle s’étend vers une offre de moyens de production, en plus de nouveaux types d’armes. Certaines armes inquiètent Israël et Washington, même si la politique étrangère égyp­tienne tient à conserver les relations militaires avec les Etats-Unis. Le directeur du conseil fédéral russe pour la coopération technique mili­taire a précisé, selon Russia Today (Russie aujourd’hui), que l’accord concernait un groupe de systèmes de missiles de défense aérienne, en plus de différents types d’artillerie. En novembre 2013, les ministres russes de la Défense et celui des Affaires étrangères se sont rendus au Caire, marquant la première visite d’un responsable militaire russe en Egypte depuis les années 1970. En février 2014, le président Abdel-Fattah Al-Sissi, alors chef des Forces armées et ministre de la Défense, a visité la Russie.

La coopération militaire avec la Russie n’est pas une nouveauté. Elle date des années 1950. A l’époque, la provenance principale des armes militaires de l’Egypte était l’Union Soviétique. En 1979, avec les accords Camp David et après l’expulsion, par Sadate, des experts militaires sovié­tiques d’Egypte en 1972, le pays s’est tourné vers les Etats-Unis, d’où viennent la plupart des armes égyp­tiennes actuelles, en particulier les chars et l’aviation. « Nous avons encore des armes russes. Celles utili­sées dans la guerre de 1973 fonction­nent encore », précise l’expert straté­gique Major-Général Hossam Soueilam, qui ajoute que 30% des armes russes, possédées par les forces armées égyptiennes, fonction­nent toujours, notamment celles de la défense aérienne. L’accord récent de coopération militaire avec la Russie concerne aussi le développement et la maintenance des armes russes déjà présentes en Egypte.

« Produire des armes »

Un point avantageux de la coopé­ration militaire avec la Russie est le transfert de la technologie de produc­tion. Selon Kato, la coopération mili­taire avec la Russie touche l’indus­trie des armes et la science militaire. « Il faut que l’Egypte possède une technologie d’armement développée qui lui permettra de produire des armes, et la Russie est prête à l’of­frir », annonce-t-il. Il s’agit d’un nouveau domaine de coopération étant donné que l’aide militaire pro­venant des Etats-Unis consistant en 1,3 milliard de dollars par an, porte en partie sur l’envoi d’experts mili­taires en Egypte, pour le suivi des armes et non le transfert du savoir-faire.

Selon Kato, les exercices militaires reprendront également avec la Russie, car l’Egypte « aspire à se procurer des armes plus dévelop­pées, et non traditionnelles ». Il parle d’« outils de guerre électronique, de la technologie d’informations et de satellites », précisant que les Etats-Unis barrent l’accès de ces armes à l’Egypte et les fournissent à Israël.

Un rapport publié en 4 mars 2014, par l’institut Washington et rédigé par David Schenker et Eric Trager, parle ainsi d’armes qui risquent de menacer Israël, surtout des missiles S-300, un type d’arme de défense aérienne, en plus des avions de com­bat Mig et des armes anti-chars Kornet. Le rapport décrit l’exporta­tion vers l’Egypte de telles armes, « controverées » du point de vue de Washington et d’Israël, qui avaient fait pression sur la Russie pour qu’elle ne fournissent pas les S-300 à l’Iran. Schenker et Trager estiment que l’Egypte ne constitue pas la même menace que l’Iran, mais que le transfert de telles armes « dégrade­rait l’avantage qualitatif militaire d’Israël ». Kato se demande pour­quoi il s’agirait là d’une menace, puisque les S-300 ont une fonction défensive.

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