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Yasser Al-Awadi : Il y a deux pouvoirs au Yémen.

Ahmad Eleiba, Mardi, 25 novembre 2014

Yasser Al-Awadi, numéro deux du parti du Congrès Populaire Général (CPG, ancien parti d’Ali Saleh), fait assumer au président Mansour Hadi la responsabilité de la détérioration de la situation.

Yasser Al-Awadi
Yasser Al-Awadi

Al-Ahram Hebdo : Pensez-vous que le Yémen se trouve à un moment crucial de son histoire ?

Yasser Al-Awadi: C’est un moment très important, mais pas tellement décisif pour le Yémen qui est passé par des crises similaires dans le passé. Mais cette fois-ci la situation semble compliquée et on ne connaît jusqu’à présent aucun mécanisme de sortie. Ainsi, notre parti est soucieux de travailler avec les autres forces politiques qui peuvent coopérer avec lui.

— Qui sont ces forces politiques ?

— Sans marginaliser les autres, les principales forces politiques sont le parti du Congrès popu­laire général, le parti des Frères musulmans Al-Islah (la réforme), le parti d’Ansar Allah (les partisans d’Allah) des Houthis, et la quatrième force est le président Abd-Rabbo Mansour Hadi, qui est considéré comme une force en lui-même.

— Croyez-vous que le Yémen ait aujourd’hui plus qu’une tête au pouvoir? Le président Hadi et l’ex-président Saleh ont tous deux un pouvoir fort sur le pays...

— Il y a bien deux têtes au pouvoir dans le pays mais pas tel que vous l’avez mentionné. Le vrai pouvoir est seulement fragmenté entre les Houthis et Mansour Hadi. Quant au président Saleh, il a quitté le pouvoir et est devenu un chef de parti comme Mohamad Al-Yadoumy, le pré­sident de la Réforme, ou Yassin Noaman, celui du Parti socialiste.

— Comment préparez-vous pour l’avenir politique? Les élections par exemple…

— Préparer les élections, c’est exactement ce que nous espérons faire prochainement. Mais, malheureusement, il semble que le parti du Congrès est la seule force qui s’intéresse et tra­vaille sur ce sujet.

— Les autres partis ne s’y intéressent-ils pas ?

— Non. Et c’est regrettable que les autres partis ne cherchent pas à tenir des élections. Au contraire, ils travaillent à contrecarrer le déroule­ment des élections dans le pays, en se basant sur des normes dysfonctionnelles et impopulaires, afin de prolonger la transition. Cet objectif a été clair dans « l’accord de la paix et du partenariat national », signé par le prési­dent Hadi et les Houthis. Les autres factions politiques qui ont signé cet accord n’étaient qu’un simple décor.

— Vous étiez un acteur-clé dans l’initiative du Golfe. Est-ce que le nouvel accord écarte de facto cette initia­tive ?

— Franchement, ce n’est pas cet accord qui a écarté cette initiative mais le pouvoir qui a été à la tête du pays après 2011. Il a été mentionné, conformément à cet accord, que des élections devaient se tenir dans deux ans. Mais elles n’ont jamais eu lieu. Au cours du dialogue natio­nal, les forces politiques n’avaient pas confiance en elles-mêmes et s’efforçaient à prolonger ces deux ans. Et effectivement, le dialogue national a été prolongé d’encore un an (en octobre 2013, ndlr). Ensuite a été conclu l’accord de paix et a eu lieu la prolongation d’encore un an du mandat du président Hadi et du mandat du représentant spécial de l’Onu pour le Yémen, Jamal Benomar. Tout ceci a engendré l’expansion des Houthis de l’est à l’ouest du pays.

— Est-ce que les Houthis ont formé un Etat dans l’Etat ?

— C’est un mouvement. Et chaque mouve­ment a une ambition politique d’accéder au pouvoir. Même les mouvements religieux ont des intérêts politiques, y compris les groupes comme Al-Qaëda. En fait, avant que le président Ali Abdallah Saleh ne cède le pouvoir en 2011, nous avions un Etat. Je ne dis pas que c’était un Etat fort, mais un Etat qui pouvait étendre son hégémonie et avait une perfor­mance acceptable qui se redressait légèrement. La crise de 2011 l’a transformé en Etat faible. Ce qui s’est passé au cours des trois dernières années a augmenté profondé­ment cet état de vulnérabilité. Je n’exclus ni le président Hadi, qui endosse une partie de cette responsabilité, ni le parti de la Réforme ni le Parti socialiste. L’Islah voulait affaiblir le pays, détruire l’ar­mée et l’épuiser pour la rem­placer par ses milices. Le pré­sident Hadi avait aussi ses propres visées. Le Parti socia­liste et le mouvement sudiste croyaient que l’affaiblissement de l’Etat central à Sanaa ren­forcerait leurs pouvoirs dans le sud.

Quant aux Houthis, l’affaiblissement de l’Etat devrait leur permettre de progresser davantage. Je me souviens qu’au coeur de la crise de 2011, quand l’armée était sous l’autorité d’Ali Saleh, elle menait des combats sur plusieurs fronts: elle combattait les Houthis à Soufiane, Al-Malahiz et Saada; et Al-Qaeda et Al-Islah à Arhab et Nahm. L’armée luttait aussi à Taiz et Hadaramout. Ce qui se passe aujourd’hui c’est que les Houthis progressent sans trouver de moindre résistance de l’Etat.

— Comment répondez-vous aux accusa­tions qui disent qu’il y a eu un marché entre vous et les Houthis ?

— Ces accusations sont tout à fait infondées. Ceux qui les lancent veulent faire endosser leurs échecs aux autres. On l’aurait déclaré ouverte­ment si on s’était vraiment allié avec les Houthis. Nous avons déclaré à maintes reprises que nous soutenons la légitimité. Et nous la soutenons jusqu’à présent, même si une partie de sa cou­verture politique commence à s’éroder, et que son cadre constitutionnel a pris terme avec la fin de l’initiative du Golfe.

— Mais n’assumez vous-même aucune res­ponsabilité ?

— Après 2011, on a proposé un plan basé sur deux objectifs principaux. Le premier était de maintenir le Congrès populaire général. Cet objectif a tenu jusqu’à présent. Le second but était d’éviter à tout prix le glissement du pays dans des impasses qui pourraient causer plus de pertes. Malheureusement, cet objectif n’a pas abouti et on n’a pas pu freiner la destruction de l’armée, que ce soit les gardes républicaines ou les autres factions de l’armée.

— Le limogeage du président Hadi de son poste de secrétaire général du CPG était-il un arrangement ou une erreur ?

— Le président Hadi n’a pas été limogé. Ce qui est arrivé est que nous avions besoin d’un secrétaire général pour le CPG. En fait, il y avait un fort mécontentement au sein du CPG du pré­sident Hadi pour deux raisons: sa faible perfor­mance organisationnelle, puisque durant son mandat de deux ans et demi, il n’a dirigé aucune réunion du secrétariat général, et son incapacité à conserver les intérêts nationaux du Yémen.

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