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Deux nouvelles circonscriptions au sud

Amira Samir, Lundi, 17 novembre 2014

Le prochain Parlement devrait accueillir les députés des régions de Nubie et de Halayeb et Chalatine, à l'extrême sud du pays, grâce à la création de deux nouvelles circonscriptions électorales. Ce qui n'est pas sans faire débat.

La Nubie
La Nubie sera une circonscription à part entière, en vertu de la nouvelle loi de découpage électoral. (Photo: Al-Ahram)

La Nubie et Halayeb et Chalatine. Deux nouvelles circonscriptions qui verront le jour lors des prochaines élections législatives organisées avant la fin mars 2015, selon la loi sur la révision des circonscriptions électorales. Halayeb et Chalatine sont situées près de la frontière avec leSoudan. Ce qui n’est pas sans créer des frictions, car les autorités souda­naises ont récemment inclus ce terri­toire, qu’elles estiment comme le leur, pour les élections présidentielle et parlementaires de 2015. Les ten­sions ont aussitôt éclaté entre les deux pays, et Le Caire a promis « de tout faire pour défendre son territoire et sa sécurité nationale ». « L’Egypte a parfaitement choisi le moment de la désignation de Halayeb et Chalatine comme circonscription électorale. Il s’agit d’un message politique aux autorités soudanaises et au monde entier pour dire que cette région est un territoire à 100% égyptien, et que sa population égyptienne doit être représentée dans le futur Parlement », estime le politologue Yousri Al-Azabawi, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Et d’ajouter : « La décision vise à assurer la souve­raineté de l’Egypte sur cette région frontalière très importante pour la sécurité nationale ».

La localité de Halayeb (d’une superficie de 20000 km2), dont Le Caire et Khartoum proclament cha­cun la souveraineté depuis l’indépen­dance du Soudan en 1956, est située le long de la côte de la mer Rouge. Mais l’Egypte n’a pris le contrôle de ce triangle que depuis les années 1990. Si elle semble justifiée sur le plan de la souveraineté, cette décision d’en faire une circonscription a été critiquée, parce que la population de Halayeb et de Chalatine ne dépasse pas les 14000 habitants. « Il est injuste de considérer ces zones très peu peuplées comme une circonscrip­tion égale à une autre de 170000 personnes », explique Safouat Omrane, secrétaire général dudit Front des forces révolutionnaires nationales, en affirmant que cette décision va à l’encontre de la Constitution, qui exige l’équilibre démographique dans la répartition. Pourtant, Ali Abdel-Aal, membre du comité chargé de la redistribution des circonscriptions électorales et profes­seur de droit, explique à Al-Ahram que cette décision est bien « conforme à la Constitution » qui parle d’une représentation « juste de la popula­tion non seulement par son nombre, mais aussi par son emplacement géo­graphique ».

Quant à la nouvelle circonscription de Nubie qui sera incluse sous le nom de « Nasr Al-Nouba et Kom Ombo », elle soulève un autre débat. En 1986, sous la présidence de Moubarak, le siège d’Al-Nouba a été supprimé, et depuis, la région était comprise dans le grand gouvernorat d’Assouan qui ne possédait qu’un seul siège pour le scrutin électoral uninominal et deux autres pour le scrutin de liste. La Nubie n’a même pas été présente dans le premier Parlement élu après la révolution de 2011, dissout plus tard sur décision de justice en juin 2012. Avec la nouvelle circonscrip­tion de « Nasr Al-Nouba et Kom Ombo », pour les Nubiens marginali­sés depuis leur déplacement lors de la construction du Haut-Barrage d’As­souan, « on parle ici de justice géo­graphique, d’une population qui a été pendant longtemps pénalisée quant à ses droits électoraux. Les Nubiens votaient pour les candidats d’Assouan, et les Egyptiens habitants de Halayeb et Chalatine votaient pour les candidats de la mer Rouge. Les deux populations n’avaient pas le droit de nommer leur propre candi­dat », souligne Yousri Al-Azabawi. Mais l’intégration de la Nubie à la circonscription de Kom Ombo prive­rait toujours les Nubiens, dans les faits, d’une représentation parlemen­taire.

Et en comparant la population de ces deux régions et les sièges offerts, certains politologues et anciens dépu­tés comme Abdel-Ghaffar Chokr du parti la Coalition populaire, et Abdallah Al-Moghazi du Wafd, esti­ment que l’introduction de ces nou­velles circonscriptions est anticonsti­tutionnelle et pourrait amener à la contestation de la légalité du futur Parlement .

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