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Quelles retombées pour Damas  ?

Hugo Schmitt, Lundi, 29 septembre 2014

L’intervention sur le territoire syrien contre Daech, bien que pour l’instant aérienne, soulève un certain nombre d’interrogations quant à son impact direct sur le régime de Damas.

La coalition de guerre menée par les Etats-Unis a annoncé samedi 27 septembre avoir bombardé pour la première fois la province de Homs, dans le centre de la Syrie, pays où les opérations sont désormais effectuées « presque en continu », selon une source américaine parlant à l’AFP sous couvert de l’anonymat en marge des réunions de l’Onu. Les Etats-Unis, qui ont déjà mené plus de 200 frappes, ont commencé le 8 août à bombarder les positions de l’Etat islamique en Iraq et lancé un mois plus tard une coalition d’une cinquantaine de nations (sans Damas, Téhéran et Moscou), élargissant les opérations à la Syrie le 23 septembre avec cinq alliés arabes (Jordanie, Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Bahreïn, Qatar).

Le début d’une série d’interventions sur le territoire syrien, bien que pour l’instant uniquement par la voie des airs, soulève un certain nombre d’interrogations quant à leur impact direct sur le régime de Damas et son contrôle du territoire. La crainte principale, en « éradiquant » l’EIIL, pour reprendre le terme employé par Barack Obama, étant de laisser le champ libre aux forces de Bachar Al-Assad pour reprendre la main face à l’opposition.

Force est de constater que le bombardement des positions de Daech par la coalition avantage Damas et conduit à une coopération de fait, bien que niée par Washington, face à un ennemi commun. Les Etats-Unis démentent bien avoir demandé la permission au régime syrien pour bombarder leur territoire, mais admettent en avoir « informé directement » Damas par le biais de l’Onu. « Les frappes contre l’Iraq ont débuté suite à l’adoption d’une résolution du Conseil de sécurité et s’inscrivent donc dans un cadre onusien », rappelle Jean Marcou, directeur des relations internationales à Sciences Po Grenoble. Joint par téléphone, il explique pourtant que « l’extension des frappes de l’Iraq à la Syrie ne repose pour l’instant sur aucune légalité. La notification de la Syrie par les Etats-Unis a pour but de donner à l’intervention une première base juridique ». Pour autant, « il n’y a pas de rapprochement politique entre Damas et Washington, bien qu’on puisse tout de même admettre qu’ils ont des intérêts convergentssur ce dossier». « Damas veut se positionner comme seul gouvernement légitime en Syrie et Bachar veut montrer qu’il lutte contre le terrorisme au même titre que la communauté internationale », poursuit Marcou.

Le régime de Bachar Al-Assad, qui avait lui-même échappé de justesse l’année dernière à des bombardements américains contre ses positions, s’est félicité, par l’intermédiaire de la télévision d’Etat, du début des opérations aériennes sur son territoire. Le président a salué toute tentative de la coalition de « lutter contre le terrorisme » de Daech.

A court terme, il est vrai que le risque pour la coalition de contribuer à une reprise en main du pays par le régime syrien est réel. Toujours selon Jean Marcou, « l’un des problèmes des bombardements initiés en Syrie est de savoir quelles seront les conséquences d’une guerre contre Daech. Elles peuvent ne pas seulement être bénéfiques à l’écrasement ou à l’affaiblissement de ce mouvement, mais aussi contribuer au renforcement d’autres protagonistes », comme le régime de Bachar Al-Assad ou d’autres mouvements tels qu’Al- Nosra.

Ce risque est d’ailleurs la raison pour laquelle un certain nombre de pays ayant pris part à la coalition en Iraq, comme la France, ne souhaitent pas pour le moment étendre leur intervention à la Syrie et se contentent de continuer à entraîner ces rebelles syriens « modérés ».

Départ du président Assad

« Nous ne sommes pas du même côté qu’Assad. Il est même l’aimant qui a attiré des combattants étrangers de dizaines de pays », déclarait d’ailleurs le chef de la diplomatie américaine, John Kerry, le 26 septembre, comme pour rappeler une fois pour toutes que le lancement de la campagne de bombardement des positions de l’EIIL en Syrie ne devait pas faire oublier la lutte contre le régime de Damas et le départ souhaité du président Assad.

Des diplomates américains ont réaffirmé au courant de la semaine que les Etats-Unis combattaient le groupe terroriste mais aussi le régime syrien, en optant pour une « voie alternative » : entraîner et équiper les rebelles syriens modérés qui doivent faire face sur le terrain à deux ennemis. Les Etats-Unis ont ainsi annoncé entraîner actuellement 5 000 rebelles dans des camps fournis par l’Arabie saoudite, bien qu’ils aient admis ces derniers jours qu’une prise du pouvoir par ces rebelles nécessiterait qu’ils soient au nombre de 12 000 à 15000 pour faire face à la multiplication des fronts.

« L’opposition modérée a énormément de mal à avoir le contrôle des forces sur le terrain, et ce, depuis le début de la guerre civile. L’ASL (Armée Syrienne Libre, ndlr) ne pèse plus très lourd face aux mouvements islamistes radicaux. Bénéficiera-t-elle réellement de l’affaiblissement de Daech? C’est une question qui est particulièrement périlleuse », rappelle enfin M. Marcou.

Une chose est sûre, avec la lutte enclenchée contre son plus sérieux ennemi, l’Etat islamique, les jours du régime de Bachar ne sont définitivement pas comptés.

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