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Entre divorce et élection

Héba Nasreddine, Mardi, 06 novembre 2012

L'Eglise s'est dotée d'un nouveau pape alors qu'un débat agite la communauté sur la question du divorce comme sur les modalités d'élection du patriarche.

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L'application du règlement 38 va mettre un terme au malheur dont souffrent un bon nombre de coptes.

Le divorce et le remariage, strictement interdits par l’Eglise copte orthodoxe, sont à nouveau au centre du débat pour les coptes qui espèrent voir des changements avec l’investiture du nouveau pape Tawadros. Le débat est centré sur l’application dudit règlement de 1938, seule référence organisant le statut personnel des chrétiens. Adopté par le Conseil communautaire de l’Eglise copte, ce texte autorise le divorce dans une dizaine de cas, dont l’adultère, le changement de culte ou de confession, l’atteinte par une maladie contagieuse de l’un des époux, l’emprisonnement de l’un des époux, l’homosexualité, l’absence de l’un des époux pour une durée supérieure à 5 ans et l’agression physique sur l’épouse. Une législation appliquée par l’Eglise sous le pape Kirollos VI, (1958-1970) puis rejetée par son successeur, le pape Chénouda III, du fait que ces dispositions n’étaient pas « toutes conformes aux consignes de l’Evangile ». En 2008, des amendements avaient été apportés au texte, limitant le divorce au cas de conversion à une autre religion et à « l’adultère prouvé », et n’accordant le remariage qu’à la victime. C’est cette « intransigeance » de l’Eglise qui expliquerait, selon les analystes, les nombreux cas de changement de confession, procédure qui coûte une quarantaine de milliers de L.E.

En mai 2010, la Haute Cour administrative, dont les jugements sont irrévocables, a ordonné à l’Eglise d’autoriser ses fidèles divorcés par les tribunaux à se remarier, suite à un procès intenté par un copte, Hani Wasfi, qui souhaitait se remarier. « Conformément à la loi, un chrétien peut se remarier et la Constitution lui garantit le droit de fonder une famille », tel était le jugement qui a été considéré alors comme une ingérence dans les affaires religieuses et a été rejeté par les autorités coptes qui affirmaient au contraire que « l’Eglise respecte la loi, mais ne peut accepter que des décisions conformes à la Bible et aux lois de l’Eglise selon lesquelles l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni ».

Levée de bouclier

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Plusieurs objections sont formulées à l'encontre du règlement 1957.
Suite à la révolution du 25 janvier, des mouvements se sont organisés pour défendre cette cause, dont ladite « Ligue des coptes de 38 », les « Victimes du statut personnel » et le mouvement du « Droit de vivre ». Des sit-in et des manifestations ont été organisés devant le ministère de la Justice et le bureau du Conseil clérical pour abolir les restrictions imposées par l’Eglise. Des demandes ont été présentées au président de l’Assemblée du peuple, au Conseil militaire qui gérait la transition et au nouveau président Mohamad Morsi. « Nous voulons que le règlement de 38 soit rétabli sans aucun amendement, et réclamons qu’il n’y ait aucune référence dans la nouvelle Constitution sur le droit des non-musulmans de recourir à l’arbitrage de leur propre confession dans les questions de statut personnel », explique Nader Al-Sérafi, porte-parole de la Ligue des coptes de 38. Les chrétiens souhaiteraient en définitive profiter du même statut de divorce que les musulmans. C’est ce qu’il a affirmé lors de sa réunion la semaine dernière avec le patriarche par intérim Pakhomios et le représentant de l’Eglise à la constituante, Edward Ghaleb : « Il faut mettre un terme au malheur dont souffrent un bon nombre de fidèles ». Pakhomios s’est engagé à examiner les propositions et à présenter un rapport au nouveau pape.

L’élu du peuple

L’élection du pape, elle-même, fait débat avec un nombre accru de demandes de modification du règlement régissant la candidature comme les élections du patriarche de l’Eglise copte. Promulgué en 1957, ce règlement fixe les conditions d’éligibilité des candidats, les modalités de constitution du collège électoral ainsi que les étapes du processus électoral et du tirage au sort final. Toutefois, plusieurs objections ont été formulées à l’encontre de ce règlement qui comprend des « mécanismes hérités de l’Etat nassérien et qui ne conviennent plus au temps présent », selon ses opposants. Ces objections sont portées tant par le Courant des coptes laïques, que par un certain nombre d’évêques. « Il s’agit d’un lot de textes lacunaires et stériles », dénonce l’évêque Ghobrial, de Béni-Soueif, dont la candidature au trône patriarcal a été rejetée. Même son de cloche chez le patriarche par intérim Pakhomios, qui a dévoilé son désaccord mais s’est dit obligé de tenir les élections sans modification du règlement, « afin de ne pas donner l’impression qu’un règlement sur mesure était en préparation pour favoriser telle ou telle personne ». Selon le règlement, la candidature se limite à tout évêque ou prêtre, célibataire, âgé au moins de 40 ans, ayant vécu au moins 15 ans dans un monastère et obtenu la recommandation de sept évêques. Le choix du pape n’est pas effectué directement parmi les évêques comme c’est le cas au Vatican, et ce n’est pas non plus un choix populaire général auquel participe toute la population copte. Les électeurs doivent satisfaire plusieurs exigences. Tous doivent être âgés de plus de 35 ans, avoir un diplôme universitaire supérieur ou un poste au gouvernement. Parmi eux figurent des délégués des diocèses, des politiciens, des savants et des journalistes membres du syndicat et qui travaillent exclusivement dans des publications gouvernementales quotidiennes, selon l’article 9 du règlement qui exclut les hebdomadaires et les mensuels. Ce sont donc environ 2 500 électeurs qui sélectionnent trois finalistes. « C’est un texte basé sur la discrimination et la non-égalité entre les coptes. C’est un texte inconstitutionnel », estime Kamal Zakher, coordinateur du Courant des laïcs. Après la sélection, on procède à un tirage au sort dans lequel l’Eglise copte voit l’expression du « choix de Dieu ». « Ce mode d’élection est unique en son genre et remonte à plus d’une soixantaine d’années. Mais même si les procédures concernent un poste religieux si important, il faut que le peuple participe au choix de son pasteur », souligne Zakher, qui lutte depuis la fin des années 1980 pour la réforme de l’Eglise.

Pendant les 40 ans de son exercice, le pape Chénouda III n’a jamais touché au règlement, en dépit des volontés manifestes. Mais l’Eglise a obtenu l’approbation signée des trois finalistes qui viennent de concourir pour procéder à son amendement après les élections.

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