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Des pertes en chaînes

Aliaa Al-Korachi, Lundi, 25 août 2014

Les secteurs industriels et commerciaux subissent de plein de fouet les effets de la crise énergétique.

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Les pertes des usines de fer sont évaluées à 800  000 L.E. par jour. (Photo : Al-Ahram)

Les coupures intempestives d’électricité perturbent les activités économiques, tout en jetant leurs ombres sur le développement économique du pays. Les chiffres officiels font toujours défaut. Mais selon des économistes, le secteur industriel, qui utilise 42% de l’énergie, a perdu 15% de sa capacité de production. Quant aux commerces, le pouvoir d’achat a chuté de 35%.

En terme économique, une perturbation du courant n’est pas anodine pour les usines, comme l'explique Omar Al-Shenety, analyste économique. Ces usines pourraient endosser des coûts liés aux pertes de production, au remplacement ou à la réparation des machines endommagées, aux pertes de matières premières, au non-engagement de contrats avec des clients et aux salaires de la main-d’oeuvre pendant les arrêts du travail. « Ces pannes continuelles du courant auront certes des répercussions négatives sur le PIB. Une fois que les rapports annuels de la Banque Centrale et de l’Organisme des statistiques verront le jour, il sera facile de chiffrer les pertes économiques de la coupure de l’électricité en se basant sur le taux de croissance », dit Shenety.

Du fer au pain

En fait, la baisse de production a touché quasiment tous les secteurs. L’industrie métallurgique a subi le coût le plus élevé puisque selon Mohamad Hanafi, directeur exécutif de la Chambre de la métallurgie au sein de l’Union des industries, l’électricité est un composant dans la fabrication des matières de ce secteur et non pas seulement un mécanisme de fonctionnement des machines. Hanafi dévoile que les pertes des usines de fer et d’acier sont estimées à 800000 L.E. par jour, outre le gaspillage d’environ 160 tonnes de fer qui se trouvent dans les fours lors de la coupure d’électricité. Les usines d’aluminium perdent également en productivité. Une perte évaluée à 650000 L.E. par jour. « Il est vrai que le nombres des coupures de courant par jour a diminué cette semaine, mais l’interruption dure plus longtemps, de 6 à 10 heures par jour. Depuis seulement 2 mois, le ministère d’Electricité a commencé à avertir les usines de fer, une heure avant la coupure, mais sans pour autant les informer sur la durée de la coupure », souligne-t-il. Et d’ajouter: « Le calcul du gouvernement est que la réduction de l’électricité pour une seule usine de fer pourrait être équivalante à la consommation de tout un quartier résidentiel ».

La chaîne de la vente des produits alimentaires est un autre secteur touché au coeur par les coupures de courant. Et ceci est dû, comme l’explique Ahmad Al-Wakil, président des Chambres du commerce, à ce que la coupure d’électricité pourrait endommager de nombreux produits qui ont besoin d’un haut degré de congélation, telles les viandes et les légumes surgelées. Les boulangeries se trouvent aussi face à une crise majeure, avec une perte quotidienne pour chaque boulangerie estimée à 1000 galettes. Les pâtes à pain sont souvent avariées, à cause de la haute température.

La compétitivité compromise

La coupure incessante du courant va affecter, sur le long terme, le degré de la compétitivité du produit égyptien sur le marché mondial, comme avertit Khaled Aboul-Makarem, membre du Conseil de l’exportation pour les industries chimiques. Il avance ici l’exemple de l’industrie du plastique, qui a gagné au cours des dernières années une bonne réputation à l’étranger, et dont les exportations ont atteint les 7 milliards de L.E. au début de cette année, soit le double par rapport à l’année précédente. « Le problème devient aujourd’hui incontrôlable, notamment pour les petites et moyennes usines, évaluées à 1000 usines, et qui se trouvent au milieu des zones urbaines. 50% de ces usines sont exposées à des pertesquipourraient atteindre de 7% à 15% de productivité par jour, menant aussi parfois à la fabrication d’un produit défectueux, de second choix ». Une situation qui peut empêcher ces usines de remplir leurs engagementspour les contrats signés.

La solution, comme l’avance Farag Abdel-Fattah, professeur d’économie à l’Université du Caire, est de donner une priorité au développement économique et d’exclure les usines et zones industrielles de la coupure électrique, comme il s’est passé avec la ville de Mahalla Al-Kobra. Le gouvernement vient d’écarter cette ville ouvrière de la carte de la coupure du courant, pour « son caractère particulier, en tant que ville industrielle et commerciale ». Un grand nombre d’usines dans cette ville, subissant d’énormes pertes, ont été obligées defermer mettant leurs ouvriers à la porte. Cette récente décision du gouvernement a changé la vie dans cette ville. Les préparatifs pour un énorme sit-in se sont transformés en marches de soutien au gouvernement.

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