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Al-Sissi président

Samar Al-Gamal, Mardi, 03 juin 2014

Le véritable enjeu de la présidentielle était le taux de participation. Malgré les mesures de dernières minutes, les espoirs du camp Sissi n’ont pas tous été atteints.

Al-Sissi presdient

« Où est le peuple ? ». Ainsi réagissaient les médias le premier jour de l’élection. Les bureaux de vote sont presque déserts et l’affluence est faible. Le lendemain, le gouvernement décide de faire du 2e jour de l’élection un jour férié, espérant pousser les abstentionnistes à changer d’avis. Il est aussi question d’imposer une amende de 500 L.E. aux personnes qui n’accomplissent pas leur devoir de voter.

Entretemps, la commission électorale qui avait prolongé les horaires d’ouverture des bureaux de vote décide de prolonger le scrutin pour une 3e journée. La raison: la chaleur aurait poussé les Egyptiens à bouder les urnes.

Les autorités ont pesé de tout leur poids pour renforcer la participation. Selon un papier de l’agence de presse américaine AP, le gouvernement s’est surtout mobilisé dans les provinces, où la participation était faible. « Le premier ministre a tenu une conférence-vidéo avec les gouverneurs et les responsables policiers et militaires dans plusieurs provinces, leur disant de faire sortir les électeurs, selon trois fonctionnaires ayant eu connaissance de cette conférence », écrit AP.

Chercher les voix

« Les gens doivent sortir. Ceci ne suffit pas ! », aurait lancé le premier ministre Ibrahim Mahlab, lors de la conférence, selon l’un des responsables participant à la conférence.

L’élection à la présidence de l’ancien chef de l’armée ne faisait aucun doute. Seul le taux de participation était le véritable enjeux de ce scrutin. Selon les chiffres, environ 47% des 54 millions des Egyptiens, soit plus de 25 millions, se sont rendus aux urnes. Les médias parlaient de quelque 18 millions au terme du deuxième jour.

Le maréchal voulait une participation massive qui dépasserait les 52% obtenus lors de la présidentielle de 2012, ayant opposé Ahmad Chafiq au président aujourd’hui évincé, Mohamad Morsi.

Un journaliste proche du maréchal-candidat parlait d’une autre légitimité. « Sissi veut obtenir plus de voix que le Oui au référendum sur la Constitution de janvier 2014 », annonçait Yasser Rizq au premier jour du scrutin. Sissi lui-même avait placé la barre assez haut en affirmant dans une interview, qu’il voulait voir les trois quarts des 54 millions d’électeurs voter, pour qu’il puisse le « montrer au monde ». Sissi l’a finalement remporté avec une victoire écrasante d’environ 97%.

Sabahi conteste les chiffres

Hamdine Sabahi, qui a vite reconnu sa défaite, a pourtant contesté ce taux de participation. Ce chiffre n’était pas crédible et constituait une « insulte à l’intelligence des Egyptiens », a-t-il annoncé dans une conférence de presse.

L’avocat de sa campagne a officiellement contesté ce chiffre auprès de la commission. « Nos témoignages et estimations récoltés ne confirment en aucun cas ce chiffre, a précisé l’avocat Tareq Neguida à l’Hebdo. Avec ces 25 millions annoncés, nous aurions dû voir des queues ininterrompues ». Selon lui, la campagne de Sabahi estime le nombre de votants à 18 millions, « certainement pas plus ».

La commission a, dimanche soir, révoqué toutes les plaintes avancées par Hamdine. Le spécialiste des sondages au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, Sobhi Esseila, explique que les mêmes doutes sur le taux de participation avaient surgi lors du référendum de 2014. Il justifie cette impression de vide par l’augmentation du nombre des bureaux de vote.

Pourtant, ces bureaux n’ont augmenté que de 800 par rapport à 2012, alors que le nombre des électeurs est passé de 51 millions à 54 millions. Esseila croit que « cette contestation est injustifiée, d’autant plus que c’est la même commission électorale qui dirige les scrutins depuis la révolution ».

« C’est la confiance dans le régime en place qui détermine l’acceptation ou non des chiffres qu’elle annonce », pondère le professeur de sciences politiques Ahmad Abd-Rabbo. Selon lui, il est inutile d’entrer dans un débat autour du chiffre, d’autant plus qu’une fraude est impossible à prouver. « L’abstention des Egyptiens était claire et s’est confirmée par la confusion du gouvernement et par une décision politique de la commission de prolonger le scrutin », ajoute-t-il. Les partisans et les adversaires du maréchal s’accordent à dire que cette décision a entaché le processus électoral. « Le nombre de vote obtenu le 3e jour ne compense pas les dommages politiques engendrés par cette décision », poursuit le professeur.

Réserves

De quoi soulever des réserves des observateurs internationaux. Le chef de la mission d’observation de l’Union européenne, Mario David, a déclaré que le choix a été effectué dans le cadre de la loi. Mais un haut responsable de la mission, Robert Goebbels, a précisé qu’un taux de participation élevé n’est pas nécessairement la preuve d’élections démocratiques. « La participation dans les Etats totalitaires comme la Corée du Nord, dans lesquels il y a un seul candidat, fonctionne aussi avec 99,9 % », a-t-il dit.

Le président par intérim Adly Mansour a déclaré jeudi 29 que le taux de participation dévoile « un large consensus ». Pourtant, Ahmad Abd-Rabbo appelle le régime à lire le message de ce scrutin. Il attire l’attention sur le nombre de vote blancs et nuls qui a franchi le seuil d’un million, à côté des abstentionnistes (54%), dont la majorité se trouve parmi les jeunes.

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