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Hamas-Fatah: retour au point mort

Chaïmaa Abdel-Hamid, Lundi, 10 mars 2014

Une décision de justice interdisant temporairement toute activité du Hamas sur le sol égyptien reporte sine die toute réconciliation entre le Fatah et le Hamas sous le parrainage du Caire.

Le processus de réconciliation interpalestinienne
Le processus de réconciliation interpalestinienne, géré par l'Egypte, n'a réalisé le moindre progrès depuis son lancement. Reuters

L’Egypte n’est plus un parti neutre (…) nous ne sommes pas rassurés quant à son impartialité dans la réconciliation alors qu’elle s’oppose à un des deux camps en conflit », déclare Marwan AbuRas, député palestinien affilié au Hamas. « L’Egypte a perdu son rôle de gestionnaire de la réconciliation palestinienne », confirme Mahmoud Al-Zahar, membre du bureau politique du Hamas. Ce sont là les déclarations lancées par des dirigeants du Hamas dénonçant la décision de la justice égyptienne proscrivant l’organisation sur son territoire.

Depuis que le Hamas a pris le contrôle de la bande de Gaza en 2007, l’Egypte gère le dossier de la réconciliation pour tenter de régler les litiges entre le mouvement à Gaza et le Fatah à Ramallah, chacun ayant son propre gouvernement. Le Caire semble partager le même constat. Ainsi, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Nabil Fahmi, a souligné avoir des doutes qu’une réconciliation proche intervienne car les choses se compliquent, précisant que « la question n’est pas la position de l’Egypte vis-à-vis du Hamas mais la situation instable en Palestine, surtout que le camp hamsawi n’est pas enthousiaste pour réaliser cette réconciliation ».

Selon les spécialistes de la question palestinienne, même si un probable gel est attendu, sur le fond la décision de la cour égyptienne n’aura pas de réelles répercussions sur le processus de réconciliation interpalestinienne car celui-ci n’a quasiment pas réalisé de progrès depuis son lancement. « Ni le Fatah, ni le Hamas n’ont jusque-là fait preuve de réelles tentatives pour le succès de cette réconciliation. Tous les deux utilisent le prétexte de l’absence de réconciliation en cas de pressions internationales sur eux », explique Mohamad Gomaa, spécialiste des affaires palestiniennes au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.

Selon lui, le Hamas passe par les moments les plus difficiles de son histoire surtout avec la chute des Frères musulmans qui étaient l’un de ses principaux alliés régionaux et sur lesquels il comptait pour renforcer son pouvoir en Palestine. Les attaques quasi quotidiennes de l’armée égyptienne contre les tunnels entre le Sinaï et la bande de Gaza viennent accentuer cette faiblesse du Hamas. Les destructions accélérées des tunnels ont eu des conséquences sur le Hamas qui s’est retrouvé contraint de couper dans les salaires des fonctionnaires et d’imaginer de nouvelles taxes.

Ainsi et contrairement à ce que pensent certains, cette décision peut être une carte de pression sur le Hamas pour faire avancer le processus de la réconciliation. « Le Hamas commence à perdre toutes ses cartes maîtresses. Soit il poursuit son entêtement et reste isolé, soit il accepte de faire quelques concessions pour soi-disant faire avancer cette réconciliation. La décision égyptienne pousse dans cette direction », précise Gomaa, surtout qu’une nouvelle médiation régionale serait actuellement difficile. « En termes de réconciliation, l’Egypte est irremplaçable, même si aucun réel progrès n’a été réalisé. Personne ne voudrait s’impliquer dans une réconciliation absurde », explique le politologue Tareq Fahmi, du Centre des études du Moyen-Orient.

Le Fatah n’affiche aucun enthousiasme. Soutenu aujourd’hui par le pouvoir actuel, le mouvement fondé par Yasser Arafat ne veut pas mener plus d’efforts dans le processus de réconciliation. « Le Fatah joue au jeu du Hamas sous Morsi. Confiant que l’Egypte, depuis le 30 juin 2013, fait la guerre aux Frères musulmans, dont le Hamas est une branche, le Fatah ne cherche pas à faire des concessions au Hamas pour arriver à une entente. Et ce sentiment a été renforcé avec la dernière décision de la cour égyptienne », souligne Fahmi. Ce qui explique d’ailleurs pourquoi le Fatah s’attache à l’Egypte en tant que seul médiateur de la réconciliation.

Premier succès diplomatique

Pendant des années, l’Egypte a fait savoir qu’elle déployait des efforts pour tenter de régler les litiges entre le Hamas et le Fatah. Or, le premier succès diplomatique de cette médiation n’est intervenu qu’après la révolution du 25 janvier 2011, soit après 4 ans de division palestinienne.

Le Conseil militaire, qui gérait le pays, a voulu faire d’une pierre deux coups: acquérir de la crédibilité aux yeux des Egyptiens en soulignant l’importance du rôle régional de l’Egypte et l’indépendance de sa décision, et assurer la sécurité à la frontière avec la bande de Gaza. Il a réussi à conclure un accord entre les deux parties, signé en mai 2011 et à alléger le blocus sur Gaza, en rouvrant le terminal de Rafah, développant ainsi l’accord que Moubarak n’était pas parvenu à conclure depuis 2007.

Ce dernier a en vain organisé des discussions directes et plusieurs rencontres avec les deux factions. Un plan de dialogue national présenté en 2008 basé sur la tenue d’élections, une restructuration des services de sécurité et un pacte d’honneur intérieur palestinien n’ont pas non plus été fructueux à cause du désaccord profond sur les problèmes-clés et de la politique partisane adoptée par Moubarak. « Il n’avait aucun intérêt à mettre le Hamas sur un pied d’égalité avec le Fatah, vu sa filiation idéologique avec les Frères musulmans qui menacent son pouvoir. D’ailleurs, il n’était pas pressé de parvenir à une réconciliation qu’Israël ne voulait pas », souligne Gomaa. Sa décision de fermer le terminal de Rafah, qui a aggravé le blocus sur Gaza imposé par Israël, a poussé le Hamas à considérer l’Egypte plutôt comme adversaire qu’un médiateur.

La situation s’est inversée sous Mohamad Morsi qui, à l’instar de Moubarak, a accordé beaucoup d’intérêt à la question palestinienne. Avec la différence que Morsi penchait plus vers le Hamas. Il a mené un dialogue avec chaque faction séparément pour évoquer l’accord de 2011 jamais mis en oeuvre. Pourtant, aucun signe de progrès n’a réellement été enregistré.

Pour Fahmi, la réconciliation est au point mort et l’Egypte n’entamera aucune initiative. Le Hamas doit absolument se débarrasser de certaines figures radicales de son mouvement, qui entravent réellement ce processus.

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