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Le Caire aux prises avec ses voisins

Amira Samir, Lundi, 03 février 2014

Depuis la destitution du président Morsi en juillet dernier, l'Egypte entretient des relations tendues avec certains pays de la région, comme la Turquie, la Tunisie et le Qatar.

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Le régime actuel a tout fait pour éviter l’isolement diplomatique et convaincre le monde que le 30 juin 2013 était une révolution. Pourtant, l’Egypte a connu un recul de son influence diplomatique sur le plan régional et international. Certains pays sont persuadés que le 3 juillet, avec la destitution de Morsi, était un changement inconstitutionnel ou un « coup d’Etat », et à chaque fois qu’une telle idée est formulée, Le Caire affirme qu’il ne permettra à aucune partie étrangère de s’immiscer dans ses affaires intérieures.

Un revers diplomatique que les nouveaux responsables égyptiens tentent de minimiser, est celui de la dégradation des relations avec la Turquie. Le 23 novembre, le pouvoir en place a expulsé l’ambassadeur de Turquie en réponse aux déclarations du premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, qui a dénoncé le « renversement par l’armée du président élu ».

Erdogan, dont le pays entretenait des relations étroites avec les Frères musulmans, a également déclaré qu’il n’avait « aucun respect pour ceux qui arrivent au pouvoir par un coup d’Etat ». Le ministère des Affaires étrangères a réagi en condamnant « une ingérence inacceptable dans les affaires internes », et accusant Ankara de soutenir les « terroristes ».

En réplique, la Turquie a déclaré l’ambassadeur égyptien persona non grata. Les relations ont ainsi été réduites au minimum. « L’Egypte n’est pas dans un isolement international, mais ses relations diplomatiques avec certains pays sont un peu tendues. Et puis, c’est l’Egypte qui a décidé, à tort ou à raison, de rompre les relations avec ces pays et non pas le contraire », estime Yousri Al-Azabawi, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Le président turc, Abdullah Gül, a tenté de faire baisser la tension en affirmant espérer que les relations reviendront à la normale. « L’essentiel est que les relations économiques ne soient pas touchées », explique Azabawi.

Les relations de l’Egypte avec les pays arabes ne sont pas au beau fixe, à l’exception de l’Arabie saoudite, des Emirats arabes unis et du Koweït. Les relations avec un pays comme le Qatar sont aujourd’hui glaciales. Doha, qui avait massivement investi en Egypte, a apporté un soutien économique et diplomatique de masse aux Frères musulmans.

La chaîne Al-Jazeera, instrument majeur de la diplomatie qatari, est désormais considérée au Caire comme un organe de propagande de la confrérie. En effet, Al-Jazeera a joué un rôle moteur dans les mobilisations qui ont jalonné le Printemps arabe. Mais, après le 3 juillet, la couverture des événements en Egypte a maintenu une ligne de soutien active aux pro-Morsi. En septembre, l’Egypte a pris ses distances avec le Qatar en restituant 2 milliards de dollars que Doha avait déposés auprès de la Banque Centrale. Une réaction qui sonne le glas des relations entre les deux pays. Reflet de cette tension croissante : la justice égyptienne a accusé 20 journalistes et correspondants de la chaîne qatari, dont 4 étrangers, d’avoir diffusé de fausses informations, d’appartenance à une « organisation terroriste » et d’avoir porté atteinte à l’unité nationale et la paix sociale. En plus, les 4 étrangers (2 Britanniques, un Australien et un Néerlandais) sont accusés « d’avoir fourni aux Egyptiens de l’argent, des équipements et des informations, et d’avoir diffusé de fausses nouvelles visant à informer le monde extérieur que le pays était en guerre civile ».

Refuge aux Frères

La tension est telle entre les deux pays que le ministère égyptien des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur du Qatar. Aujourd’hui, l’Egypte semble ne pas exclure de rupture des relations diplomatiques avec ce pays qui donne refuge aux Frères musulmans.

L’Egypte est aussi en froid avec la Tunisie après que le président tunisien, Moncef Marzouki, eut appelé à la libération de Morsi et ses partisans. Le Caire a rappelé son ambassadeur à Tunis, surtout que les déclarations de Marzouki ont été faites à la tribune de l’Assemblée générale des Nations-Unies. Les autorités égyptiennes continuent à percevoir ces propos comme « une ingérence ». En fait, le président tunisien avait fait les mêmes déclarations deux mois plus tôt, mais l’Egypte n’avait pas fait de commentaire.

L’Egypte est au seuil d’une rupture diplomatique avec ses voisins. Le Caire a rompu ses relations diplomatiques avec les Palestiniens de Gaza et a accusé le Hamas d’être derrière les attentats terroristes qui ont secoué le Sinaï. « L’Egypte est isolée depuis le 30 juin. Le soutien du Gofle était primordial. Néanmoins, la crise se dénouera prochainement », explique Ziad Bahaeddine, ex-ministre de la Coopération internationale et ex-vice-premier ministre qui vient juste de démissionner.

Mais selon certains experts, le soutien financier de l’Arabie saoudite, du Koweït et des Emirats arabes unis ne peut pas combler les pertes d’une économie égyptienne au bord de la noyade.

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