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Des négociations à vau-l’eau

Chaïmaa Abdel-Hamid, Mardi, 24 décembre 2013

Parrainées par le secrétaire d'Etat, John Kerry, les négociations israélo-palestiniennes n'ont réalisé que très peu d'avancées depuis leur lancement en juillet dernier. Israël ne veut pas faire de concessions et la Ligue arabe joue aux spectateurs.

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Réunion extraordinaire à la Ligue arabe à la demande de Mahmoud Abbas. (Photo : Reuters)

Presque dix visites en moins d’un an. C’est le total des allers-retours effectués par John Kerry dans les territoires palestiniens dans le cadre d’un plan en vertu duquel les deux camps palestinien et israélien devraient parvenir à un accord de paix au printemps 2014.

Avec ce plan américain, la question palestinienne est revenue de nouveau au coeur de la Ligue arabe avec une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères, samedi dernier au Caire, à la demande du chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Au cours de cette rencontre, Abbas a discuté avec les ministres arabes du plan présenté par le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, surtout que plusieurs instances palestiniennes, telles que l’Organisation de libération de la Palestine, le Fatah et Mahmoud Abbas lui-même viennent de déclarer, durant le mois en cours, leur refus de négocier avec l’Etat d’Israël sur la base du document présenté par John Kerry « qui ne fait aucune référence à la colonisation ou aux frontières de 1967 ». Cet accord-cadre concerne les principaux points de contentieux entre Palestiniens et Israéliens qui devraient être réglés avant la signature d’un accord de paix final, à savoir « les frontières, le pourcentage d’échanges de territoire, les arrangements de sécurité, le statut de Jérusalem et les réfugiés ».

La Ligue arabe a, pour sa part, souligné dans un communiqué « son attachement aux constantes relatives à la cause palestinienne, et à leur tête l’établissement d’un Etat palestinien indépendant avec Jérusalem-Est comme capitale, la cessation des agressions israéliennes à l’encontre des symboles religieux, la colonisation, ainsi que la libération des détenus palestiniens ».

L’ambassadeur Mohamad Sobeih, secrétaire adjoint de la Ligue arabe chargé de la Palestine, affirme : « Nous avons souligné lors de cette rencontre les revendications palestiniennes qui vont de pair avec l’initiative de paix arabe ». Et d’ajouter : « Mais on doit aussi attendre avant de juger des intentions des Américains, de voir à quoi va ressembler l’accord-cadre final qui sera présenté par Kerry ». L’ambassadeur a aussi affirmé que cette réunion extraordinaire a été une occasion pour réaffirmer le soutien arabe aux efforts du secrétaire d’Etat américain, John Kerry, pour réussir le processus des négociations israélo-palestiniennes, mais aussi pour dénoncer les manoeuvres désespérées de l’Etat hébreu pour perturber les négociations.

Un plan sans échos

En effet, bien que plus de la moitié du délai fixé pour achever les négociations se soit déjà écoulée, il n’y a jusqu’à présent aucun signe de progrès tangible. D’un côté comme de l’autre, c’est un profond scepticisme qui s’installe quant à la possibilité de respecter l’échéance établie. Les deux parties avaient accepter, sous la pression d’Obama, de reprendre les négociations de paix après une longue pause et s’étaient entendues, en août 2013, pour se rencontrer sans interruption pendant neuf mois ou jusqu’au début du mois de mai dans l’espoir qu’un accord final soit conclu d’ici-là. Mais quelles sont en fait les intentions américaines ?

Il s’agit sans doute d’un retour en force des Américains sur la question palestinienne. Selon les spécialistes, les Etats-Unis tentent, à travers ce processus de négociations, de réapparaître de nouveau sur la scène arabe lâchée depuis l’éclatement du Printemps arabe qui a eu un effet négatif sur le soutien arabe à la cause palestinienne. C’est d’ailleurs ce qu’affirme le politologue Sobhi Esseila du Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram : « Les Américains ne cherchent qu’à faire une propagande, mais ce serait dupe de croire qu’ils s’opposeront un jour aux intérêts de leur allié israélien pour l’intérêt des Palestiniens ». Et d’ajouter : « Bref, ce plan restera sans le moindre écho et ne mettra pas fin, dans ses termes actuels, au conflit israélo-palestinien ».

Ceci est vrai du moins jusqu’à présent. Les Palestiniens, échaudés par une succession d’accords intérimaires, 20 ans après les accords d’autonomie d’Oslo, s’opposent à toute formule qui ne résoudrait pas les questions de « statut final ». Ce refus général de l’Autorité palestinienne interrompt les ambitions de John Kerry qui a fait de la réconciliation israélo-palestinienne son cheval de bataille. « Les Palestiniens n’ont absolument plus rien à présenter. S’ils avaient cette possibilité, ils l’auraient fait il y a bien longtemps. Toutes les solutions sont aujourd’hui entre les mains des Israéliens. Il est temps pour qu’ils fassent quelques reculs », explique Esseila.

Le dirigeant palestinien, Yasser Abd-Rabbo, a affirmé pour sa part que les mesures de sécurité présentées par le secrétaire d’Etat John Kerry « menaient à l’impasse » des négociations de paix avec Israël.

« Ces idées vont mener les efforts de Kerry à l’impasse et à l’échec total parce qu’il traite notre cause avec désinvolture », a déclaré Abd-Rabbo. « Qui a dit que nous voulons un accord-cadre ? Nous voulons l’indépendance complète et nous voulons résoudre toutes les questions de statut final, en vertu des accords internationaux et du droit international », a-t-il souligné, rappelant que Kerry s’était engagé à rechercher un accord global et non intérimaire.

Echec du plan Kerry ?

Le plan de John Kerry « n’a fourni ni les garanties nécessaires à un arrêt de la colonisation, ni une référence claire pour les négociations, selon les frontières de 1967 », selon les termes du député indépendant Moustapha Barghouti. En effet, John Kerry a souhaité, en réunissant toutes les parties, que les négociations reprennent sans envisager un arrêt ou un gel des colonisations.

Le camp israélien aussi ne semble pas vouloir s’intéresser aux négociations en cours. La construction de colonies n’a jamais pris fin. Benyamin Netanyahu a récemment suscité la fureur des Palestiniens en autorisant la construction de 1 500 logements à Jérusalem-Est. (voir page 5).

De toute façon, ce plan ressemble dans le fond à tous ceux qui l’ont précédé. Les Israéliens, soutenus par leur allié américain, refusent de présenter des concessions, et les Palestiniens s’accrochent aux quelques droits qui leur restent. Les pays arabes, quant à eux, demeurent de simples spectateurs.

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