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Le politologue Ammar Ali Hassan : la confrérie est quasi dissoute sans verdict juridique

Propos recueillis par Chaïmaa Abdel-Hamid , Mardi, 01 octobre 2013

Le politologue Ammar Ali Hassan, spécialiste des mouvements islamistes, estime qu’après l’interdiction de leurs activités, les Frères musulmans retourneront à la clandestinité.

Al-Ahram Hebdo : Est-ce que le verdict décidant d’interdire les activités des Frères musulmans et de confisquer de leurs biens vous semble similaire aux décisions de dissolution prises en 1949 et 1954 ?

Ammar Ali Hassan : Il existe une grande différence. En 1954, c’était une décision du Conseil de commandement de la Révolution qui a ordonné la dissolution de la confrérie et l’interdiction de ses activités à travers une décision administrative. Les Frères ont porté plainte contre cette décision en 1977 et la justice a répondu par un rejet en 1992. Depuis, les Frères n’ont pas cessé de dire que cette décision n’est pas confirmée par un verdict judiciaire, mais qu’il s’agissait d’une mesure politique qui visait à mettre fin à la confrérie. Il est exactement de même pour la décision prise sous le roi Farouq en 1949. Aujourd’hui, nous sommes devant un vrai verdict qui interdit les activités de la confrérie sans pour autant parler de dissolution, car celle-ci ne peut être décidée que par la justice administrative. Par conséquent, la confrérie sera probablement dissoute par un autre verdict en très peu de temps.

— Mais des juristes et des cadres de la confrérie parlent d’un jugement politique …

— Ils ne cesseront jamais de lancer ces prétextes. Mais cette fois-ci, ce n’est sûrement pas le cas, puisque le juge qui a prononcé ce verdict est le même qui a mené des procès contre le président déchu Moubarak et qui a refusé, lors d’un autre procès, de retirer la nationalité égyptienne aux fils du président destitué Mohamad Morsi. Donc, ce n’est pas une personne qui agirait sous la pression politique.

— Comment la confrérie sera-t-elle influencée par une décision pareille ?

— Les domaines d’activités des Frères sont très étendus. La majorité de ces projets étaient en fait utilisés par la confrérie depuis de longues années comme source principale de leur popularité dans la rue. C’est à travers ces projets qu’ils réussissent à récolter les voix lors des élections et faire leurs grands rassemblements lors des manifestations. Interdire toutes leurs activités touchera directement leur popularité dans la rue. Il faut dire qu’avec leurs activités interdites et leur popularité perdue, la confrérie est quasi dissoute sans même un verdict juridique.

—les Frères ne peuvent-ils pas contourner cette décision ?

— C’est très probable. Ils peuvent recourir aux activités des autres branches de la confrérie à l’extérieur de l’Egypte pour la soutenir financièrement. Mais cela n’aura pas le même poids des activités internes qui seront interdites. Mais la majorité des activités des Frères ne sont pas enregistrées dans les administrations sous le nom de la confrérie, ni sous les noms de ses membres parfois. D’une part, parce que celle-ci n’avait pas de statut légal pour enregistrer les activités sous son nom, et elle s’attendait à n’importe quel moment à une telle décision d’autre part.

— Avec toutes ces restrictions, les Frères ne reprendront-ils pas de nouveau leur travail en clandestinité ?

— C’est sûr qu’ils retourneront à la clandestinité. En fait, ils ne savent travailler qu’en secret, et la plus grande majorité des membres de la confrérie sont inconnus. Ce verdict permettra de poursuivre et d’arrêter toute action liée aux membres de la confrérie. Qu’ils travaillent en secret ou non, leurs activités seront dévoilées.

— Et quel serait le sort de leur parti politique ?

— La décision de la Cour est claire. Elle ne sera appliquée qu’aux biens de la confrérie. Mais le Parti Liberté et justice ainsi que les partis islamistes seront sans doute touchés par ce verdict, car les Egyptiens sont conscients qu’ils font partie intégrante de la confrérie.

— Quel est le sort des Frères à votre avis ?

— Leur idéologie ne changera jamais, mais ils auront beaucoup de difficultés à attirer de nouveaux partisans. Je crois que beaucoup de leurs membres, surtout les jeunes, vont faire défection. Nous parlons de deux à trois générations à venir. Si les autres forces politiques civiles arrivent entre-temps à s’organiser et avoir un poids dans la société, les Frères ne pourront plus revenir sur la scène politique.

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