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Activités des Frères : l’identification semble impossible

Aliaa Al-Korachi, Mardi, 01 octobre 2013

L'interdiction des activités de la confrérie n'aura qu'un impact limité. La plupart des associations ou des entreprises leur appartenant utilisent des montages administratifs rendant impossible leur affiliation à la confrérie.

Activites des freres
Zad est l'une des chaînes de supermarchés appartenant aux Frères musulmans.

L’éducation a toujours été le champ de prédilection des Frères musulmans. La première pierre des activités éducationnelles des Frères a été posée par leur fondateur Hassan Al-Banna dans l’école privée d’Ismaïliya. Pourtant il est aujourd’hui difficile de recenser les écoles appartenant aux Frères, exerçant en tant qu’établissements privés. 60 écoles seraient concernées par le verdict interdisant toute activité de la confrérie. Le ministère de l’Education affirme étudier la possibilité de revoir leur statut.

Déjà, un certain nombre de ces écoles ont connu ces derniers jours des va-et-vient d’inspecteurs du ministère suite à des plaintes pour « infraction au processus éducatif » : l’hymne national serait remplacé par un autre dit « djhadiste », mais rien n’est encore prouvé.

Précédemment, sous les différents régimes politiques, les Frères musulmans avaient peur de dévoiler les noms des écoles qui leur appartenaient. Mais sous Morsi, ils sont devenus fiers d’affirmer qu’ils possédaient toute une série d’écoles qu’ils désignaient par «écoles Frères ». Le nombre aurait doublé depuis la révolution.

Une activité qui a connu un vaste essor sous Morsi. Celui-ci avait par ailleurs nommé deux propriétaires d’écoles privées liées aux Frères à des postes-clés du ministère de l’Education : Adli Al-Gazaz, propriétaire de l’école Moqattam International, devenu conseiller de l’ex-ministre de l’Education, et Mohamad Al-Serougui, propriétaire de l’école La Génération devenu porte-parole du ministère. Ces deux écoles sont désormais surveillées de près par le ministère de l’Education, tout comme celle dirigée par la fille de Khaïrat Al-Chater. Les écoles de Tiba à Madinet Nasr, d’Amgad et d’Al-Bachayer à Maadi sont aussi sur la liste.

Des autorisations de création de nouvelles écoles accordées sous Morsi ont par ailleurs été résiliées par l’actuel ministre de l’Education. Selon Kamal Mogeith, expert en éducation, la fermeture de ces écoles n’est pas envisagée. Il serait prévu de les placer sous la direction financière et administrative du ministère de l’Education après un changement de leur conseil d’administration.

Activités économiques : le flou total

Les estimations concernant le volume des avoirs des Frères musulmans divergent radicalement : un empire économique selon certains, seulement quelques milliards pour d’autres. Ahmad Al-Wékil, président des Chambres de commerce, estime que les spéculations autour de la richesse des Frères n’ont aucun fondement. « Personne, ni au sein de la Chambre de commerce, ni nulle part ailleurs, ne peut donner un volume approximatif des avoirs des Frères », déclare-t-il, en ajoutant que « le marché ne s’intéresse pas aux affiliations politiques des hommes d’affaires, ce qui importe c’est leur registre du commerce ». Le verdict interdisant les activités de la confrérie portera un coup dur à ses investissements, déjà touchés par un gel des avoirs d’une trentaine de ses dirigeants. Selon l’économiste Fakhri Al-Feqqi, de crainte de poursuites judiciaires, le commerce de la confrérie est basé sur un système fiscal complexe rendant impossible la distinction des investissements de la confrérie de ceux des hommes d’affaires liés aux Frères.

Interdite par la loi, la confrérie a souvent utilisé des prête-noms pour garantir la conformité de telle ou telle entreprise économique. Mais ce n’est pas toujours le cas. Plusieurs sociétés ont à leur tête deux hommes forts de la confrérie : Khaïrat Al-Chater et Hassan Malek.

Dans le commerce des produits alimentaires, les Frères ont presque le monopole de chaînes de supermarchés présentes aux quatre coins du pays. La dernière en date, qui a vu le jour au début de la présidence de Morsi, est Zad. Elle appartient à Khaïrat Al-Chater.

Forte présence caritative

La famille Al-Haddad détient les salons d’expositions Interbuild, et les magasins de meubles Istekbal appartiennent à Hassan Malek. Ce dernier avait créé l’association des hommes d’affaires, Ibdaa, qui était le point de liaison entre la présidence et les hommes d’affaires. Elle risque aujourd’hui de fermer ses portes après la fuite de la plupart de ses membres ou leur emprisonnement.

La seule association appartenant officiellement aux Frères musulmans a vu le jour juste avant la chute de Morsi : c’est l’association des Frères musulmans. Mais la confrérie dirige un grand nombre d’organisations caritatives à travers divers montages administratifs. Leur nombre précis reste pourtant difficile à établir : selon une source au sein du ministère de la Solidarité, qui a requis l’anonymat, « le ministère ne possède pas de classification des sociétés civiles selon l’appartenance religieuse ou politique. On trouve seulement dans le dossier de chaque société les noms des membres de son conseil d’administration et la nature de son activité ». La vérification de l’appartenance à la confrérie est une mission qui incombe aux services de sécurité, qui mènent une enquête avant d’accorder toute autorisation, comme le révèle le responsable. Les liens financiers ou administratifs avec « les Frères musulmans » n’avaient pas empêché par le passé, même sous Moubarak, la multiplication des actions caritatives de la confrérie.

La popularité de la confrérie est en effet due essentiellement à son action caritative. Elle était toujours là où l’Etat est absent, se substituant à son désengagement social. Interdite de posséder d’ONG en son nom, la confrérie s’infiltre dans d’autres organisations de nature islamique. « En apparence, ce n’est pas la confrérie qui dirige, mais c’est elle qui finance et qui a toujours le dernier mot dans le choix du conseil d’administration et la distribution des rôles et des lieux d’action », avance Ahmad Yehia Abdel-Hamid, politologue.

A l’époque, les Frères musulmans contrôlaient la plus importante association de bienfaisance islamique égyptienne, Al-Gamëya Al-Charëya. Après la révolution, l’étau s’est brisé et les Frères se sont lancés dans une course folle pour fonder des ONG. Citons Abir Al-Islam pour l’enfance, appartenant à l’ancien acteur Wagdi Al-Arabi, qui a été accusé d’organiser des shows de propagande pour des « projets de martyrs d’enfants » à Rabea.

D’autres ONG comme la Banque de la nourriture, Ressala et Masr Al-Kheir ont vu leurs donations diminuer suite à des accusations infondées de liens avec la confrérie. En outre, beaucoup de médecins actifs dans la confrérie et au sein de l’ordre des Médecins se sont lancés dans la création de cliniques privées. Mahmoud Ezzat, le numéro 2 de la confrérie, dirige par exemple le plus grand complexe d’hôpitaux connus sous le nom de « L’Association médicale islamique ». Etablir une appartenance semble aujourd’hui plus relever de la rumeur que de preuves concrètes, preuves que les Frères se sont toujours appliqués à dissimuler.

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