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La famine comme arme de guerre

Amira Samir, Mardi, 09 novembre 2021

La région du Tigré subit un blocus qui entrave l’acheminement de l’aide humanitaire. La famine frappe aux portes.

Plus de 100  000 enfants au Tigré pourraient mourir de malnutrition dans les mois à venir, selon l’U
Plus de 100  000 enfants au Tigré pourraient mourir de malnutrition dans les mois à venir, selon l’Unicef.

Plus de 400000 personnes sont au bord de la famine au Tigré. Tel est le cri d’alarme lancé par le secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres. Derrière le fracas des combats, la faim avance en silence. Le Tigré se trouve depuis plusieurs mois au coeur d’une grave crise humanitaire: le conflit avait causé des milliers de morts, 2 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays et plus de 100000 réfugiés au Soudan. La famine menace des centaines de milliers de civils. Seuls 10% de l’aide humanitaire parviennent actuellement au Tigré. La malnutrition augmente chaque jour, et pas seulement chez les enfants. Près de la moitié des femmes enceintes et allaitantes souffre de malnutrition aiguë en raison du manque de soins de santé dû au grand nombre d’hôpitaux détruits. Selon l’Unicef, dans les mois à venir, plus de 100000 enfants pourraient mourir de malnutrition, alors que trois personnes sur quatre n’auront pas accès à la nourriture.

Le manque de carburant est un autre problème pour le transport des aides d’urgence dans la région du Tigré. La guerre civile a également provoqué de larges déplacements de population: plus de 2 millions des 6 millions d’habitants du Tigré ont déjà fui la guerre et la famine. Et ceux qui sont restés ne peuvent souvent pas planter de nouvelles cultures ou cultiver la terre parce qu’ils craignent pour leur vie. Sur place, les civils affirment que des soldats éthiopiens et érythréens bloquent l’aide alimentaire et empêchent les agriculteurs de récolter ou de cultiver leur terre.

Les conditions humanitaires se sont aggravées après le bombardement par la Force de défense nationale éthiopienne (ENDF) de deux ponts principaux. L’un d’eux, le pont sur la rivière Tekeze, était vital pour l’acheminement de l’aide humanitaire. La destruction de ces ponts-clés est la preuve de la volonté du gouvernement éthiopien de recourir à « l’arme de la faim » dans son conflit avec le TPLF. Addis-Abeba a parallèlement renforcé le blocus en interdisant les vols d’avions civils vers les aéroports tigréens, en fermant les routes terrestres d’Afar et d’Amhara au Tigré et en coupant l’électricité et les systèmes de communication.

Le gouvernement éthiopien rend le TPLF responsable de ces difficultés d’acheminement. Les autorités éthiopiennes sont cependant elles-mêmes également accusées d’entraver l’accès au Tigré. En attendant, les conditions humanitaires deviennent de plus en plus désastreuses. Et, selon beaucoup d’observateurs, si le calme ne retourne pas bientôt, « une famine massive est inévitable » .

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