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Hussein Mohamed Abaza : L’économie verte brise les stéréotypes

Nada Al-Hagrassy, Lundi, 21 juin 2021

Dr Hussein Mohamed Abaza, conseiller au ministère de l’Environnement pour l’économie verte, explique l’importance de la préservation de l’environnement pour réaliser un développement durable.

Hussein Mohamed Abaza

Al-Ahram Hebdo : Tout d’abord, qu’entendez-vous par « économie verte » ?

Hussein Abaza : La plupart des gens pensent que l’économie verte est synonyme d’arborisation. Ce qui n’est pas vrai. Le concept de l’économie verte est beaucoup plus vaste. Il s’agit essentiellement de la réalisation de bénéfices tout en réduisant le coût de production. Mais comment ? Tout simplement en introduisant le volet écologique dans le processus de production. Il s’agit de choisir des projets plus conformes à l’environnement, qui ni ne drainent les ressources naturelles ni ne polluent l’environnement, soit par l’usage des pesticides et engrais chimiques dans l’agriculture, soit par la pollution de l’air. Dans ce sens, l’économie verte brise le stéréotype selon lequel tout intérêt accordé à l’environnement est un luxe qui entrave le développement. En effet, parfois, la nuisance causée à l’environnement peut atteindre un degré irréparable malgré le développement des sciences et de la technologie. C’est ce que le monde constate actuellement. A chaque fois qu’on nuit à l’environnement, celui-ci nous répond avec véhémence en propageant des maladies chroniques et des virus contagieux. Le dernier est bien sûr le Covid-19, mais avant, il y avait la grippe porcine, le SARS et la maladie de la vache folle. Pour cette raison, l’Egypte ainsi que le monde entier s’orientent vers l’économie verte.

— Comment faire pour introduire l’économie verte dans le processus de développement ?

— Il s’agit de retourner aux anciennes méthodes de production. Dans le domaine de l’agriculture, nous sommes revenus aux trois cycles traditionnels de l’agriculture : hivernal, estival et néolithique, tout en généralisant l’emploi des engrais organiques. Pour rationaliser l’usage des ressources hydrauliques, l’irrigation goutte-à-goutte est de plus en plus employée tout en diminuant la culture des récoltes avides d’eau comme le riz au profit d’autres plus tolérantes à l’élévation de la température et l’aridité de la terre.

— Mais comment convaincre les gens d’adopter le concept de l’économie verte ?

— Par deux manières. La première est de lancer des campagnes de sensibilisation à l’importance de préserver l’environnement et de former des ateliers de discussion sociale sur le sujet. Parce que si les gens ignorent les raisons pour lesquelles il est devenu impératif de respecter l’environnement, ils continueront à exercer les mêmes pratiques nuisibles qui avaient abouti à la dégradation de l’environnement. Ensuite, il est nécessaire de durcir les pénalités et de les appliquer rigoureusement. C’est ce qu’a fait par exemple le Kenya pour ce qui est de l’usage du plastique : des amendes importantes mais aussi un risque de prison. L’application stricte de ces pénalités a porté ses fruits et l’usage du plastique a disparu du Kenya. Il faut agir de la sorte ici. Il faut aussi que les gens changent drastiquement leur mode de consommation excessif.

— Comment l’Egypte peut-elle financer les projets verts ?

— Par le lancement d’obligations vertes. Les premières de ce genre ont été émises par l’Egypte au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Elles sont initialement destinées à financer la fabrication des moyens de transport ami de l’environnement comme le train électrique, les projets d’énergie propre solaire ou éolienne, ainsi que les projets de recyclage. Les bénéfices de ces projets sont directs et indirects. Le revenu de la vente des billets du monorail, qui rembourse les investisseurs, constitue le bénéfice direct. Tandis que la réduction des dégagements carboniques causés par l’énergie fossile améliore la santé des personnes, ce qui réduit les dépenses destinées au traitement des maladies chroniques. C’est l’essence même de l’économie verte.

— Qu’est-ce que le classement de « l’étoile verte » attribué aux établissements hôteliers ? Le style architectural y est-il compris ?

— Ce classement regroupe tous les aspects écologiques qu’un établissement hôtelier doit respecter. Ça fait partie de ce qu’on appelle édifice vert ami de l’environnement. De ce fait, le classement de « l’étoile verte » s’applique au style architectural du bâtiment et sa conformité avec le milieu, à l’usage des matières de construction appropriées, ainsi qu’aux méthodes de fonctionnement comme le type d’énergie utilisée, l’installation d’un système de recyclage approprié aux normes écologiques déterminées par le ministère de l’Environnement. Bref, il s’applique à tout ce qui touche à la préservation de l’environnement.

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