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Méga-projets multiformes au service du développement

Racha Darwich, Mardi, 15 juin 2021

Transports, agriculture et infrastructures de toutes sortes, depuis 2014, l’Egypte a lancé une panoplie de projets de développement. Tour d’horizon.

Méga-projets multiformes

Liaison électrique Egypte-Soudan

Le projet de raccordement électrique permettra au Soudan d’augmenter son taux d’électrification.
Le projet de raccordement électrique permettra au Soudan d’augmenter son taux d’électrification.

Le projet de raccordement électrique entre l’Egypte et le Soudan est le plus grand projet lancé par l’Egypte dans le continent africain. Alors que la première phase du raccordement a commencé avec un courant de 60 mégawatts en avril 2020, la seconde phase devra faire parvenir un courant de 300 mégawatts avec un coût d’investissement de 56 millions de dollars de la part de l’Egypte via une ligne de raccordement de 300 poteaux électriques sur les territoires égyptiens. « Le service de l’électricité que l’Egypte fournit au Soudan sera de la meilleure qualité conformément aux normes internationales, car il représente la réputation de l’Egypte », a déclaré le ministre de l’Electricité, Mohamad Chaker.

C’est ainsi que Le Caire et Khartoum viennent de signer l’accord de la seconde phase pour l’augmentation de la capacité de l’interconnexion de 60 à 300 mégawatts. Dans ce contexte, le ministère égyptien de l’Electricité a signé avec l’allemand Siemens Energy un contrat pour la construction de deux stations de stabilisation du réseau électrique au Soudan à Dongola dans la capitale de l’Etat du Nord et à Merowe à environ 330km au nord de Khartoum. Le contrat d’une valeur de 453 millions de L.E., soit 29 millions de dollars, est entièrement financé par les projets stratégiques du ministère de l’Electricité et des Energies renouvelables avec une période d’exécution de 18 mois.

Grâce à ce projet de raccordement électrique, le Soudan pourra disposer d’assez d’énergie pour alimenter sa croissance économique et augmenter son taux d’électrification qui est actuellement de 60%, alors que l’Egypte pourra mettre en exécution sa stratégie qui vise à devenir une plaque tournante de la distribution de l’énergie dans la région

Le Caire-Le Cap par route

La route Le Caire-Le Cap relie le nord et le sud de l’Afrique en 4 jours seulement.
La route Le Caire-Le Cap relie le nord et le sud de l’Afrique en 4 jours seulement.

La route Le Caire-Le Cap est le plus grand projet de liaison reliant le nord du continent au sud. Il s’inscrit dans le cadre du plan du gouvernement égyptien de relier l’Egypte à son milieu régional grâce à une route de plus de 10000km, dont 1155 se trouvent sur les territoires égyptiens avec un coût de près de 26 milliards de L.E. La route, qui devra relier le nord au sud en 4 jours seulement, traverse 9 pays: l’Egypte, le Soudan, l’Ethiopie, le Kenya, la Tanzanie, la Zambie, le Mozambique, le Zimbabwe pour arriver au Cap en Afrique du Sud. Elle permettra ainsi l’acheminement des marchandises égyptiennes, mais aussi arabes et européennes aux pays du centre et du sud de l’Afrique. En Egypte, le projet est exécuté sur 4 phases dont la première est quasiment terminée pour que le projet soit entièrement achevé en 2024, alors que la compagnie égyptienne du secteur public Arab Contractors exécute plusieurs phases de la route en Ethiopie et au Kenya. Le fait qui fraye la voie aux compagnies égyptiennes de poursuivre l’exécution du projet dans les autres pays l

Du lac Victoria à la Méditerranée

Du lac Victoria à la Méditerranée
Créer un moyen de transport commercial entre les pays du bassin du Nil au coût réduit contribue à faciliter le flux des marchandises.

D’un coût d’exécution total de 12 milliards de dollars, l’idée du projet d’une ligne de navigation entre le Nil et le lac Victoria s’inscrit dans le cadre de la vision du projet « un seul continent, un seul fleuve, un avenir conjoint ». Selon le ministre de l’Irrigation, Dr Mohamad Abdel-Ati, « le projet de liaison du lac Victoria à la Méditerranée devra opérer un développement régional dans tous les pays du bassin du Nil grâce à son impact positif sur le mouvement du commerce, de l’industrie et du tourisme sur la voie navigable du Nil ». En effet, le projet inclut la création de couloirs de développement incluant des voies navigables dans le Nil et le lac Victoria, des voies ferroviaires, des routes, des réseaux d’Internet et des centres logistiques dans les pays du bassin du Nil et les pays qui donnent sur le lac Victoria, à savoir l’Ouganda, la Tanzanie et le Kenya. Le principal but du projet étant de créer un moyen de transport commercial entre les pays du bassin du Nil au coût réduit qui contribue à faciliter le flux des marchandises, ouvrir des marchés d’exportation pour les produits de ces pays vers les autres continents via la Méditerranée et maximiser la valeur économique et politique du Nil.

Le projet s’inscrit dans le cadre de l’exécution de l’accord conclu entre le Conseil des ministres africains des ressources hydriques et le commissariat de développement agricole affilié à l’Union Africaine (UA) afin de développer le commerce entre les pays du bassin du Nil et y réaliser un développement. Le projet est également parrainé par le secrétariat de l’initiative présidentielle du développement de l’infrastructure du Nepad et jouit du leadership de l’Egypte sous la direction du président Al-Sissi.

La première étape de l’étude du projet a été financée par la Banque africaine de développement d’un coût de 650 000 dollars, afin d’évaluer les capacités des pays dans le domaine du transport fluvial et d’élaborer les études des cadres juridiques de la navigation fluviale dans le Nil, alors que l’Egypte se devra de financer et d’élaborer les études de préfaisabilité l

Alexandrie-Khartoum en train

La liaison ferroviaire entre Alexandrie et Khartoum est désormais opérationnelle.
La liaison ferroviaire entre Alexandrie et Khartoum est désormais opérationnelle.

S’élançant depuis Alexandrie et jusqu’à Khartoum sur une longueur de 900km dont 250km dans les territoires soudanais, une liaison ferroviaire devra relier l’Egypte au Soudan afin de faciliter les échanges commerciaux entre les deux pays et permettre l’acheminement des marchandises depuis le port d’Alexandrie jusqu’à Khartoum. Ce projet de construction de voies ferrées transfrontalières connaît des avancées depuis la dernière visite du premier ministre soudanais au Caire en mars dernier. Elaborée depuis plusieurs années, l’idée d’une liaison ferroviaire entre les deux pays bénéficie désormais de l’élan politique nécessaire pour passer à l’étape de réalisation. « Le budget nécessaire a été alloué au projet. J’ai reçu des ordres du président Al-Sissi que tout projet pouvant avoir un impact positif sur la relation entre les deux pays et pouvant servir les intérêts des deux peuples doit être exécuté immédiatement », a déclaré à cet effet le ministre du Transport, Kamel Al-Wazir, précisant que des comités techniques égyptien et soudanais ont commencé l’étude de la trajectoire de la voie ferroviaire et se sont mis d’accord sur une trajectoire déterminée qu’ils vont soumettre aux gouvernements des deux pays pour commencer immédiatement l’exécution

Fermes modèles et exploitations agricoles

L’Egypte a créé 9 fermes dans le continent africain d’une superficie totale de 8 375 feddans.
L’Egypte a créé 9 fermes dans le continent africain d’une superficie totale de 8 375 feddans.

Consciente de l’importance de la coopération pour renforcer la sécurité alimentaire, l’Egypte s’est lancée depuis des années dans des projets agricoles avec les pays africains. Les pays africains bénéficient de deux facteurs primordiaux du processus agricole : l’abondance des ressources hydriques et des terres arables. L’Egypte s’est lancée dans la création de fermes modèles dans les pays africains et au transfert de l’expertise agricole égyptienne à nos frères africains. Un projet qui s’est considérablement développé au cours des 7 dernières années. Il s’agit essentiellement de cultiver des produits stratégiques, tels le blé, le maïs et la betterave, ainsi que les fourrages, les semences, les légumes et les plantations en serre. En fait, la première ferme modèle a été créée au Niger en 1997 conformément à un accord de 10 ans pour la création d’une ferme de 200 feddans sur le fleuve Niger et l’année suivante, une autre ferme de 600 feddans a été installée en Zambie. Puis les projets de coopération agricole entre l’Egypte et les pays africains ont été suspendus pendant de longues années jusqu’à l’arrivée au pouvoir du président Al-Sissi.

C’est ainsi que le gouvernement égyptien a annoncé dès juin 2014 la signature d’un accord de coopération conjoint avec le Mali pour établir une ferme modèle commune de 150 feddans pour les cultures des grands champs, les oléagineux, les légumes ainsi que la production animale et piscicole. A l’heure actuelle, le nombre de fermes modèles créées par l’Egypte a atteint, selon les chiffres annoncés par le ministre de l’Agriculture et de la Bonification des terres en février dernier, 9 fermes dans le continent africain d’une superficie totale de 3 490 hectares (8 375 feddans) en Zambie, en Ouganda, au Congo démocratique, au Niger, à Zanzibar, au Mali, au Togo et en Erythrée. Elle étudie également la création d’une ferme intégrée de 1 000 hectares au Soudan du Sud, et la soumission du projet de construction d’une ferme de 500 feddans au Soudan pour la production des semences.

« Le ministère vise à étendre l’établissement de ces fermes dans d’autres pays en raison de leur rôle dans le renforcement des relations et le maintien de la sécurité nationale égyptienne en tant qu’objectif-clé du programme du gouvernement », a déclaré le ministre égyptien de l’Agriculture et de la Bonification des terres, Al-Sayed Al-Qassir.

Mais la coopération agricole égyptienne avec les pays africains ne se limite pas à la création des fermes conjointes. Elle s’étend aussi au domaine de la formation agricole, d’autant plus que l’Egypte possède les deux plus anciens centres de recherche scientifique agricole de la région, à savoir les centres de recherche agricole et du désert. Plus de 538 stagiaires de pays africains ont été reçus au cours des trois dernières années au ministère de l’Agriculture pour être formés à diverses activités, alors qu’un programme de formation a été fourni à des spécialistes camerounais du 18 janvier au 11 février 2021 dans le domaine de la sécurité alimentaire en coopération avec l’Agence internationale de l’énergie atomique l

Barrage hydroélectrique de Stiegler’s Gorge

Les projets hydriques exécutés par l’Egypte en Afrique ont eu un impact direct sur la vie des habita
Les projets hydriques exécutés par l’Egypte en Afrique ont eu un impact direct sur la vie des habitants.

Le barrage hydroélectrique de Stiegler’s Gorge est inéluctablement le plus grand projet hydrique exécuté par l’Etat égyptien en Afrique. Alors que la Tanzanie étudie l’exécution du projet depuis les années 1960, ce n’est qu’en décembre 2018 que les autorités tanzaniennes ont signé, après l’échec des négociations avec une compagnie brésilienne, un accord d’une valeur de 2,9 milliards de dollars avec Arab Contractors et Elsewedy Electric pour la construction du projet hydroélectrique des Gorges de Stiegler, dans la réserve de chasse du Selous. Entamés en juillet 2019, les travaux de construction du barrage et de la centrale hydroélectrique devraient être achevés en 2022-2023.

Selon le président tanzanien, John Magufuli, lors de la signature de l’accord, ce projet est très important pour l’industrialisation de la Tanzanie, car il devrait permettre de fournir en abondance de l’électricité bon marché. En effet, le futur projet devrait générer à terme quelque 2115 mégawatts d’électricité renforçant ainsi la capacité actuelle, estimée à 1560 mégawatts. Ce sera, en effet, l’une des plus grandes centrales de la sous-région Afrique de l’Est. Elle sera construite sur la rivière Rufiji. Son réservoir d’eau affichera une longueur de 100km pour une superficie de 1350km2, avec une capacité de rétention de 34 milliards de m3 d’eau, alors que la hauteur du barrage s’élèvera à près de 134 m. Le projet a un autre avantage, celui de la lutte contre les inondations. La retenue servira aussi à produire de l’eau potable pour les populations et à irriguer des plantations l

Projets hydriques dans les pays du bassin du Nil

Le barrage hydroélectrique de Stiegler’s Gorge permettra de produire une électricité bon marché et c
Le barrage hydroélectrique de Stiegler’s Gorge permettra de produire une électricité bon marché et contribuera à l’industrialisation de la Tanzanie.

La coopération bilatérale entre l’Egypte d’une part, et les pays africains et les pays du bassin du Nil d’autre part représente l’un des principaux axes de la politique étrangère égyptienne. Grâce à ses ressources humaines, ses expertises techniques et institutionnelles dans le domaine des ressources hydriques, l’Egypte a mis en oeuvre de nombreux projets de développement qui ont un impact direct sur la vie des habitants du continent. En Ouganda, l’Egypte a exécuté le projet de la lutte contre les dangers des inondations dans le district de Kasese à l’ouest du pays. Achevé en février 2018, le projet était une réponse rapide à l’appel lancé par le ministère ougandais de l’Eau et de l’Environnement pour contrer le plus vite possible les effets dévastateurs des inondations qui frappaient le Kasese au cours des 20 années précédentes, provocant des glissements de terrain ainsi que des déplacements de roches vers les agglomérations rurales, les plantations et les lieux d’élevage de bétail et de poulailles et causant d’énormes pertes humaines et économiques.

Alors que le mémorandum d’accord a été signé en avril 2016 entre le ministère égyptien des Ressources hydriques et de l’Irrigation et le ministère ougandais de l’Eau et de l’Environnement, les travaux exécutés par la compagnie égyptienne Arab Contractors ont commencé le 13 mars 2017. En effet, il existe une coopération permanente entre les deux ministères depuis le mémorandum d’accord signé en janvier 2010 pour l’exécution de projets vitaux pour le citoyen ougandais avec un don égyptien de 4,5 millions de dollars. Ainsi, l’expertise égyptienne a, entre autres, percé 75 puits d’eaux souterraines dans diverses régions du pays achevés en décembre 2016 et construit 7 barrages pour la collecte des eaux de pluie dans plusieurs districts ougandais.

Ce n’est pas seulement en Ouganda que l’Egypte a exécuté des projets hydriques. Elle a également percé des puits d’eaux souterraines dans de nombreux pays africains, dont 180 au Kenya, 30 en Tanzanie, 10 au Darfour au Soudan et 6 dans le cadre de la ville de Juba au Soudan du Sud. Elle a également élaboré les études de faisabilité technique et économique du projet du barrage de Wau au Soudan du Sud et exécuté le projet de purification des cours d’eau du bassin de Bahr Al-Ghazal à partir de la ville de Wow, en passant par la ville de Bentiu pour arriver au lac de No. De plus, le ministère égyptien de l’Irrigation a participé à la délégation des experts égyptiens qui ont effectué une visite pour l’Etat de la Guinée Conakry pour présenter les études et les plans relatifs au barrage hydroélectrique de Fomi.

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