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Au G20, le Covid-19 tient la vedette

Mohamed Shadi Spécialiste économique au ECSS, Mardi, 24 novembre 2020

L’Arabie saoudite a accueilli, les 21 et 22 novembre 2020, en virtuel le sommet du G20 en pleine crise sanitaire et économique, alors que l’ordre économique mondial affronte de nombreux défis structurels et des crises urgentes.

Au G20, le Covid-19 tient la vedette

« Cette année a été une année exceptionnelle car la pandémie a constitué un bouleversement sans précédent affectant les personnes, les communautés et les économies », a déclaré le roi Salmane d’Arabie saoudite, en ouverture du sommet du G20, tenu virtuellement les 21 et 22 novembre. Cette rencontre annuelle des grandes économies du monde, sous la présidence saoudienne, intervient alors que des défis sans précédent menacent l’ordre économique mondial, fondé après la Seconde Guerre mondiale en 1944. C’est à Bretton Woods que les contours de ce système ont été tracés, lorsque 44 hommes ont signé la création du Fonds Monétaire International (FMI) et de la Banque mondiale dans l’objectif de soutenir la stabilité de l’économie mondiale, remédier aux ravages causés par la guerre et jeter les bases d’un monde plus pacifique et plus prospère. Cette démarche a été suivie par la tenue de la Conférence de Genève en 1947 qui a donné naissance à l’accord du GATT. Cet accord a préparé la voie à la création de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en 1994. Cette phase est nommée l’âge d’or de la coopération économique mondiale qui a été motivée par l’ampleur des catastrophes vécues pendant les années de guerre et l’économie rude de la guerre qui a renforcé l’isolement et a causé l’apathie envers l’échange commercial. C’est ainsi que la communauté internationale avait assimilé que l’unique moyen d’éliminer les répercussions de cette phase est de réaliser une coopération internationale effective.

Contexte spatial et temporel du sommet

30 ans après l’achèvement des assises de cet ordre, les défis du passé s’imposent à nouveau sur l’économie mondiale, où la tendance d’isolement et d’auto-indépendance gagne de plus en plus du terrain. L’aspect le plus remarquable de cette tendance réside dans la guerre déclenchée par l’ex-président américain Donald Trump pendant 4 années contre le principe même de la coopération sans faire aucune différence entre amis et ennemis, Etats en développement ou développés. Ces mesures ont touché les importations de la Chine et de l’UE et ont également touché des Etats en développement comme l’Egypte et l’Inde. On peut prévoir la continuité de cette guerre, mais de façon plus atténuée, pendant le mandat du président américain élu Joe Biden. Celui-ci a appelé à la formation d’une « Alliance occidentale » pour contrer le pouvoir croissant de la Chine dans le commerce mondial. Les effets de cette guerre contre la coopération internationale ont dépassé les Etats-Unis pour arriver jusqu’en Europe, où sont apparus à nouveau des mouvements d’extrême-droite appelant à la séparation de l’Union européenne et au renforcement des tendances nationalistes.

D’un autre côté, 2020 a connu des taux considérables de mortalité puisque le coronavirus a causé la mort d’environ 1,4 million de personnes. Ces chiffres auraient pu être diminués si les Etats du monde avaient coopéré dans le domaine de la découverte d’un vaccin au lieu de s’engager dans une concurrence acharnée pour réaliser des profits. Et ce, dans le contexte d’une contraction historique de 4,4% du PIB qui dépasse des dizaines de fois le taux de déflation enregistrée pendant la crise financière mondiale de 2008 estimé à 0,1%. C’est ainsi que les taux de la dette mondiale ont atteint 272 trillions de dollars, ce qui représente 365% du PIB avec une hausse de 15 trillions de dollars à cause des dépenses consacrées à contrer les répercussions de la pandémie. Cependant, le taux de chômage dans les économies développées a augmenté pour atteindre 7,3% contre 4,8% en 2019. Ceci a été accompagné par un recul dans l’investissement étranger direct d’environ 40% et une baisse du commerce international d’environ 20%. Et le tourisme a perdu entre 60 et 80% de ses revenus.

La crise sanitaire et économique sans précédent provoquée par la pandémie aurait dû mener au renforcement du rôle des organisations internationales et de leurs capacités à gérer la pandémie à l’échelle mondiale. Or, les Etats-Unis sont partis dans une direction opposée en gelant en pleine crise les subventions de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), alors que la contribution américaine au budget de l’OMS était la plus grande. Et au lieu de se mettre d’accord sur la distribution du vaccin après sa fabrication, les superpuissances ont préféré jusqu’à maintenant subvenir premièrement à leurs propres besoins.

Le délabrement ne s’est pas limité à l’OMS mais a également atteint les organisations qui gèrent l’économie mondiale. Premièrement, l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) a perdu son efficacité après que ses membres avaient échoué à nommer de nouveaux juges pour son appareil de recours, qui constitue la plus importante instance judiciaire de l’organisation. Ceci a empêché de promulguer des verdicts pour trancher tous les procès soumis à l’OMC.

De plus, le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque mondiale ont échoué à accréditer la baisse et l’annulation ou le rééchelonnement des dettes des Etats pauvres et extrêmement pauvres touchés par la pandémie de Coronavirus. Les appels adressés par les 2 organisations aux créanciers ont été refusés.

C’est dans ce contexte hors normes qu’a été tenue la réunion du G20. Créé en 1999, le G20 — qui regroupe notamment les Etats-Unis, la Chine, le Japon, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la France, l’Inde, le Brésil, la Corée du Sud, la Russie, l’Australie, l’Indonésie et l’Arabie saoudite—représente les deux tiers de la population de la Terre, 80% du commerce mondial et plus de 85% de la richesse produite annuellement sur la planète.

Plan ambitieux de l’Arabie saoudite

C’est la première fois que la réunion du G20 est accueillie par un Etat arabe pétrolier. L’excédent du budget général de l’Arabie saoudite s’est transformé en déficit successif pendant 6 années après que l’économie mondiale s’était engagée dans l’ère du pétrole à bon marché. Les cours du pétrole ont baissé d’un niveau de 98 dollars/baril en 2014 à un niveau variant entre 50 à 70 dollars/baril en moyenne jusqu’à la fin d’octobre dernier.

C’est cette situation qui a poussé le roi Salmane et son prince héritier à adopter un plan visant à transférer le moteur essentiel de l’économie du royaume, du pétrole à la connaissance et à l’énergie renouvelable avec l’avènement de l’année 2030. Il est prévu de réaliser ce transfert à travers une vision élargie de l’Etat saoudien visant à renforcer la position du pays à travers l’élargissement de la coopération avec ses voisins du Golfe arabe et ses voisins arabes. En particulier, la Jordanie et l’Egypte dans le domaine des projets colossaux d’énergie spécialisés dans le transport de l’énergie propre de la région vers l’Europe.

Cette transformation constitue un exemple important que les membres du G20 peuvent suivre, puisque l’Arabie saoudite fait partie des plus importants exportateurs de l’énergie fossile dans le monde.

Ce contexte spatio-temporel résume la scène économique mondiale compliquée et confuse face aux causes fatales que le sommet affronte. Le sommet du G20-2020 a résumé son agenda en 3 causes principales qui sont: la sauvegarde de la planète terre, l’autonomisation de l’homme et la création de nouveaux horizons économiques. Sous ces trois causes principales figurent d’autres causes secondaires et toutes forment ensemble un cadre complet d’actions dans la direction de l’affrontement des défis précités.

Soutenir les pays en voie

de développement

Ainsi, parmi les résultats les plus importants du sommet était l’engagement des pays du G20 à assurer une distribution abordable et équitable du futur vaccin anti-Covid-19 à tous les pays du monde, les pays en voie développement comme les plus pauvres. De son côté, l’Arabie saoudite a lancé une autre initiative visant à alléger la charge de la dette des pays les plus pauvres gravement touchés par la pandémie. D’après l’Institut International de la Finance (IIF), le coût moyen du service l’intérêt de cette dette a atteint environ 10% du PIB des pays. Ce qui a affecté gravement le processus du développement dans ces pays et risque de menacer les futures générations d’obtenir leur part des ressources actuelles. Cependant, malgré l’importance de ces deux initiatives, leur mise en oeuvre ne sera pas tâche facile. Et ce, à cause, premièrement, de la pression populaire d’assurer en premier lieu les besoins locaux du vaccin ainsi que l’incapacité de produire les quantités nécessaires d’un vaccin pour traiter tout le monde, que ce soit dans les pays industrialisés ou les plus pauvres. Deuxièmement, la pandémie a lourdement pesé sur les budgets des pays développés, qui ont versé des sommes exorbitantes dépassant jusqu’à présent, comme c’est le cas aux Etats-Unis, 4000 trillions de dollars. Ce qui a augmenté son déficit budgétaire à des niveaux sans précédent. De plus, les budgets des pays exportateurs de pétrole souffrent également de la réduction du prix du pétrole, ce qui a diminué fortement ses revenus. Par ailleurs, l’histoire de la communauté internationale de respecter ses engagements en matière de développement n’incite pas à la confiance. On a les cas de l’Iraq, de la Syrie et du Yémen qui attendent depuis longtemps les fonds promis à leur reconstruction. En effet, le sommet a pris des initiatives positives envers des crises émergentes qui paralysent l’économie mondiale sans pour autant aborder les causes fondamentales derrière ces crises dont figurent la faiblesse du mécanisme de coopération internationale lui-même ainsi que le faible impact des organisations internationales. La persistance de tous ces problèmes continue d’entraver la croissance mondiale et d’alimenter les conflits économiques. Pour conclure, le sommet intervient au moment où l’ordre économique mondial affronte de nombreux défis, que ce soit des défis temporaires ou structurels

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