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L’Amérique à l’heure du changement

Osman Fekri, Mercredi, 11 novembre 2020

Après quatre jours de suspense, Joe Biden a été élu 46e président des Etats-Unis. Il devrait rompre avec la politique de Donald Trump.

L’Amérique à l’heure du changement
(Photo : AFP)
Delaware –
De notre correspondant,
Il aura fallu quatre jours après l’« Election day », le 3 novembre, pour que les grands médias américains puissent proclamer avec certitude la victoire du candidat démocrate à la présidentielle. Devenu le 46e président des Etats-Unis en battant Donald Trump, Joe Biden a prononcé son premier discours dans son fief du Delaware dans lequel il a promis d’être un président qui n’essaie pas de diviser, mais d’unir. « Je ne vois ni Etats bleus, ni Etats rouges, mais les Etats-Unis d’Amérique. Le peuple de cette Nation a parlé. Il nous a donné une victoire convaincante », a-t-il déclaré. En fait, après des jours d’incertitude et de suspense, le vote en Pennsylvanie a offert à Joe Biden les derniers grands électeurs qui lui manquaient pour franchir la barre des 270 et accéder ainsi à la Maison Blanche. Cependant, le résultat de l’élection présidentielle américaine est contesté par Donald Trump, qui évoque des bulletins arrivés en retard et donc illégaux. « J’ai gagné l’élection. J’ai obtenu 71 millions de votes légaux » (voir page 3). Selon des observateurs, l’élection américaine de 2020 s’est déroulée dans des circonstances exceptionnelles. La polarisation extrême entre les deux camps, démocrate et républicain, est sans précédent. Ce scrutin intervient en pleine pandémie qui a fait près de 230 000 morts aux Etats-Unis et plongé le pays dans une récession historique. Ainsi, les élections ont été marquées par les tensions raciales après la mort de George Floyd et d’autres Afro-Américains. Toute cette atmosphère s’est reflétée sur le taux de participation sans précédent aux élections, qui a atteint environ 147 millions, dont 74 millions ont voté pour le président Biden, contre 70 millions pour Donald Trump. Après avoir échoué en 1988 et 2008, puis hésité en 2016, Biden obtient enfin les clés de la Maison Blanche. Kamala Harris, ancienne procureure et fille d’immigrés, elle, entre dans l’histoire en tant que première femme et première personne noire à accéder au poste de vice-président des Etats-Unis. « Mettons-nous au travail » pour restaurer « l’âme de l’Amérique », a-t-elle déclaré.
Tourner la page Trump
Au cours des quatre années du mandat de Donald Trump, la relation des Etats-Unis avec les pays du monde a beaucoup changé. Raison pour laquelle nombreux sont les observateurs qui pensent que Biden opérera de grandes mutations dans la politique étrangère des Etats-Unis, afin de remédier aux préjudices causés par l’Administration Trump. Cependant, les efforts de cette nouvelle administration démocrate se heurteront à de nombreux obstacles. Tout d’abord, il ne sera pas toujours facile de revenir sur les décisions trumpistes. Les relations des Etats-Unis ont changé avec leurs ennemis comme avec leurs alliés. Deuxièmement, les défis et les crises internes vécus par les Etats-Unis au cours du mandat de Trump et qui ont fait la une de la course électorale vont certainement pousser Biden à accorder plus d’intérêt au début de son mandat à l’intérieur américain. Biden pense également que pour restituer le rôle pionnier des Etats-Unis dans le monde, il faut tout d’abord remédier aux défis internes. Troisièmement, au cas où les Républicains préserveraient leur majorité au Sénat, ils feront tout pour faire avorter les efforts de Biden de modifier la politique étrangère des Etats-Unis. En effet, Biden aura besoin de toute une équipe accréditée par le Sénat pour mettre en oeuvre la nouvelle politique étrangère américaine au cours des quatre prochaines années.
Quelle politique étrangère ?
En fait, chaque président américain tente au début de son mandat d’opérer des changements dans la politique étrangère, notamment si son parti est différent de celui de son prédécesseur. Partant, on s’attend à ce que Biden revienne aux constantes et aux visions traditionnelles américaines après quatre ans au cours desquels l’Administration Trump a adopté une politique étrangère radicalement opposée à ces principes. Biden a donc pour objectif de mettre un terme à la politique d’isolement adoptée par Trump, en adoptant le slogan « Retour de l’Amérique rassembleuse » en opposition au slogan de Trump « l’Amérique d’abord ». Il ne s’agit pas seulement du Moyen-Orient, mais aussi de rétablir les relations des Etats-Unis avec la Chine et l’Europe. Au cours du mandat de Trump, les différends entre Washington et Pékin se sont amplifiés autour du commerce, de la mer de Chine méridionale, de Hong Gong, de Taïwan, des droits de propriété intellectuelle. Puis la pandémie de coronavirus, partie de Chine, a encore plus intensifié les différends. Bien que Joe Biden ait attaqué la Chine dans sa campagne électorale en qualifiant son président de « tueur », certains y ont vu une manoeuvre politique visant à répondre aux propos de Trump qui l’accusait d’être trop conciliant avec Pékin, notamment quand il était vice-président de Barack Obama.
Quant à l'avenir des relations euro-américaines, à l'exception du Royaume-Uni, les relations euro-américaines ont connu des tensions au cours du mandat de Trump, et ce, pour de multiples raisons. Entre autres, Trump a claqué la porte à plusieurs traités multilatéraux et a appelé à introduire des changements au sein de l'Otan et les accords commerciaux, ceci outre son approbation du Brexit : la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne. Quant aux positions affichées par Biden vis-à-vis du vieux continent, elles sont catégoriquement différentes de celles de Trump. Ainsi, il pourrait se trouver dans une position embarrassante avec le premier ministre britannique, Boris Johnson, qui avait des relations étroites avec Trump. D'ailleurs, les analystes estiment que Joe Biden n'est pas pressé de finaliser le Brexit.
L'on s'attend à ce que Biden poursuive une politique plus intransigeante envers la Russie. A l'opposé de Trump, qui avait minimisé les mises en garde des services de renseignement sur l'intervention de la Russie dans les élections américaines, Biden, lorsqu›il était le vice-président d'Obama, a appelé à imposer des sanctions sur la Russie pour avoir annexé la presqu'île de Crimée de l'Ukraine en 2014.
Les dossiers du Moyen-Orient
Le Moyen-Orient est un dossier épineux pour la politique étrangère des Etats-Unis. Le principal changement à attendre devrait concerner le dossier iranien. Biden a qualifié les politiques de Trump vis-à-vis de l'Iran de non réussies et a promis de les réformer à travers le retour à l'accord nucléaire signé par les super puissances pendant le mandat d'Obama avec Téhéran en 2015. Dans le cadre des efforts démocrates visant à parvenir à une accalmie avec l'Iran, Biden a déclaré que Washington respecterait l'accord nucléaire de 2015 tant que Téhéran respecterait ses clauses. Malgré cela, Biden fera face à des défis dans les nouvelles négociations qu'il entamera avec l'Iran, alors que certains de ses conseillers disent qu'il n'a pas encore décidé comment il traiterait avec les craintes régionales d’une expansion iranienne. Il est par exemple envisageable de renégocier un nouvel accord nucléaire regroupant de nouveaux dossiers comme le programme iranien des missiles balistiques.
Démilitariser la présence américaine au Moyen-Orient, Joe Biden et Donald Trump ont rarement été d'accord sur ce sujet. Le président démocrate estime qu'il est nécessaire de mettre un terme à deux décennies de guerres américaines interminables au Moyen-Orient. Biden a critiqué l'échec du président Trump d'arrêter les conflits et de multiplier les missions des forces américaines à l’étranger « exposant la vie des Américains au danger ». Il s’est engagé à retirer les forces militaires et à les substituer par celles des opérations spéciales et d’installer un centre de formation des partenaires des Etats-Unis en Syrie et en Iraq pour faire face aux organisations terroristes.
Pour ce qui est de la cause palestinienne, il est prévu que Biden, qui est anticolonies, adopte un volet différent dans le processus de paix en rétablissant les contacts avec l’Autorité palestinienne qui a accusé Trump d’être un pro-Israélien. Une chose qui ne sera guère réconfortante pour Netanyahu, et ce, malgré des déclarations précédentes de Biden qu’il maintiendrait l’ambassade américaine à Jérusalem. Il est remarquable que le chef de l’opposition israélienne, Naftali Bennett, se soit empressé de féliciter Joe Biden pour la victoire, même avant le premier ministre Netanyahu.
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