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Abdel-Sattar Heteita : Pour que Tunis réussisse, toutes les récentes ententes doivent être prises en considération

Racha Darwich, Dimanche, 01 novembre 2020

Abdel-Sattar Heteita, spécialiste des affaires libyennes, revient sur les enjeux du Forum du dialogue politique libyen (FDPL) prévu le 9 novembre en Tunisie et l’importance de l’accord de cessez-le-feu « national et permanent », signé la semaine dernière entre les deux camps, l’Est et l’Ouest libyens.

Abdel-Sattar Heteita

Al-Ahram Hebdo : Quels sont les défis de la rencontre interlibyenne directe prévue le 9 novembre en Tunisie ?

Abdel-Sattar Heteita: Le plus grand défi de la rencontre de Tunis réside dans la capacité des deux parties en conflit de dialoguer et de parvenir à des ententes politiques déterminées afin de former un pouvoir exécutif uni sur la totalité du pays dans l’espoir que ce pouvoir pourra unifier les institutions et régler le dossier des deux institutions militaire et sécuritaire. Le Forum du dialogue politique libyen de Tunis regroupera deux principaux groupes. Le premier comprend les Frères musulmans et le second les Forces nationales. Le premier est accusé de tenter de s’accaparer de la Libye et de recourir à des parties étrangères. Les preuves en sont nombreuses comme l’étroite relation qui relie les frères et les régimes turc et qatari. Le second groupe comprend les Forces nationales et leurs partisans, mais il manque d’organisation et de coordination entre ses membres. Le second groupe craint que le premier n’exploite ses multiples relations dans la région pour s’emparer seul du pouvoir en Libye. Pour que le dialogue interlibyen à Tunis réussisse, les participants doivent prendre en considération toutes les ententes convenues dans les dialogues politiques, sécuritaires et économiques effectués au cours des derniers mois en Egypte, au Maroc et en Suisse.

Quel est l’impact de l’accord de cessez-le-feu « permanent » signé le 23 octobre sur le processus du règlement politique ?

— L’entrée en vigueur du cessez-le-feu en Libye depuis juin dernier est une étape importante qui a mis un terme à l’effusion du sang entre les Libyens. L’Egypte a joué un grand rôle à cet égard. Il y a un consensus entre les militaires libyens que le cessez-le-feu doit se poursuivre. Tous les pays du monde ont salué les résultats du dialogue des deux dernières rencontres de la commission militaire libyenne mixte (5+5), à Hurghada, en Egypte, et à Genève, en Suisse. Cependant, un cessez-le-feu permanent se heurte à la présence des milices et des mercenaires étrangers. Tous ces dossiers doivent être tranchés afin que les Libyens puissent s’accorder sur une institution militaire et sécuritaire unique. De manière générale, il est difficile de parvenir à une formule pour la dissolution des milices sans une forte volonté internationale. Par ailleurs, le conseil présidentiel et son gouvernement, dans sa formule actuelle, ne peuvent ni l’un ni l’autre affronter les milices ou prendre la décision d’expulser les mercenaires.

Le GNA et le Qatar viennent de signer un accord sécuritaire. Comment voyez-vous l’échange des rôles entre la Turquie et le Qatar en Libye ?

— Le point commun entre Doha et Ankara en Libye est qu’ils ont directement affaire avec les groupuscules libyens, y compris les Frères musulmans. Ils oeuvrent tous les deux à exploiter les richesses libyennes. Ce qui n’est possible qu’en absence d’une armée unifiée et d’un pouvoir politique unifié. La signature de cet accord entre le Qatar et le conseil présidentiel du GNA vise à avorter les résultats des pourparlers de la commission militaire libyenne 5+5. En mettant en doute l’efficacité des résultats de ces pourparlers, Ankara joue le même jeu. La Turquie est le seul pays à afficher son doute de « la viabilité » du cessez-le-feu, puisque cet accord met en danger le traité maritime signé entre la Turquie et le GNA.

Al-Sarraj est revenu sur sa décision de démissionner. Pensez-vous que cette décision ait été dès le départ une simple manoeuvre ?

— Al-Sarraj a posé une condition à sa démission, celle que les Libyens parviennent à une solution politique aboutissant à un pouvoir exécutif qui le remplace, fin octobre. C’était une condition qu’on savait à l’avance qu’elle serait difficile à réaliser. De plus, Al-Sarraj n’a aucun pouvoir sur le nord-ouest de la Libye où la Turquie et le Qatar ont le dernier mot. Partant, je pense qu’Ankara et Doha vont continuer à exploiter les éléments sur lesquels ils comptent dans cette région comme Al-Sarraj, dans une tentative de présenter leur forte présence dans le dossier libyen. Il est certain aujourd’hui qu’il s’agissait d’une simple manoeuvre.

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