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Dr Mohamad Al-Misbahi : L’intervention turque est une intervention à caractère colonial

Ola Hamdi, Lundi, 20 juillet 2020

Dr Mohamad Al-Misbahi, chef du Diwan du Conseil suprême des cheikhs et des tribus libyennes, revient sur les résultats de la visite des tribus libyennes au Caire et les conditions pour le démarrage d’un dialogue inter-libyen.

Dr Mohamad Al-Misbahi

Al-Ahram Hebdo : Comment voyez-vous les résultats de la rencontre du président Sissi avec la délégation des tribus libyennes au Caire ?

Dr Mohamad Al-Misbahi : Les tribus libyennes apprécient hautement le soutien apporté par l’Egypte aux Libyens face à l’invasion turque. Nous sommes exposés à une occupation turque qui veut accaparer nos richesses, semer la discorde entre les Libyens et de livrer notre pays aux extrémistes et aux mercenaires pour en faire un foyer constituant une menace pour l’Egypte. C’est pourquoi une délégation composée de 200 notables et des cheikhs représentant toutes les régions libyennes se sont rendus au Caire pour mandater le président Al-Sissi et les forces armées égyptiennes d’intervenir et prendre toutes les mesures nécessaires pour faire face à des défis communs. Cette rencontre vise encore à consolider l’appel du parlement libyen à l’Egypte, lancé le 13 juillet, d’intervenir pour préserver l’unité et l’intégrité territoriale de son pays.

— Comment voyez-vous la position de l’Egypte dès le début de la crise ?

— Les relations entre les peuples égyptien et libyen sont solidement enracinées dans l’histoire et la géographie. Nous avons déclaré notre soutien à la Déclaration du Caire pour faire cesser la guerre, former un nouveau conseil présidentiel et donner la chance aux Libyens d’unir leurs voix. En fait, depuis plus de six ans, les initiatives égyptiennes visant à trouver une solution politique à la crise libyenne se sont multipliées. Cependant, ces initiatives ne se sont pas concrétisées en raison des tentatives incessantes des forces étrangères, y compris turque, de faire échouer ces efforts de paix.

— Quelle est l’importance du rôle des tribus dans la société libyenne ? Et quand un dialogue politique inter-libyen peut-il démarrer ?

— En Libye, la structure tribale est très solide. En dépit de tous les problèmes auxquels la Libye a été confrontée, l’Etat ne s’est pas effondré grâce à la tribu, alors que tout est aujourd’hui divisé en Libye, institutions et gouvernement. C’est la tribu qui a sauvegardé l’Etat libyen. Les membres de la tribu sont maintenant en première ligne de la bataille, et ce sont leurs enfants qui combattent désormais dans l’armée. Les forces armées font partie des tribus. Et lorsque le terrorisme a frappé la Libye, les Frères musulmans, après 2011, ont tenté d’empêcher les tribus d’accomplir leur rôle social et politique. Ils ont ainsi amené de l’étranger des groupes terroristes pour déstabiliser la Libye. Mais les tribus ont pu vite réorganiser leurs rangs pour confronter ces groupes terroristes à Benghazi, Derna et dans les champs pétrolifères, puis dans le sud et dans la région de l’ouest. Quant au dialogue politique, le départ du colonisateur turc et ses mercenaires de la Libye est une condition préalable au démarrage de tout dialogue politique inter-libyen futur.

— Quelles sont les visées turques en Libye, selon vous ?

— L’intervention turque est une intervention à caractère colonial qui ne vise pas à aider les Libyens. Erdogan l’a même dit ouvertement, que la Libye est un héritage de l’empire ottoman. Ankara veut exploiter les richesses de la Libye pour sauver son économie en pleine crise. C’est pourquoi Erdogan veut à tout prix se diriger vers l’Est, où se trouvent les gisements pétrolifères. Sans oublier les plans des Frères musulmans dans la région, dont Erdogan fait lui-même partie. Par ailleurs, Erdogan cherche a exploité la carte de la migration clandestine pour exercer des pressions sur l’Europe.

— Vous parlez de la nécessité d’activer à l’heure actuelle le traité de défense arabe commun …

— Ce qui se déroule maintenant en Libye est une lutte contre le terrorisme et le colonialisme, nos forces armées et les membres de nos tribus combattent au nom de la nation arabe et des peuples libres partout dans le monde. Partant, ce danger peut menacer tout le monde et nous guetter tous, nous devons donc rester solidaires et serrer les rangs pour y faire face et mettre à exécution les accords de défense arabe commune. Si nous n’y prêtons pas attention, il y aura un plan pour le retour au califat ottoman, pour nous ramener à 400 ans en arrière, comme cela s’est produit dans le passé. Il est temps de montrer notre unité arabe. C’est pourquoi j’appelle à la mise en application de l’accord de défense arabe commune.

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