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Qui sème le vent récolte la tempête

Aliaa Al-Korachi et Chaïmaa Abdel-Hamid, Lundi, 22 juillet 2013

Depuis des décennies, les Etats-Unis arment et financent la nébuleuse islamiste dans la région et se servent du wahabisme saoudien pour contrer l’influence du chiisme iranien.

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« Nous avons créé nos ennemis », c’est ainsi qu’avait déclaré la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, avant de quitter la Maison Blanche en mars 2013. Elle reconnaît ouvertement que les Etats-Unis ont créé et financé l’organisation terroriste d’Al-Qaëda à l’apogée de la guerre d’Afghanistan (1979-1989). Des propos importants de la part de Clinton, bien qu’elle se soit abstenue d’avouer qu’à aucun moment au cours des 30 dernières années, les Etats-Unis n’ont cessé de soutenir et de financer la nébuleuse islamiste pour déstabiliser des pays souverains. La « guerre contre le terrorisme » n’était pas dirigée contre le mouvement islamiste, Al-Qaëda, fondé par le cheikh Abdullah Yusuf Azzam et son élève Ossama bin Laden en 1987. Bien au contraire, cette guerre a utilisé les terroristes comme fantassins.

En fait, deux principaux buts étaient clairs dès le départ. Si le soutien des moudjahidines en Afghanistan visait en premier lieu de se placer dans un conflit indirect contre les Soviétiques, il s’agissait aussi de neutraliser l’expansion et l’influence de l’islamisme chiite iranien dans la région.

Les 10 ans de guerre, depuis les attentats du 11 septembre 2001, n’ont fait que créer et élever l’un des plus dangereux mouvements terroristes dans la région. Une hypothèse que défend l’ancien ministre britannique des Affaires étrangère, Robin Cook, qui s’est opposé violemment à la politique pro-américaine de Tony Blair. Cook a affirmé au journal britannique The Guardian qu’Ossama bin Laden était « le produit d’une erreur de calcul monumental de la part des agences de renseignements occidentales. Il fut armé par la CIA durant les années 1980 et financé par l’Arabie saoudite pour porter le djihad contre l’occupation soviétique en Afghanistan ».

Al-Qaëda … Made in USA

Ainsi, les Américains donnent naissance au fameux bin Laden. William Casey, chef de la CIA, ne voulant pas que Washington soit mêlé de trop près aux opérations en Afghanistan, déclare que ce sont les services secrets pakistanais, l’Inter Service Intelligence (ISI), qui se sont chargés de la formation des combattants islamistes et des livraisons d’armes à travers des camps de bin Laden. La CIA a fait livrer les premières armes aux rebelles afghans en janvier 1982 via l’ISI.

En avril 1982, un centre de recrutement pour combattants islamistes, le Al-Kifah Center, avait été ouvert aux Etats-Unis par la CIA, à Brooklyn — sous l’autorité de Casey.

Le rôle de bin Laden était de faire le lien entre les services secrets saoudiens, américains, pakistanais, les volontaires arabes et autres islamistes venus combattre. C’est pour cela qu’il a créé Al-Qaëda, qui était la base de donnée informatique faisant le pont entre les différents services qui répertoriaient les noms et les fonctions des moudjahidines. Al-Qaëda n’a jamais été le nom définissant un groupe d’action ou même un terroriste. Ce nom est apparu pour la première fois dans un rapport du Congrès en 1998, afin de trouver un slogan pour définir les différentes structures de combattants en Afghanistan, puis en Bosnie.

Le Wahabisme et les intérêts américains

Bien que 15 des 19 terroristes impliqués dans les attentats du 11 septembre soient d’origine saoudienne, les Etats-Unis ont tenu à conserver leurs bonnes relations avec l’Arabie saoudite, considérée comme la première alliée des Américains dans le monde arabe.

L’alliance avec l’Arabie saoudite remonte au pacte de Quincy en 1945, lorsque Roosevelt, à bord d’un croiseur américain en mer de Marmara, reçoit Ibn Séoud, roi d’Arabie saoudite. En échange de l’exploitation des ressources pétrolières et gazières de l’Arabie saoudite, les Américains s’engagent à protéger la dynastie des Al Saoud. Ce premier pacte dessine l’alliance énergétique et politique entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite.

Un autre fait historique qui explique pourquoi les Etats-Unis étaient impliqués dans le développement du wahhabisme, considéré par les Occidentaux comme un représentant de l’islam radical : l’arrivée au pouvoir de Nasser au début des années 1950. A partir de 1956, Nasser choisit le camp de l’Union soviétique contre les Américains et l’Occident. Il est clair que Nasser, nationaliste arabe, devient l’ennemi juré des Etats-Unis. A partir de ce moment-là, les services américains n’ont pas hésité, avec le soutien de l’Arabie saoudite, à utiliser les Frères musulmans qui vont se tourner contre Nasser, et de manière plus générale, contre le nationalisme arabe.

L’Iran, un troisième ennemi commun, vient fortifier l’alliance entre Washington et Riyad. En 1979, l’ayatollah Khomeiny prend le pouvoir à Téhéran et proclame la naissance de la République islamique d’Iran. Dorénavant, le contrat entre Américains et Saoudiens est clair : les premiers se chargent de la sécurité militaire du Royaume tandis que les seconds doivent renforcer le wahhabisme dans le monde arabo-musulman pour contrer l’influence du chiisme iranien.

Un cercle vicieux : ceux qui mènent la « guerre contre le terrorisme » au nom de la « démocratie » sont ceux qui soutiennent et financent les organisations terroristes, qu’ils ont eux-mêmes créés. Les intérêts américains restent toujours le moteur.

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